La Nostalgie fait vendre. Mais dès ce postulat posé, il faut déjà l’atténuer de quelques précisions de taille. Oui, la nostalgie fait vendre, mais traitée comme telle, elle ne s’avère pas fructueuse très longtemps. En se contentant de refourguer des idées en vogue il y a quelques décennies, sans essayer de les accommoder ou de les transcender, les fumistes ne font illusion qu’un seul été et s’en rentrent dans leur local de répète l’air penaud. Vous savez que dans les colonnes de Metalnews.fr, on sépare souvent le bon grain de l’ivraie, et que j’essaie, en tant que guide, de nous aiguiller vers les sorties les plus pertinentes du créneau, moi qui l’affectionne sans doute plus que les autres dans cette rédaction. Ainsi, si le Thrash peut parfois jouer sur mes sentiments et me faire passer des trucs réchauffés au micro-ondes de la mémoire pour une nouveauté de taille, je sais faire preuve de discernement, et faire la différence entre d’habiles faiseurs, et de véritables créateurs. Et ce matin, en traitant du cas éminemment spécial du second LP d’un combo grec, je suis tombé sur une véritable perle qui va vous replonger dans la richesse technique des années 80, alors même que les groupes extrêmes comprenaient que l’on pouvait rester brutal tout en insufflant une bonne dose de technique dans sa musique. Et nous touchons là un point sensible de ma quête personnelle, en frôlant le sujet du Techno-Thrash, ce crossover bâtard et pourtant Ô combien essentiel qui à la fin des eighties nous a donné les œuvres les plus riches et complexes de l’histoire du Metal. En choisissant un jour de combiner la préciosité instrumentale des RUSH et la fougue rythmique de METALLICA, certains défricheurs se sont livré à un exercice très périlleux, risquant de fait de s’aliéner leur propre public sans parvenir à conquérir de nouveaux fans. Mais combien d’entre nous ont été traumatisés à vie par la discographie de CORONER, WATCHTOWER, TOXIK, au point de ne plus concevoir le genre que comme un exutoire de mathématiciens/musiciens ?

Le croisement était alors une fois encore l’apanage de deux pays, l’Allemagne et les Etats-Unis, mais les choses ont bien changé depuis. Et c’est donc d’Athènes que nous en viennent les nouveaux héros de l’enchevêtrement musical, bien décidés à conserver l’approche d’origine, tout en la transposant dans un vocable contemporain, sans rien perdre de l’essence d’origine…Fondé en 2011, le collectif hellène SACRAL RAGE pourrait passer au prime abord pour une réunion d’obsédés de la NWOBHM, mais très vite, on se rend compte que quelque chose de plus profond anime leur passion, et preuve nous en fut donné il y a trois ans, lors de la sortie de leur premier long, Illusions in Infinite Void. Finesse d’exécution, velléités mélodiques prononcées dans un cadre de violence larvée, constructions en équilibre entre plusieurs tendances, pour un résultat qui plaçait le groupe dans la catégorie des combos à suivre de très près, et aujourd’hui, le superbe Beyond Celestial Echoes vient confirmer cette impression de sa sublime progression onirique, qui va nous permettre de voir le répertoire se renouveler sans trahir ses propres dogmes. Avec un enregistrement partagé entre le Ignite studio pour la batterie et les guitares rythmiques, et le White Socks studio pour la voix, la basse, les guitares et les claviers, un mixage et un mastering signé par Stamos Koliousis, et une pochette conçue par Dimitar Nikolov, Beyond Celestial Echoes est un bijou caché dans un écrin tout aussi précieux, nous ramenant à l’époque bénie des joailliers texans et allemands, le genre de rivière de diamants que l’on peut glisser autour du cou d’une diva Techno-Thrash en manque d’opéra, se sentant pousser des ailes et monter l’excitation en s’enivrant de plans complexes mais fluides comme la pluie sur un diadème. Accumulation de jolies images sombrant parfois dans l’exagération, mais qui peinent pourtant à définir les contours d’un album essentiel, parvenant à porter l’art séculaire des TOXIK de Think This dans une galaxie à la WATCHTOWER, tout en gardant sous le coude des concepts et thématiques hérités du RUSH le plus stratosphérique. Pas étonnant dès lors que le quatuor (Vaggelis F. - batterie, Marios P. - guitare, Spyros S. - Basse et Dimitris K. - chant) cite parmi ses influences majeures les groupes déjà cités, les agrémentant de quelques autres, dont MERCYFUL FATE, ANNIHILATOR, DEATH, et CRIMSON GLORY, histoire de garder prise avec un Heavy Metal agressif qu’ils manipulent en experts.

Et inutile de dire que l’album passe comme dans un rêve, fondant ces références dans un creuset d’inspiration personnel, permettant aux morceaux de s’abreuver à différentes sources pour garder une pureté de fond et de ton indéniables. Si la complexité à outrance qui fut la chasse gardée des WATCHTOWER et SIEGES EVEN (mais aussi d’ATHEIST dans un registre plus Death) n’est pas l’obsession majeure des grecs, lui préférant la musicalité 70’s traduite dans un vocable 80’s, les prouesses ne s’accumulent pas moins, sans chercher le moins du monde à nous écraser d’un bagage technique impressionnant, mais trop egocentrique pour réellement marquer les esprits. Bien sûr, on sent que le niveau des musiciens est au-dessus de la plupart de celui de leurs contemporains, et pourtant, les quatre ne cherchent jamais à gagner des lauriers de compétition pour se gargariser de leur propre satisfaction. Non, les riffs sont accrocheurs, les passages mélodiques enchanteurs, et la comparaison entre leurs propres aspirations et les désirs d’évasion de RUSH et CRIMSON GLORY n’est pas si incongrue que ça, même si l’intensité dégagée par certains passages laissent ces deux influences loin derrière. En témoigne l’ouverture puissante de « Eternal Solstice » qui pourrait même faussement aiguiller le chaland sur la piste d’un Speed vintage à la World Circus de TOXIK en manque d’obscurantisme KING DIAMOND, s’il n’y avait cette basse serpentine en arrière-plan, et ces soudaines brisures en équilibre. Mais dès « Vaguely Decoded », le mince voile de mystère se lève, l’atmosphère change et se module, et les gigantesques vides de l’espace se comblent, par l’entremise d’un axe basse/batterie tout aussi fasciné par la dualité Geddy Lee/Neil Peart que par l’osmose Blacky/Away. Dès lors, les quatre instrumentistes occupent le devant de la scène, et le chant de Dimitris K., sorte de fils prodigue des amours intrépides d’Alan Tecchio et Mike Sanders perce la couche d’ozone…

Mais loin de se contenter de noircir le cahier des charges d’une portée surchargée de croches et de blanches, les athéniens atteignent le nirvana en se focalisant sur la composition, et déroulent le tapis rouge de l’inspiration, en ne gardant que leurs thématiques les plus pertinentes. Ainsi, constamment à cheval entre Heavy précieux, Speed teigneux et Techno-Thrash lumineux, « Necropia » se pose en version contemporaine des illuminations les plus éblouissantes de CORONER, tandis que le final épique de « The Glass » ose le quart d’heure de jeu, sans jamais manquer de jus et d’imagination. On reste admiratif face au travail accompli par les SACRAL RAGE, qui en cachant bien leur jeu sous un nom passe-partout et une pochette connotée vintage nous offrent le meilleur album de Metal d’orfèvres depuis Repression and Resistance de SIEGES EVEN. Ce qui n’est pas le moindre des compliments…Alors la nostalgie vous savez, avec des groupes de cette qualité…On peut largement s’en passer.  


Titres de l'album :

                        1. Progenitor

                        2. Eternal Solstice

                        3. Vaguely Decoded

                        4. Suspended Privileges

                        5. Samsara (L.C.E.)

                        6. Necropia

                        7. Onwards to Nucleus

                        8. The Glass

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par mortne2001 le 04/12/2018 à 16:21
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