Absolutist

Abjured

03/03/2018

Defying Danger Records

Un groupe allemand qui joue du Crust/D-beat à la suédoise et du Grind à l’anglaise, ça nous promet une Europe plus unie qu’il n’y parait. Pourtant, la carrière de ces flingués-là a été tout sauf une réunion tranquille au parlement de Strasbourg, puisque depuis leur débuts, leur avancée a été constamment contrariée par des problèmes de line-up, inhérents à la vie privée de ses membres, aux boulots qu’ils ont été obligés d’accepter pour survivre, mais aussi à la désaffection de certains de leurs acolytes, fatigués de devoir attendre…Il n’empêche qu’après plus de dix ans de carrière, les ABJURED sont toujours là, et bien là, et qu’ils nous proposent enfin leur second longue-durée après l’initial Life…You Know ?! publié en 2011. Sept ans auront donc été nécessaires à l’élaboration de cette suite, qui n’a fait que confirmer toutes les difficultés rencontrées lors de l’enregistrement du premier chapitre qui aurait dû voir le jour en 2009. Un destin capricieux donc, qui n’a en rien entamé la foi de ces maniaques du bruit organisé, remontés comme une pendule suisse, et précis comme le sacro-saint tea-time anglais. Pourtant point de lenteur ou de flegme à l’horizon, puisque leurs obsessions sont toujours les mêmes, la violence de ton, l’abrasivité de fond, pour une incarnation tangible qui résume toutes les facettes de l’extrême contemporain, trouvant ses racines au fin fond d’années 80 dévastées par la brutalité made in England und Sweden. Et de fait, ce terrifiant Absolutist mérite son nom amplement, et se veut concentré de rage pure, non dénué cependant d’une certaine finesse d’exécution, transformant ces onze nouveaux pamphlets en explosions de colère.

Je ne vous ferai pas l’injure de reproduire en ces lignes la bio du groupe disponible sur leur page Facebook, mais je vous indiquerai quand même la présence de cette nouvelle sortie dans les colonnes du très estimé (pour moi en tout cas) webzine Dead Air At The Pulpit, véritable bible de l’extrême, et dont chaque conseil musical se doit d’être traité avec le plus grand des sérieux. Le webzine en question n’a d’ailleurs pas été avare d’enthousiasme à l’heure d’aborder cette sortie, établissant quelques parallèles très valides avec les références NASUM, NAILS et SECT, voyant même en ABJURED une sorte de point de convergence entre les trois entités. Et autant dire qu’une fois encore, ils ne se sont pas trompés, tant ce second LP fait montre d’une débauche de hargne et de vélocité à rendre les TOTAL FUCKING DESTRUCION et autres INSECT WARFARE fous de jalousie et légèrement neurasthéniques. On sent que les turpitudes d’une carrière sans cesse contrariée à bien agacé les allemands, qui reviennent encore plus tonitruants et inventifs que jamais, se répandant au travers de tronçons plus ou moins courts, mais surtout puissants comme un souffle atomique à l’hiver nucléaire drastique nous pendant au nez. Entre une rythmique qui n’a de cesse de multiplier les figures et de transcender des blasts pour les rendre encore plus affolés, une guitare qui mouline comme un pêcheur à la mouche de compète, et une dualité vocale en cyclone de tempête, le bilan est assez phénoménal, et l’énergie déployée incroyable. Impossible de reprendre son souffle entre deux titres, puisque même en version plus « modérée » (terme à prendre avec de grosses pincettes de labo), le quatuor (Evandro - chant, Nico - guitare, Eric - guitare et Ron - batterie/chant) n’en est pas moins survolté, permettant aux rares incursions en mid de montrer autant de férocité que les instants dégénérés. Dégénéré, tel est le mot, et on a parfois le sentiment de tomber sur la silhouette dégingandée d’un BRUTAL TRUTH trop sevré au café après un séjour prolongé du côté de Stockholm, défigurant le D-beat pour le faire entrer dans un masque Grind aux grimaces tétanisantes.

Bruyant mais pas Noise pour autant, cet Absolutist joue même un jeu étrange, se lâchant parfois dans un solo bluesy encastré dans une carcasse Grind broyée (« Exist »), et encadrant ses jets les plus brefs entre deux presse-papier assez serrés. Ainsi, entre l’intro ambivalente et dérangeante de « Into The Truth (Is It Worth) » à la mélodie d’entame trouble et nostalgique, versant soudainement dans le Crust le plus anglais payant sa dime au D-Beat purement scandinave, et l’outro interminable et éponyme osant les douze minutes de lancinances et de stridences Indus pour mieux nous enrober dans un linceul de plastique, on nage en pleine véhémence qui nous prend de face pour mieux nous corriger, et nous faire piger un message assez facile à faire passer. De la brutalité, mais saine, de la vélocité, mais insane, et surtout, une dextérité instrumentale qui permet aux saillies les plus incontrôlables de rester sous maîtrise, histoire de ne pas verser dans le fourre-tout bordélique un peu trop prévisible. Les sept années passées à élaborer un répertoire renouvelé auront donc été mises à profit, et par extension, les ABJURED reviennent occuper un devant de scène qu’ils méritent amplement, pour nous slammer sur la gueule de leurs combinaisons pas bégueules. Et en se partageant entre des coups de folie Grind comme cet « Awakening » que les NASUM auraient pu malmener, et les manipulations plus multidimensionnelles comme cet imparable « Massive Melancholy » qui ne l’engendre pas, le tableau de l’extrême brossé est décidément complet, et peint par de véritables artistes qui aiment vraiment le travail bien fait. Proche de la perfection dans la cacophonie agencée, Absolutist n’a en effet qu’un seul but, cet absolu que les allemands ont fini par atteindre, en teintant leur ultraviolence de musicalité. Car au-delà de la cruauté instrumentale affichée, on sent en filigrane prononcé un réel désir de jeter en pâture des riffs qui tiennent debout et se revendiquant d’une efficacité renforcée d’inventivité, soutenus par une section rythmique infatigable qui enchaîne les pirouettes tout en retombant constamment sur ses pieds.

Si vous ajoutez à ça une doublette vocale remplissant son rôle d’association de malades schizophrènes en mal de victimes et une production au-dessus de tout soupçon, vous obtenez sans mal le LP de Crust/Grind libre le plus fou du mois, mais aussi le plus addictif. Un disque qui pourrait faire croire à une réunification spirituelle d’une Europe qu’on repeint à la truelle, mais qui finalement, en termes artistiques, n’a pas grand-chose à envier au reste du monde. Espérons que l’avenir permette aux ABJURED de se stabiliser, histoire que nous n’ayons pas à patienter encore quelques années pour découvrir la suite de leurs exactions.


Titres de l'album:

  1. Into the Truth (Is It Worth)
  2. Breed to Numb
  3. Mindless
  4. Awakening
  5. I, Vigilante
  6. Don´t Blame Me
  7. Your Addiction
  8. Exist
  9. Tragedy Murderer
  10. Massive Melancholy
  11. Absolutist

Facebook officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 03/04/2018 à 17:44
82 %    452

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Jon _ interview d'un homme multi-facettes

Simony 23/11/2020

Interview

Future World

mortne2001 23/11/2020

From the past

Voyage au centre de la scène : les fanzines

Jus de cadavre 22/11/2020

Vidéos

Rammstein 2005 (Volkerball)

RBD 16/11/2020

Live Report

At The Mill _ Live Stream Performance

Simony 07/11/2020

Live Report

Dahey OWM

Simony 01/11/2020

Interview

Fear Factory + Misery Index 2006

RBD 28/10/2020

Live Report
Concerts à 7 jours
Saor + Borknagar + Cân Bardd 01/12 : Le Petit Bain, Paris (75)
Saor + Borknagar + Cân Bardd 02/12 : Le Rex, Toulouse (31)
Saor + Borknagar + Cân Bardd 05/12 : Cco, Villeurbane (69)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Humungus

Je serai bien plus jouasse que toi sur ce coup là mortne2001 :Tu trouves qu'EXHORDER a sorti l'album de sa carrière l'an passé... Bah je pense qu'il en est de même pour EVILDEAD aujourd'hui.Pis de toute façon, moi, dè(...)

29/11/2020, 14:46

Gargan

Beaucoup aimé le précédent (bien que trop court), surtout avec l’epique twelve bells, et ça sent toujours très bon. En même temps, on est rarement déçu avec le père Alan. Ce ne serait pas mal une petite interview soit dit en pass(...)

29/11/2020, 09:13

Oliv

Oui ya de quoi faire chez nous pourtant en catégorie métal français 

29/11/2020, 00:31

MorbidOM

Si tu t'en fous complétement pourquoi exhumer un post qui date de 8 moi ?

28/11/2020, 19:39

Je m\'en fou complètement ça reste un putain de bon groupe

Je m'en fou complètement ça reste un putain de bon groupe 

28/11/2020, 17:41

Forza

Ca a déja une autre gueule que les victoires de la musique chez nous avec Louise Attaque et Etienne Daho (!) en catégorie rock. Je pense également que le trophée va revenir à Power Trip, non seulement parce que c'est mérité, mais a(...)

28/11/2020, 16:09

POMAH

J'avais bien compris Humungus, je voulais pas t'induire en erreur. ;)Par contre le reste de l'album je suis pas plus emballé. Première galette du groupe que je trust pas complètement...

28/11/2020, 12:55

metalrunner

Leur meilleur album un sacré souvenir.

28/11/2020, 10:47

Humungus

Je ne connais que le premier et dernier nominé...Sans conteste (malgré toute l'admiration que j'ai pour Mr Ice T), mon vote va vers POWER TRIP.LE titre cassage de gencive !

28/11/2020, 10:27

Humungus

Attention hein ! Je n'ai absolument rien contre "les synthés sous champi" (bien au contraire d'ailleurs). Le reste de l'album en usant avec splendeur, mais sur ce titre, la mélodie, comme je le disais au dessus, est bien trop teinté Prog'. Et com(...)

28/11/2020, 10:24

POMAH

Assez d'accord avec Humungus, j'ai un peu de mal aussi avec le synthé sous champi quoi... Elle est ou la puanteur rampante d'Apparitions ... ?

27/11/2020, 21:30

Oliv

Oui ça va 5 mn les concerts a la tv , halte a l’entrave aux libertés et on ressortira la guillotine pour couper quelques têtes, ça fera une animation supplémentaire. 

27/11/2020, 19:00

Humungus

Le moins bon morceau à mon sens de l'album.Ce synthé Prog me dérangeant énormément...

27/11/2020, 13:51

Gargan

Premier morceau terrible, avec LE son de synthé spatial 70/80s. Tu prends ton jetpack direction les étoiles après quelques IPA.

27/11/2020, 10:05

Jefflonger

Une belle époque les premiers albums de Nightfall. J'ai re écouté mes vieilles k7 à l'annonce de ces rééditions cd et vinyles,  et les imperfections des 2 premiers conservent un petit charme pas trop suranné 

26/11/2020, 21:38

Moshimosher

Bon, je viens de me voir le premier épisode... et c'est vraiment prometteur !

26/11/2020, 16:57

Iron flesh

Merci pour les bon retours ! Hâte d' envoyer ça en live ! 

26/11/2020, 16:14

Moshimosher

Cool ! Je vais me regarder ça ! 

26/11/2020, 16:12

Simony

Voici un lien qui fonctionne pour la vidéo : 

26/11/2020, 14:08

Kamel

La vidéo ne fonctionne pas... Agréable rappel de Civilization One! Jamais réussi a mettre la main sur le second album :-(...

26/11/2020, 14:03