Inutile de le cacher, tout ce qui se réclame d’une quelconque appartenance symphonique provoque en moi des haut-le-cœur insupportables, tant je suis réfractaire à ces arrangements de Prisunic destinés à nous faire croire qu’un synthé mal réglé peut se substituer à un orchestre complet. Non que je m’amuse à jouer les puristes, et que je prône des théories élitistes hors contexte dans un cadre Metal, mais vous ne vendrez pas des badges Wagner en short à un fan de Verdi, et vous ne parviendrez pas à faire passer un Yamaha PSR-S950 pour le grand piano blanc d’Elton John qui trônait fut un temps au château d’Hérouville. C’est ainsi, et chacun ses aversions et phobies, pourtant, il arrive qu’en de très rares occasions, la grandiloquence synthétique parvienne à se faire une place dans mon cœur de thrasheur, spécialement lorsque la dite grandiloquence n’hésite pas à aller trop loin, et à déboucher sur un univers fantasmagorique me prenant aux tripes…C’est ainsi qu’il y a quelques années j’ai découvert par le truchement de la grande beauté de Doris Yeh le monde de CHTHONIC, depuis devenu référence en son pays et sur la scène mondiale par l’entremise d’une musique à peu près aussi discrète qu’un voisin bourré fan de karaoké, et aussi humble qu’un dictateur en déplacement presque diplomatique. Sur le papier, ce groupe avait autant de chances de me séduire qu’une glace aux blettes, et pourtant, de LP en LP et de clip en clip, je me suis laissé dériver au long des délires des taiwanais, qui ont le chic pour vous coller des images sonores dans la tête et les incruster jusqu’à ce que passion s’ensuive. Il faut dire que ce combo n’a jamais lésiné sur les moyens et les effets, et cette absence de restriction les a rendus indispensables, eux qui peuvent à peu près tout se permettre au regard de leur indéniable talent de compositeurs. Et une fois encore, et ce malgré une très longue absence, la magie opère puisque la musique et le concept se télescopent dans une folie opératique qui n’a que très peu d’équivalent, et qui ridiculise les tentatives européennes de flagorneurs en mal de reconnaissance.

Cinq ans sans nouvelle de la bande iconoclaste, ça commençait à faire long. Mais il faut dire qu’avec les velléités politiques du chanteur Freddy Lim à la tête de son New Power Party (NPP), le temps n’était plus à l’amusement, et la conscience sociale se substituait donc à l’implication musicale, tout du moins depuis la parution du dernier long, ce Bú-Tik qui avait achevé d’imprimer le nom du groupe dans toutes les mémoires. Certes, nous avions eu droit dans l’intervalle à quelques friandises appréciables, dont ce Timeless Sentence à l’acoustique délicate, ainsi que quelques témoignages en concert et autres EP/collaborations, mais rien de vraiment solide à nous mettre sous la dent. C’est donc avec surprise et désir que nous retrouvons les leaders taiwanais aujourd’hui, via ce Battlefields Of Asura, qui sans bouleverser la donne, la change suffisamment pour que l’on se sente concerné par le comeback de CHTHONIC. On se demandait d’ailleurs à quelle sauce le quintette (Freddy Lim - chant, Doris Yeh - basse, Jesse Liu - guitare, Dani Wang - batterie et CJ Kao - claviers) allait nous accommoder, sachant pertinemment qu’avec une recette patiemment élaborée au fil des années la déstabilisation n’était pas forcément à l’ordre du jour. Nous retrouvons donc toute l’ampleur d’un combo qui n’a pas changé d’heure, mais qui a su se replonger dans son propre passé pour se propulser vers l’avenir, en accordant une place plus proéminente aux claviers, sans remiser la guitare dans le placard des souvenirs oubliés. La seule sacrifiée sur l’autel de l’efficacité a été la belle Doris, dont les lignes de basse se font d’une discrétion fort peu à propos, transformant ce Battlefields Of Asura en And Justice For All des CHTHONIC, au grand désespoir des fans d’une rythmique soudée et de graves prononcés. Thématiquement, on s’approche du concept, puisque ce nouvel album se présentant comme un prologue de toutes les œuvres antérieures se concentre sur la première réforme du système politique taiwanais dans les années 20, et le travail accompli par les activistes à cette époque. Pas étonnant de constater la corrélation entre les nouvelles activités de Freddy Lim et les implications politiques de ce nouvel album, qui nous éloigne avec bonheur des considérations fantasmagoriques et autres délires mythiques inhérents à ce style musical, qui une fois encore trouve son apogée dans une démesure musicale devant tout autant son inspiration au CRADLE OF FILTH le plus concentré qu’au SCREAMING SAVIOR le moins atténué.

Inutile donc de chercher le moindre point faible dans une réalisation qui fête une collaboration nouvelle avec Randy Blythe des LAMB OF GOD et Denise Ho, activiste et chanteuse célèbre à Hong-Kong, et qui se contente de reprendre plus ou moins tous les éléments des œuvres antérieures du groupe, en y apportant une concision bienvenue et un sens de la synthèse assez probant. On y retrouve donc ces riffs massifs, habilement soutenus par des volutes de clavier omniprésentes, et surtout, le chant rauque et convaincant de Freddy, qui une fois encore livre une prestation au-dessus de tout soupçon. Si les compositions ne trahissent pas des convictions établies depuis les mid nineties, elles ont le mérite de les actualiser, plaçant dans les interstices quelques inserts en Ambient qui enjolivent l’ambiance assez sombre, sans trahir les postulats d’origine. Les nouvelles chansons mettent en avant l’appétit retrouvé d’un groupe qu’on pensait perdu pour la cause, et sonnent une fois assemblées une sorte de best-of déguisé replaçant le groupe sur l’échiquier mondial. Et une fois l’intro de rigueur évanouie dans les airs,  “The Silent One’s Torch » plante le décor de son Heavy/Black agressif et pugnace, permettant à Freddy de s’époumoner et de varier un peu ses interventions vocales. Le background en arrière-plan est toujours aussi puissant, et symptomatique de cette envie de métisser les influences asiatiques avec une efficacité toute européenne, damant le pion à nos groupes sans tomber dans le folklore local un peu trop prononcé. Les traces Folk d’ailleurs sont estompées, et ne reviennent que partiellement et de façon assez diffuse, laissant place à un Metal concentré qui ne joue d’ailleurs pas les invités prolongés. Après cinq ans d’absence, les CHTHONIC n’ont rien exagéré, et les quarante minutes de ce Battlefields Of Asura semblent bien modestes eut égard à l’attente suscitée par son arrivée…

Mais pourquoi s’éterniser lorsqu’on dit ce qu’on a à dire dans un temps donné, ce qui semble être le leitmotiv de ce LP aux entournures peaufinées. Entre les riffs dantesques de « Flames Upon The Weeping Winds », caressés par des nappes de synthé évanescentes et dignes d’un CRADLE inspiré, l’agressivité décuplée d’un ténébreux « Taste The Black Tears », l’emphase noire comme le jais d’un « One Thousand Eyes » aux arrangements rythmiques tribaux et aux chœurs opératiques, et la présence du single avant-coureur « Millennia’s Faith Undone », toujours aussi efficace, le bilan de ce retour au premier plan est bien évidemment positif, même s’il n’apporte pas grand-chose à la carrière des taiwanais. On sent que le quintette a voulu retrouver les feux de l’actualité sans trop s’engager, se contentant la plupart du temps d’un habile résumé, qui fonctionne évidemment, mais qui déçoit un peu une fois la joie ravalée. Espérons que ce nouveau chapitre soit l’entame d’un nouveau départ, et non la conclusion facile d’une carrière brillante et unique en son genre.    

 

Titres de l'album :

                        01. Drawing Omnipotence Nigh

                        02. The Silent One’s Torch

                        03. Flames Upon The Weeping Winds

                        04. A Crimson Sky’s Command

                        05. Souls Of The Revolution

                        06. Taste The Black Tears

                        07. One Thousand Eyes

                        08. Masked Faith

                        09. Carved In Bloodstone

                        10. Millennia’s Faith Undone

                        11. Autopoiesis

Site officiel

Facebook officiel


par mortne2001 le 30/10/2018 à 16:33
78 %    80

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Exxxekutioner

Death Sentence

Peacemaker

Concrete and Terror

Maligner

Attraction To Annihilation

Black Bart

Casnewydd-Bach

Obszön Geschöpf

Master Of Giallo

Azusa

Heavy Yoke

Soulfly

Ritual

The Struts

Young & Dangerous

Northward

Northward

Malm

Kollaps

Bonehunter

Children Of The Atom

Amaranthe

Helix

Gaslarm

Dusk Mothers Children

Tourniquet

Gazing At Medusa

W.m.d.

Lethal Revenge

Daeria

Fenix

Antagonism

Thrashocalypse

Newbreed

Law

Khandra

There is no Division Outside Existence

Riser

Temple of Addiction

Interview AZUSA (Eleni Zafiriadou)

mortne2001 / 11/11/2018
Azusa

Cortez + Stuntman

RBD / 10/11/2018
Hardcore

The Studio Experience #3

grinder92 / 08/11/2018
Benighted

Photo Report - Garmonbozia 20 ans !

Simony / 06/11/2018
Anniversaire

Concerts à 7 jours

+ Venenum + Slægt

16/11 : Le Mondo Bizarro, Rennes (35)

Samavayo + Greenleaf

16/11 : Le Glazart, Paris (75)

Watain + Rotting Christ + Profanatica

16/11 : Cc John Lennon, Limoges (87)

Watain + Rotting Christ + Profanatica

17/11 : Le Trabendo, Paris (75)

Omnium Gatherum + Wolfheart + Nothgard

19/11 : Le Petit Bain, Paris (75)

Sick Of It All + The Worst Doubt + Lugosi

19/11 : Espace Icare, Issy-les-moulineaux (92)

Photo Stream

Derniers coms

Comme LeMoustre, fort agréablement surpris par cet album.


Hé hé hé !
On se croirait au bon vieux temps de VS bon dieu de dieu...
Rien que pour ce merveilleux retour dans le passé, merci Meloman.


Excellent mec, merci !


Depuis le temps que j'entends parler de New noise (et très souvent en bien) va falloir y jeter un coup d'oeil quand même... merci pour les coms !


Pas totalement metal, mais New noise est pour moi le seul bon mag aujourd'hui. De part sa ligne éditoriale ( même si on retrouve toujours un peu les mêmes groupes avec le temps) et dans lequel on retrouve souvent des dossiers ou interviews ( d'anciens de la scène, boss de label...) vraiment int(...)


Impeccable papier qui, avec un avis sur un autre site couplé à l'écoute de cet extrait, a dévié très vite vers une commande sur le site du label.
Au passage, bien vu les différences entre thrash/death et l'inverse. ici, c'est bien du thrash/death, et l'affiliation avec Scott LaTour (In(...)


C'est ça, ou faut aller sur les fanzines qui arrivent à subsister, fait par des fans pour des fans, chacun pourra trouver chaussure à son pied sur les différentes distros disponibles. Snakepit et ses ersatz (dont le Français Metal Titans au passage) dans plein de genres sont là pour ça. A un (...)


Totalement d'accord avec toi LeMoustre pour le coup. La seule chose qui m'intéresse encore dans les magazines c'est les itw pour la raison que tu donnes. Aujourd'hui y a plus vraiment de mag (metal) qui propose de bonnes chroniques... ou du moins des chroniques un peu développées. Parce qu'en 10 (...)


Sur les chroniques, et leurs vérités assénées comme étant la divine parole. ce qui est intéressant en itw avec ce type de mag, c'est qu'ils ont souvent l'artiste en face, ou au tél, alors que les fanzines/webzines c'est plus par mail, empêchant tout rebond intéressant à un propos précéde(...)


Ca c'est la bonne nouvelle du jour. Le dernier triple album était excellent.
A noter que le label finlandais Svart Records va rééditer tous les album de Swallow the sun en vinyl et ça c'est cool ;)


Pauvre Abbath... lui qui a dû se sentir comme un couillon après l'écoute du dernier Immortal. "Personne n'est irremplaçable" est une phrase qui lui sied à la perfection désormais !


Un nouvel album, donc ensuite une tournée... Ça promet donc encore de grands moments de solitudes pour les musiciens qui l'accompagneront sur scène ! :D


Don't feed the troll.


Je vous rejoins assez tout les deux (notamment pour les truc prog' machin et le côté mainstream) mais avec un bémol tout de même : la chronique de Charlélie Arnaud qui, en plus de nous faire découvrir des pépites méconnus, le fait avec un ton, une plume et une passion qui font plaisir à lir(...)


Oui c'est vrai que je me base sur l'ensemble de leurs parutions et ce qui était vrai à leurs débuts ne l'est plus forcément. De mon côté, je me disais que c'était moi qui avait des goûts peut-être de moins en moins "mainstream" et y trouvais de moins en moins mon compte, mais je vois que je(...)


P'tite erreur dans la news, les gars : Schammasch vient de Suisse et Der Weg einer Freiheit d'Allemagne :-)


Mouais, moyennement d'accord avec la dernière partie de la phrase de Simony, la ligne éditoriale de ce magazine étant clairement orientée prog/mou du genou et délaisse quasiment toute la scène extrême / true / thrash. S'il y a trois chroniques par numéro sur ces scènes, c'est le maximum. Au(...)


Juste monstrueux ce morceau... comme tout l'album en fait !!!


Malheureusement, c'est le genre de une qui fait vendre. Rock Hard a déjà maintes fois expliqué le dilemme auquel ils sont confrontés pour trouver le juste milieu entre coup de cœur et aspect purement mercantile, reste qu'à l'intérieur la mise en avant de certains groupes encore obscurs est to(...)


Metallica qui ressort son dernier album potable en remaster. Et cover. Décidemment la presse n'a pas fini de se prostituer pour sauver ses miches.