Amis de la nostalgie, je m'en viens en ce samedi vous caresser dans le sens du poil. Amis thrasheurs, je m'en viens en ce samedi vous brosser dans le sens des patchs. Amis thrasheurs nostalgiques, je m'en viens en ce samedi vous emmener au paradis. Car comme vous n'êtes pas sans l'ignorer, votre paradis est partagé en deux camps, sans frontières, et sans poste de garde, permettant aux agents ailés de s'échanger des informations sans craindre le coup de canon. Et c'est donc dans la partie est de cet Éden que je vous ferai traîner vos baskets usées cet après-midi, puisque le groupe que je m'apprête à vous introduire nous en vient de la belle ville de Balingen, dans laquelle il s'est formé il y a plus de quinze ans. Mais le parcours de ces musiciens y fut tout sauf linéaire, puisque si nous les connaissons aujourd'hui sous le nom Ô combien évocateur de TRAITOR, il fut un temps où leur patronyme était bien différent. Différent(s) serais-je tenté de dire, puisque ces germains ont longtemps hésité sur leur baptême de guerre...Ils ont d'abord battu la lande sous la bannière MEATGRINDER, avant de rapidement évoluer sous pavillon PATRICIDE, décidant soudain que le blason PREMATURATE BURIAL leur siérait beaucoup mieux, pour mieux atterrir sur leurs pieds TRAITOR il y a moins d'une dizaine d'années. Mais après tout, qu'importe le baudet pourvu qu'on ait l'ânesse, et autant admettre que si leur appellation a subi quelques variations, leur musique elle n'a pas changé d'un ton. Du Thrash, du Thrash, encore un peu de Thrash pour un résultat totalement Thrash, tel est le credo de ce quatuor qui nous offre la primeur de son troisième longue-durée.

Après une entame de carrière placée sous d'étranges auspices, publiant coup sur coup en un an une première démo, puis un live (Inclination to Aggression), et encore une démo, nos thrasheurs allemands ont soudain ressenti le besoin d'exprimer leurs vues en durée plus homogène, nous gratifiant au passage d'un introductif Thrash Command, publié en 2012. Ils s'en revinrent en 2015 avec Venomizer, tout aussi brutal mais fier, avant de marquer le pas pour préparer non leur trépas, mais le virage serré du troisième LP, que les nationaux Violent Creek Records se sont empressés de distribuer. Et grand bien leur en a pris, puisque les TRAITOR ont fort bien négocié l'épingle, resserrant les rangs pour nous délivrer un message fort clair et tonitruant. Le Thrash allemand est toujours maître en son pays, et dans le monde, et les onze pistes de ce troisième jet sont toutes là pour le prouver. Emballé dans une pochette monstrueuse et colorée, Knee-Deep In The Dead plonge les deux pieds et la tête dans le bourbier de la décadence européenne métallique, et nous offre une belle déflagration, basée sur les explosions notables du passé, sans pour autant nager dans le sens du courant d'un vintage un peu trop usé. Se rapprochant des modèles éprouvés des gloires célébrées, les TRAITOR nous démontrent que la violence d'outre-Rhin n'a en rien perdu de son efficacité, et citent dans le texte les dogmes énoncés par les mentors de KREATOR, dont ils empruntent une grande partie du vocable véhément, sans pour autant tomber dans la paraphrase. Se sentant terriblement à l'aise dans la culture extrême de leur propre pays, Gerd Hery (guitare/choeurs), Matthias Koch (guitare/choeurs), Lorenz Kandolf (basse/choeurs) et Andreas Mozer (batterie/chant) multiplient les allusions de saison, et évoquent la gentille destruction de masse proposée par les DEATHROW, mais aussi la fluidité d'un Crossover plus américain dans les faits. Se rapprochant même parfois des miraculeux VIO-LENCE, le quatuor ose donc toutes les tendances, et fait montre d'une incroyable dextérité dans le domaine de la saccade maîtrisée, pour développer de solides arguments thrashant de fort bon aloi.

Rien de fondamentalement surprenant en soi, le tout restant dans les balises d'un classicisme roi, Knee-Deep In The Dead se veut plutôt démonstration de facilité, et accumule les figures imposées en tentant de les replacer dans un contexte plus moderne et adapté. On pense évidemment aux efforts les plus récents de Mille & co, mais aussi à la vague des MUNICIPAL WASTE, en moins débridé, le tout se situant dans une excellente moyenne de la New School of Classic Thrash Metal. D'ailleurs, le combo ne prend même pas la peine de recenser quelques références, leur préférant le style global en allégeance, et dès l'introductif et massif « Mad Dictator », la messe en mi majeur est dite. Riff gluant mais chant vociférant, arrangements précis pour puissance de déments, syncopes au millimètre pour une interprétation de maître, et vogue la double croche le long d'une partition qui ne sacrifie pas la vélocité sur l'autel de la précision. Avec un morceau pareil, les futures prestations live risquent de tourner à la boucherie infernale, de celles que déclenchaient les DESTRUCTION avec leur mythique « Mad Butcher », sauf qu'ici, la machette tourne au régime plus élevé du KREATOR de Terrible Certainty/Gods Of Violence. D'ailleurs, la voix méchamment rauque et glauque d'Andreas Mozer rappelle évidemment celle du sieur Petrozza, spécialement lorsqu'elle s'échappe le long d'aigus hurlés démoniaques. Rapide, orgiaque, organique, efficace, le Thrash des TRAITOR est tout sauf une trahison, mais bien une preuve d'allégeance à une bonne dose de violence, et une violence intelligente, qui sait utiliser les accalmies Heavy pour donner plus d'ampleur aux crises de folie. Et en moins de quarante minutes, aucune baisse de régime à déplorer, même si certains morceaux ressassent évidemment partiellement les mêmes idées.

Mais avec des roustes de la trempe de « Predator (Skinned Alive) », des saucissonades Heavy/Crossover ficelées serré comme « Nuke 'Em All », au riff étonnamment redondant, et des décapitations étêtant les plus réticents comme « Ebola », la fête prend des airs de carnage, et nous laisse le front en nage, les cheveux emmêlés et les cervicales bien entamées. Ne craignant pas de faire durer les débats, les allemands se perdent même parfois dans les détours d'une mélodie d'intro découlant sur un tempo marteau, et nous délivrent une petite pépite purement KREATORienne comme l'impressionnante «Demonic Possession ». Ils y démontrent tout leur savoir-fer, et ambiancent, modulent, avancent et reculent pour mieux nous prendre à rebours et se lancer soudain dans une envolée digne des SOILWORK en plein stage « Scierie en Germanie » sur le terrassant morceau éponyme. La fin de l'album ne marque aucunement le pas, et nous réserve même une petite surprise en bonus de (pierre) de taille, reprenant à son compte l'imputrescible « Blitzkrieg Bop » des faux-frères RAMONES, dans une version tout à fait fidèle à l'originale (mis à part l'accélération finale qui leur permet de s'exciter). Une petite gâterie comme porte de sortie, à prendre comme un signe de la main plus que comme une alliance Punk, mais qui permet à Knee-Deep In The Dead de friser le sans-faute. La perfection n'étant pas de ce monde, je m'abstiendrai donc de leur accorder la note maximale, mais j'avoue que les TRAITOR nous donnent une bonne leçon, et démontrent s'il le fallait encore que les allemands sont toujours les plus forts quand la violence sort les dents. Cartouchières et packs de bières, mais aussi finesse et adresse, tout ce qu'on aime lorsqu'on aime le Thrash, et qui devient ici encore plus efficace.


Titres de l'album:

  1. Mad Dictator
  2. Predator (Skinned Alive)
  3. Nuke 'Em All
  4. Ebola
  5. Pieces of Pale
  6. Demonic Possession
  7. At the Gates of Hell (Intro)
  8. Knee-Deep in the Dead
  9. Xenomorph (feat. Gus Drax)
  10. Crucifixion
  11. Blitzkrieg Bop (RAMONES cover)

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par mortne2001 le 12/05/2018 à 14:13
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