Reproche me fut fait il y a peu de ne m’intéresser qu’à l’underground le plus obscur…Remarque et travers justifiés, tant il est vrai que j’aime fouiller dans les immondices de l’invisible de quoi alimenter ma faim de violence instrumentale…Mes collègues eux-mêmes me raillent pour ma propension à digresser sur des artistes tous plus barges les uns que les autres, mais que voulez-vous, la vie est ainsi faite, et au lieu de faire acte de contrition, j’insiste dans mon obstination à débusquer le plus horrible de l’infâme, et je m’en reviens donc aujourd’hui avec une nouvelle preuve à charge à verser à mon abondant dossier. Ceux qui me connaissent suffisamment, tout du moins d’un point de vue musical, savent très bien que j’adore les flingués qui ne conçoivent le bruit que sous son aspect le plus dérangeant. Les mêmes connaissent ma faiblesse, et l’amour inconditionnel que je porte aux FULL OF HELL, dont j’ai chroniqué quasiment tous les albums, sans me soucier de leurs inclinaisons spécifiques. Les autres, une poignée, savent aussi que les THE BODY, THOU, et la clique des MERZBOW, KRIEG font partie de ma galaxie de l’inaudible, et que j’en dis le plus grand bien à intervalles réguliers. Alors, une nouvelle collaboration pointant le bout de son nez, il était évidemment hors de question que je passe à côté. Mais je dois reconnaître, une fois encore, que ces psychopathes ont réussi à me surprendre en m’attirant sur un terrain tout sauf neutre, et pas forcément en convergence des goûts de notre lectorat chéri…

Les FULL OF HELL m’avaient bluffé de leur association avec MERZBOW, ils m’avaient terrassé récemment de leur dernier méfait qui comprenait une piste irrésistible en compagnie de la douce poupée étrange Nicole Dollanganger, et je croise à nouveau leur chemin aujourd’hui pour un hold-up électronique fomenté avec THE BODY. Le tout aurait pu être méchamment prévisible, et pourtant, il ne l’est pas. Mais ce qui est rassurant, c’est que les deux entités fusionnées parviennent à faire presque plus de bruit ensemble que chacune de leur côté.

Et la conclusion est terrifiante.

Fans de Grind, de Powerviolence, d’Indus plus ou moins clair et de structures progressives, passez votre chemin, et prenez plutôt le bon. Celui des redondances électroniques, celui d’un Ambient compressé et oppressant, et préparez-vous à subir une attaque sans pitié qui relègue la concurrence au simple rang de doublures fades et facilement remplaçables. Ascending a Mountain of Heavy Light attaque le Drone et l’Ambient par leurs versants les plus abrupts, et plantent leur piolet dans nos tympans sans délicatesse aucune. D’ailleurs, les deux acteurs de cette pièce en huit actes ne tarissent pas d’éloges l’un envers l’autre. Si Dylan Walker (FULL OF HELL) déclare sans ambages que « THE BODY est sans aucun doute son groupe en activité préféré », Lee Buford (THE BODY) affirme qu’il « ne voit pas leurs collaborations comme des trucs étranges. Il y de nombreuses façons d’exprimer les idées, et ça nous donne l’opportunité d’utiliser ces mêmes modes d’expression pour créer des choses différentes ». La messe est dite, et en effet, ce nouvel LP façonné à plusieurs, montre que les deux groupes sont loin d’avoir tout dit en termes d’extrême. Extrême, le mot leur sied, évidemment. Cet effort prouve que quelle que soit l’approche, les deux groupes parviennent toujours à la radicaliser pour atteindre des sommets dont leurs rivaux ne peuvent qu’apercevoir la hauteur. En choisissant de mettre les guitares au placard, et de se baser sur une rythmique monolithique et synthétique, les THE BODY & FULL OF HELL vont à l’encontre des principes de base de la violence instrumentale, pour la concevoir sous une lumière différente, mais pas moins aveuglante. Certes, une abomination hurlée comme « Our Love Conducted with Shields Aloft » aurait sans peine pu se retrouver sur le séminal duo entre FULL OF HELL & MERZBOW, pour cette façon d’appréhender le chaos comme seul exutoire possible, mais globalement, cet Ascending a Mountain of Heavy Light est plutôt porté sur une adaptation des standards Industriels des années 70, qui dans les années 80 et 90 séduisaient un nouveau public friand d’artistes comme MINISTRY (dans une moindre mesure), SKINNY PUPPY, FRONTLINE ASSEMBLY, reprenant peu ou prou les codes de la musique dansante et répétitive pour la déformer d’un prisme techno. Alors, mine de rien, on danse ou on pense ? Les deux, et « Master’s Story », qui prend un malin plaisir à fracasser un beat glossy sur un mur de béton Darkcore/Sludge le démontre en quatre minutes, comme si la descente post-ecstasy enserrait les neurones encore bloqués sur le dancefloor…

Parfois, le passé/passif prend le relais, mais l’aventure n’en est pas plus rassurante. Sur quelques secondes, les deux alliés peuvent se souvenir de leur folie mécanique et bruitiste, en lâchant un énorme riff de blasts pour mieux nous prendre de côté, et « Farewell, Man » de faire ses adieux de la façon la moins discrète qui soit. Sans non plus faire le choix d’un Dark complètement Ambient qui les auraient cloisonnés de la fanbase la plus impressionnable, les FULL OF HELL parviennent quand même à faire la jonction entre leur expression présente et leurs exactions passées, en nous remémorant leurs traumatismes de Trumpeting Ecstasy via un tapis de strates sonores aussi graves que leurs cauchemars les moins recommandables. Pourtant, cet océan de noirceur laisse quand même passer quelques rais de lumière blafarde, qu’on imagine immédiatement tamisés par un BILE pas vraiment content de laisser sa peau pale se hâler sans raison. Tétanisant, « Earth Is A Cage » se complait dans une description de l’existence sans complaisance, et renvoie les ATARI TEENAGE RIOT à leurs chères études du Bauhaus. Ecrit et composé en une semaine aux studios Machines with Magnets de Providence, Ascending a Mountain of Heavy Light propose quelques featurings fameux, dont ceux de Chrissy Wolpert (ASSEMBLY OF LIGHT CHOIR), de Ben Eberle (SANDWORM) ou du batteur Brian Chippendale (LIGHTNING BOLT, BLACK PUS), qui loin de servir de cerise sur le proverbial gâteau, apportent leur expérience pour enrichir la semence, qui use de toutes les astuces pour nous déstabiliser. Samples évidemment, à profusion, beaucoup de synthé, orchestres percussifs, tout ça agencé à la perfection, et parfois, aligné pour nous éloigner de notre propos métallique initial, le temps d’une introspection électronique dans les méandres d’un psychopathe EBM (« The King Laid Bare »).

Mais dites-vous ceci. Cet album est Heavy, même si les guitares en tronçons tétaniques en sont clairement absentes. THE BODY & FULL OF HELL démontrent une fois encore qu’il n’existe pas qu’un seul moyen d’être lourd, glauque et puissant, mais bien diverses façons d’écraser l’auditeur de décharges frontales d’un poids conséquent. Sans atteindre le niveau de leurs grandes œuvres en solo, Ascending a Mountain of Heavy Light offre de la nouveauté, sinon de l’inédit, et valide la collaboration en quelques déviations synthétiques absolument effrayantes, mais étrangement hypnotiques et dansantes. Oui, c’est underground. Oui, c’est violemment agressif. Dissonant, strident. Tout ce que vous voulez. Mais ça restera toujours cent fois plus créatif que la plupart des branleurs qui confondent amplis à fond et bruit de fond, et puissance effective. Vous pouvez me condamner pour encenser, mais pas pour apprécier. Chacun sa Némésis après tout.


Titres de l'album:

  1. Light Penetrates
  2. Earth is a Cage
  3. The King Laid Bare
  4. Didn't the Night End
  5. Our Love Conducted with Shields Aloft
  6. Master's Story
  7. Farewell, Man
  8. I Did Not Want to Love You So

Full Of Hell Facebook

The Body Bandcamp


par mortne2001 le 17/11/2017 à 17:47
78 %    225

Commentaires (4) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
17/11/2017 à 20:01:40
Petit souvenir perso concernant THE BODY.
Baton Rouge (la ville...) en Louisiane, Aout 2010. Road trip entre potes dans le sud des USA pendant 3 semaines. Étapes chez l'habitant à Baton Rouge, coup de bol on tombe chez des metalleux. Le soir même ils nous propose d'aller à un concert sludge qui se déroule dans... le salon d'une maison chez un mec. Bien sur on y va, avec un pack de binouzes. Et là dans une chaleur accablante (35 dehors, même en soirée, 40 degrés dans la maison, la Louisiane en été ça rigole pas !) on voit 3 groupes dont THE BODY en "tête d'affiche" ce soir là. Une ambiance de fin des temps au milieu de ce quartier un peu chaud, dans cette baraque pleine de metalheads américains qui n'en reviennent pas de voir des frenchies par ici et avec cette chaleur et surtout cette zic de fêlés intégraux... Un souvenir qui restera à jamais...

mortne2001
membre enregistré
17/11/2017 à 20:19:41
Putain, là tu m'a tué mec, vraiment. Anecdote inestimable qui fait ma soirée, sincèrement. Le genre de truc que j'adore lire et dont j'envie l'histoire. Enfoiré!!!!! (en toute amitié évidemment...)

Simony
membre enregistré
17/11/2017 à 20:44:12
Moment magique... en même temps c'est la musique parfaite pour ce genre de soirée de folie !

Jus de cadavre
membre enregistré
18/11/2017 à 11:00:11
Oui c'était étrange comme moment. Mais tu t'en rends compte qu'après justement. Je dois avoir 2 ou 3 photos seulement en plus de cette soirée... A l'époque je n'y connaissais pas grand-chose en Sludge et je ne connaissais aucun des groupes. Si ça avait été aujourd’hui j'en aurais fait des dizaines ! Mais ça aurait peut-être perdu de son charme...

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plutot death que thrash. definitivement


mème chose on est loin du 1er album (ah jeunesse)....


Un côté très old school, et autant proche du thrash que du Death.

Morceau sympa, j'attend un peut mieux du reste.


Ah ah ah !
Ouais merde... Putain, je pensais pourtant avoir fait "le tour de la question"...

PS : Il me semble même qu'il escompte adopter avec son compagnon du moment.


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Mais également éthiopien par sa mère, gitan du côté de son père, encarté au Parti Communiste et d'obédience maçonnique.


"Le plus drôle, c'est que l'acteur qui joue Vikernes s'appelle Cohen"

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