Et si je vous offrais une petite demi-heure de dépaysement en vous entraînant dans les rues de Bogota en Colombie, histoire de vous faire découvrir un pan de l'underground local brutal ? Bonne idée en ce mois de février qui s'annonce plutôt rude, et qui mérite une bande son à la hauteur de sa rigueur. Bogota donc, une des villes les plus actives en matière de Thrash, pour un pays qui depuis l'orée des années 90 paie sa dîme à un style qu'il représente avec un panache indéniable. La scène nationale est en effet l'une des plus actives d'Amérique du Sud, à l'instar du Brésil et du Chili, et généralement, les combos colombiens ne tournent pas autour du pot, mais présentent des signes d'adaptation assez flagrants, à contrario de leurs presque voisins qui eux n'hésitent pas à se vautrer dans la fange Black/Thrash depuis l'émergence de leur première génération brutale. Quels sont donc ces nouveaux chevaliers du riff d 'acier qui vous permettront de vous évader de votre quotidien pendant trente petites minutes ? D'ardents défenseurs de la tradition de la Bay-Area, qui n'ont pas non plus oublié que leur région d'origine fut aussi l'une des plus impliquées dès l'émergence de cette approche radicale, il y a de ça plus de trente ans. C'est donc les WAR THRASHED que je vous propose de rencontrer ce matin, gang formé il y a quelques années et que nous avions plus ou moins perdu de vue depuis un moment. Il nous rassure donc de son existence en publiant son second longue-durée, qui débarque sur le marché indépendant après un long hiatus de sept ans, donc autant dire qu'il était attendu au tournant. Un peu d'histoire pour replacer le contexte en vous expliquant que WAR THRASHED est un concept rapide né en 2007 sous la bannière WAR THRASHER, avant qu'un changement subtil de patronyme ne leur offre un nouveau baptême. Ces instrumentistes francs auront d'abord pris leur temps pour roder un répertoire personnel que les fans colombiens purent découvrir à l'occasion d'une première démo, nommée fort à propos Metal Attack en 2011. Et les résidents de Bogota ne perdirent pas une seconde pour enfin s'exprimer en LP, nous offrant en 2013 un très concis et saccadé Into the Nightmare of Violence, publié à compte d'auteur et proposant un Thrash rapide et franc emballé dans une pochette aux couleurs flashy.

Et si six années ont passé depuis leur dernière livraison, si quelques ajustements ont été nécessaires, le quatuor d'enfer (Johan Diaz – basse, Stiven Berbeci – batterie et Juan Pablo Arrieta – guitare, les trois ensemble depuis 2007, et le petit nouveau Felipe Gonzalez au chant depuis 2013, en remplacement du déserteur Bryan Rubiano) ne semble pas avoir changé son optique, et s'accomplit avec toujours autant de fougue dans un Thrash de tradition qui ne crache pas sur un brin de Groove de saison. Pour autant, pas de concessions, et la recette n'a pas changé depuis les débuts, puisque nos quatre amis sont toujours aussi fidèles à un Metal incisif et décisif, qui préfère les débats concis aux bavardages imprécis, et malgré le laps de temps séparant leurs travaux, la brièveté reste de mise puisque avec seulement huit morceaux et vingt-six minutes, Bienvenido A Tu Ejecucion se classe dans la catégorie des œuvres immédiates qui ne tournent pas autour du mosh-pit. Mais avec un titre pareil, il ne fallait pas s'attendre à une séance de torture sadique, et c'est bien à une exécution sommaire que les colombiens nous convient, celle d'un Metal édulcoré et timoré qu'ils conchient de leurs riffs circulaires et de leurs rythmiques nucléaires, qui ne sont pas sans rappeler la tradition nationale en termes de violence épidermique et systématique. Pas ou peu de temps mort donc, mais une attaque frontale, qu'une intro assez bien troussée et mélodiquement floutée vient dissimuler de ses nuances travaillées. Mais dès le morceau éponyme, la sentence tombe et les cheveux s'envolent, puisque « Bienvenido a tu Ejecución » respecte les dogmes sud-américains les plus séculaires, s'imprégnant tout de même de l'histoire nord-américaine pour ne pas sombrer dans le chaos le plus incontrôlable. Tout est en place, méchamment carré, et si la vitesse de croisière reste raisonnable, on sent en filigrane une envie de dépasser les limites, pour honorer les grands anciens sans perdre son identité.

On pense évidemment à beaucoup de choses, qu'elles viennent d'Amérique du Nord/Sud, d'Allemagne ou d'ailleurs, et il n'est pas incongru de préciser que les WAR THRASHED ont usé les mêmes bancs de répétition nationaux que leurs homologues de PERPETUAL WARFARE, WITCHTRAP, NEUROSIS INC ou DARKNESS, dont on retrouve certains des éléments les plus symptomatiques ici. Lesquels? D'abord cette approche formelle qui empêche parfois les musiciens de prendre leurs distances avec la tradition, mais qui produit une inspiration appréciable que l'on retrouve souvent chez les combos colombiens ou chiliens. Si la Colombie en matière d'extrême ne fait pas partie des élèves les moins turbulents, elle a su protéger sa génération de thrashers d'une tendance à la cacophonie, pour permettre à un classicisme de rigueur de nous enthousiasmer de son esprit frondeur. Certes, rien de plus original que les copains à se mettre entre les oreilles, mais une réelle envie d'adapter les standards à un appétit, personnel bien sûr, qui au fur et à mesure prend des allures de fringale et de revanche sur le destin. C'est ainsi que tout est passé en revue de A à Z, de ces brutales accélérations et ces fulgurances de transition, jusqu'aux passages Heavy teintés de Mosh de très bon ton. On se prend donc au jeu, d'autant plus qu'il est pratiqué par des musiciens qui ne trichent pas, et chaque chapitre de proposer son lot d'idées, et son équilibre entre puissance et mélodie. Un fil rouge unit évidemment toutes les interventions, dont l'ensemble est d'une homogénéité flagrante, mais l'efficacité étant tout sauf latente, le plaisir est réel et concret, comme le démontre le lapidaire “Plaga”. Les thèmes abordés sont eux aussi de circonstance, et s'intéressent à la problématique sociale et aux inégalités, mais c'est surtout la musique qui surprend parfois, lorsqu'elle adopte des contours un peu moins rigides pour se lover au creux d'un groove exécuté rapido. Ainsi, le supersonique mais bionique “Krokodile » de laisser une basse ronde s'exprimer entre deux accès de vélocité, le tout emballé dans un joli feeling Hardcore rapprochant le groupe d'un Crossover assez délicieux et surtout, chanté dans un idiome natal.

Et les hymnes de se succéder bon train, suggérant parfois quelques rapprochements avec les séminaux VIO-LENCE et FORBIDDEN (« Invasión Thrash », le meilleur de la vague US teinté d'exotisme sud-américain), portés par un chant vraiment hargneux et subtilement nerveux, roulant les « r » avec rage et lâchant le flow pour aggraver le carnage. Le quatuor s'y connaît pour agencer ses plans, et n'hésite pas à s'adonner aux joies de la saccade pour mieux mettre l'emphase sur le Heavy en phase (« Muerte Inminente », qui rappelle de loin les fabuleux EXUMER), et on sent un enthousiasme et un plaisir de partager la violence, qui par intermittence peut se faire plus patiente (« Hipnoreligion », final plus posé pour impression renforcée). On regrette simplement parfois un son un peu fluet pour les soli, qui se font manger sans pitié par la rythmique, et surtout, qu'un peu plus de rab' ne nous ait pas été accordé, puisque ce second LP rompant un silence de plomb vaut son pesant d'acier. Souhaitons aux WAR THRASHED de pouvoir tourner dans de bonnes conditions afin de promouvoir cet album qui sans révolutionner le style, y apporte sa solide contribution.  

      

Titres de l'album :

                       1.La Redención de las Almas

                       2.Bienvenido a tu Ejecución

                       3.Plaga

                       4.Krokodile

                       5.Rastros del tiempo

                       6.Muerte Inminente

                       7.Invasión Thrash

                       8.Hipnoreligion

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par mortne2001 le 04/02/2019 à 17:34
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