Ils sont cinq, aiment le jean, les clous, les gentils pseudos entre parenthèses, et ne se gênent pas pour piller sans vergogne une décennie qui a déjà alimenté tous les fantasmes depuis plus de trente ans. Cette description me direz-vous, pourrait concerner trente bons pour cent de la production actuelle, qui a franchement du mal à s’affranchir de la tutelle d’une décade qui n’en finit plus d’inspirer les musiciens ne l’ayant pas connue en temps et en heure. Et s’il est certain qu’elle a représenté une sorte de pinacle de créativité, son cadavre encore fumant en a peut-être assez d’être profané par des musiciens charognards qui tournent autour de son corps comme des riffeurs de mauvaise augure en mal de hook accrocheur. Mais puisqu’il faut bien supporter parfois une absence totale de morale et d’éthique pour accepter son époque, autant dire que le picorement peut parfois produire un bruit séduisant, spécialement lorsque les amateurs de passé à renouveler ont le savoir-faire nécessaire pour vous faire croire que ce-dit passé n’a jamais été enterré. C’est le cas de nos amis italiens de SIGN OF THE JACKAL, qui non contents d’emprunter au passage le titre d’un de ses albums au gang DAMIEN THORNE, en reproduisent aussi les tics de création, pour nous immerger dans une nostalgie mondiale qui prend des proportions assez inquiétantes au demeurant. Nous parlons donc ici de True Heavy, mais aussi de Power bien roussi, de Speed pas terni, en gros, de la quintessence de notre style de prédilection, qui aime encore se parer de clous et de perfectos pour accentuer la touche vintage, déjà bien prononcée musicalement…

Fondé en 2008, ce quintette (Laura "Demon's Queen" Coller - chant, Bob Harlock 666 & Max - guitares, Nick "DevilDrunk" - basse et Corra "Hellblazer"- batterie) a déjà proposé une démo en 2008 (Haunted House Tapes), un EP en 2011 (The Beyond), avant de plonger dans le grand bain d’ACID du longue-durée via l’inoxydable Mark Of The Beast il y a cinq ans. Et après une petite pause entre 2013 et 2018, le quintette nous en revient plus remonté qu’un tifosi frustré de voir son équipe absente de la coupe du monde, et aligne les flushs et autres carrés par l’entremise d’un nouvel LP, ce terrassant Breaking The Spell que vous n’allez pas manquer d’écouter une fois ma prose assimilée. Pourquoi donc ? Parce que ce deuxième effort est un condensé de tout ce que les eighties pouvaient proposer de plus métallique, et parce que cette collection de huit chansons passe en revue tous les tics et toutes les astuces d’époque, des riffs d’airain aux soli certains, en passant par un chant haut en couleurs et en aigus, et une rythmique explosive, qui a bien retenu les leçons de l’école ACCEPT et des vagues sidérurgiques allemande et américaine. Du Hard-Rock donc, bien relevé pour devenir du Heavy solide, lui-même méchamment épicé pour flirter avec les limites corsées du Speed échevelé. Ce que l’on note au prime abord en confiant nos tympans à cet effort qui n’en est pas un, c’est ce son dantesque qui transcende n’importe quelle partie de guitare en déclaration de guerre, et chaque coup de caisse claire en écho d’un retour en arrière pas si lointain qu’il n’en a l’air. En optant pour un son casher mais clair comme de l’acide de roche, les italiens permettent à leur Heavy classique de se transcender de lui-même, pouvant aussi compter sur une interprétation au-dessus de tout soupçon niveau investissement personnel. On nage en pleine passion, les mecs ne font pas semblant, et ça se sent, et on apprécie que tout ça ne sente pas le pilotage automatique ou le plagiat hors-saison.

Mais ce sont des détails que l’on remarque au premier coup d’œil, et à la première note. Car malgré la brièveté globale de l’album, les SIGN OF THE JACKAL ne se privent pas d’une intro de deux minutes qui nous plonge dans le bain à grand renfort de claviers à la KING DIAMOND et de guitares montantes à la MAIDEN (« Regan », le modernisme baise ta mère en enfer), avant de nous heurter de plein fouet d’un Heavy Speed digne du meilleur de l’école belge des ACID et autres CROSSFIRE (« Night Curse », plus vrai que nature, avec vampire et loup-garou s’affrontant à coups de pieux et de rasoir mécanique). Sauf que contrairement à nombre de leurs contemporains, les originaires de Rovereto ne se contentent pas de d’accrocher à un genre pour le ronger jusqu’à l’os. Ils survolent toute une décennie pour en tirer la substantifique moelle, et nous offrent donc une synthèse qui leur permet de rester allusifs, mais aussi de faire preuve de conviction dans la rébellion (« Class of 1999 », épitomé de l’acier inoxydable des années 80 transposé dans une copie en carbone typiquement 2K). Alors, certes, on se gausse des intitulés, qui sentent bon les clichés, on s’amuse parfois d’une emballée qu’on a déjà headbanguée jusqu’à en perdre nos tifs dans l’évier (« Mark Of The Beast », limite LIVING DEATH des deux premiers albums, avec même quelques similitudes hystériques entre Laura et Thorsten Bergmann), mais en définitive, on se laisse séduire par ces flammes de l’enfer qu’on a plaisir à retrouver et à subir (« Heavy Rocker »,  banal à pleurer avec son riff testé en laboratoire, mais jouissif dans son désir de remiser la honte au placard avec ses chœurs revanchards). Et si par le plus grand des hasards vous cherchiez le meilleur raccourci existant entre 2018 et 1986, alors jetez-vous sur l’imparable « Terror At The Metropol », l’un des meilleurs instrumentaux du moment, qui pourrait même faire rougir d’envie les NIGHT FLIGHT ORCHESTRA…

Classique, éprouvé, déjà entendu, certainement éculé, Breaking The Spell ne brisera certainement pas le sort qui enchaîne les musiciens contemporains à un liquoreux et créatif passé, mais profite de plusieurs atouts pour se démarquer. Une intelligente brièveté, puisque les trente minutes imparties ne nous condamnent pas à nous lasser, une totale transposition dans une décade qui ne supportait pas les demi-tons, et surtout, des musiciens qui connaissent leur partition, et qui la retranscrivent comme si leur vie de hard-rockeur en dépendait. Des parties de guitare homériques, des soli héroïques, un chant typique mais magnétique, et une rythmique pilonnée mais pas mécanique, pour un surplus d’hédonisme qui fait cruellement défaut à nos propres années. Une façon de revêtir un costume que l’on se plaît à porter, histoire de se replonger dans une époque où le ridicule ne tuait pas, et rendait même plus fort. On espère cependant que les SIGN OF THE JACKAL sauront petit à petit s’éloigner de ce mimétisme pour le moment charmant et suintant, mais qui risque de vite devenir redondant. La nostalgie d’accord, le passéisme pas forcément, même lorsqu’il ne manque pas de mordant.               

          

Titres de l'album:

                        1. Regan

                        2. Night Curse

                        3. Class of 1999

                        4. Mark of the Beast

                        5. Heavy Rocker

                        6. Nightmare

                        7. Terror at the Metropol

                        8. Beyond the Door

                        9. Headbangers

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par mortne2001 le 24/08/2018 à 16:13
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