Bright Gloom

‘77

27/04/2018

Century Media

On ne s’appelle pas ’77 par simple amour des comptes ronds et des apostrophes. 1977, l’année du Punk, mais aussi l’entame du déclin pour le Rock « des dinosaures », comme se plaisaient à l’appeler les révoltés de la machine…LED ZEP n’allait pas tarder à rendre les armes, DEEP PURPLE perdait ses marks, BLACK SABBATH comptait sans le savoir le peu d’années qui lui restaient avant le départ d’Ozzy, le Rock progressif s’essoufflait sous ses grandes orgues, et PINK FLOYD n’en avait plus pour longtemps avant la construction du mur. Exit donc les grandes envolées lyriques, les soli à rallonge, et l’hédonisme maniéré, bonjour la simplicité, le retour aux sources, et les crachats à la gueule. Certains s’en sont montrés assez satisfait d’ailleurs, trop heureux de se débarrasser d’oripeaux un peu encombrants, mais ils avaient oublié en route que l’histoire se répète coûte que coûte, et que le Rock, sous une forme ou une autre, revient toujours d’entre les morts. Et depuis cette époque que beaucoup considèrent comme le pinacle d’une créativité artistique qu’il est difficile de nier, nombre de groupes font un effort de mémoire pour rendre hommage aux plus grands défricheurs de l’épopée en décibels majeurs. Ainsi, les espagnols de ’77 comme leur patronyme l’indique avec beaucoup de précision, font partie de cette caste d’indécrottables nostalgiques qui ne conçoivent pas la composition autrement qu’à travers un prisme de passion, celui qui nous ramène aux amplis Orange, aux jacks torsadés, aux raies au milieu et autres artifices vestimentaires d’un goût plus que douteux…Mais un peu de biographie avant d’aborder leur folie, puisqu’ils sont les principaux concernés par cette prose aujourd’hui.

Le groupe nous en vient donc de Barcelone, et existe depuis 2006, ce qui lui a laissé le temps de produire pas moins de quatre longue-durée, tous recommandables. Ainsi, 21st Century Rock en 2009, High Decibels en 2011, Maximum Rock'n'Roll en 2013, et Nothing’s Gonna Stop Us en 2015, se voient adjoindre cette cinquième pépite, Bright Gloom et son titre tout en dualité qui résume à merveille son contenu varié. Pas de réelle surprise de la part des barcelonais, qui avec cette nouvelle production ne nous surprennent que par un petit changement de line-up, célébrant l’arrivée à la basse de Dani Martin, un vieil ami des musiciens. Lesquels ? Bien évidemment, les frères Armand (chant/guitare) et LG (guitare) Valeta, toujours secondés par le fidèle frappeur Andy Cobo, fermement ancrés dans leur culture passée, et proposant de fait une cinquième relecture des grands standards de leur décade préférée. Les 70’s donc, encore et toujours, pour un Rock pas forcément subtil, très allusif, mais convaincant dans la forme et le fond, qui permet de continuer les travaux dirigés tout en divergeant légèrement du côté sombre où ils semblent se lover. Ainsi était la volonté des concepteurs, bien décidés à jouer l’ambivalence d’une musique énergique mais aux nuances de lumière proéminentes, pour ne pas rester bloqués sur l’euphorie d’un Big Rock déjà digéré. La recette est toujours la même, des guitares grasses tirant sur le Stoner light, des mélodies amères pour teinter le tout d’une patine équivoque, un chant assez nasillard et particulier qui pourra toujours rebuter, et surtout, des compositions faussement simples, mais parfois méchamment alambiquées pour ne pas risquer de lasser.

La méthode n’a pas vraiment évolué non plus, puisque nos lascars, bien que chapeautés par une équipe de fins limiers, ont encore choisi la voie de l’analogie forcenée. Produit par le chef national Raül Refree, épaulé dans sa tâche par l’ingé-son Javier Ortiz, Bright Gloom est aussi aveuglant que ténébreux, et peut se targuer de titiller les sonorités du passé, sans paraître opportuniste et affamé. Mais la faim est bien là, celle de bandes qu’on triture, qu’on remixe, qu’on transfère pour obtenir le son voulu, et c’est en passant d’un vingt-quatre pistes à un antique deux-pistes que les frangins Valeta ont réussi à conférer à leurs morceaux ce délicieux parfum rétro, que l’on peut renifler dès l’entame « Bread & Circus ». Panem et circenses, pour des jeux du cirque typiques, avec la bête espagnole en guise de lion, qui montre les crocs, mais ne mord jamais jusqu’au sang. En restant collés à des principes d’imitation dans le texte des dogmes du BLACK SABBATH le plus abordable et du BLUE OYSTER CULT le moins occulte, les ’77 nous offrent une fois de plus un LP de grande classe, qui a défaut de surprendre, nous fait trépider, chantonner, headbanguer, raisonnablement, mais d’un groove patent (« It’s Near », le genre de riff gluant qui nous décolle le céans de notre fauteuil immédiatement). Et des riffs, ce cinquième effort en sème prestement et gaiment, variés, mais tous accrocheurs ou entêtants, parfois Bluesy (« You Better Watch Out », CACTUS en version allégée mais pas expurgée), parfois syncopé et groovy (« Hands Up », le hold-up sympa qui vous remplit les fouilles de souvenirs), et de temps à autres bien aplatis, dans le genre Ozzy et Tony en pleine messe noire à minuit (« Who’s Fighting Who », ambiance Sabbath Bloody Sabbath ibère, mais toujours délétère). Autrement dit, pas de prise de tête, pas de quête, pas de question qui embête, mais du Hard Rock, gras, léger, coulant sur le foie et laisser les pieds sautiller, agrémentant les arrangements d’harmonies en thèmes obsédants (« Where Have They Gone ? », à Barcelone je suppose), et jouant parfois le binaire à la AC/DC secoué de syncopes affolés d’un AEROSMITH primesautier (« Fooled By Love »).

Comme vous le constatez, du classicisme, mais aussi un souffle de liberté, pour un album qui ne cherche aucunement à bousculer ou provoquer, autrement que le bonheur et la joie de jouer. Morceaux courts mais suffisamment développés pour oser des soli enflammés et des breaks bien moulés, quelques allusions speed-rock et southern histoire de nous démanger (« Last Chance »), du binaire bien appuyé histoire de raconter la légende des frères Young avant de nous saluer (« I Want My Money Back », Angus et les frangins Gibbons dans le bain, qui fait glisser la savonnette dans ses mains ?), et de partir en trombe sur un dernier burner déjanté (« Make Up Your Mind », moi c’est bon, je mets le son à fond). Et l’un dans l’autre, par cette simplicité et cette honnêteté, les ’77 jouent les bons atouts, et rendent hommage de la meilleure façon qui soit aux anciens baroudeurs rois. Pas de retape, pas d’épate, juste des morceaux directs qui tapent, et des décibels qui coulent le long des oreilles pour nous extirper d’un demi sommeil le temps d’un trip sans pareil. Du vieux Rock certes, mais pas pour les cartes Vermeil, et une façon de replacer l’Espagne du côté de l’Amérique, ou de l’Angleterre, peu importe, du moment que l’on puisse pousser les portes de l’enfer vêtu de pattes d’éph et les rouflaquettes fières.


Titres de l'album:

  1. Bread & Circus
  2. Hands Up
  3. Who's Fighting Who
  4. Be Crucified
  5. Where Have They Gone
  6. It's Near
  7. You Better Watch Out
  8. Fooled By Love
  9. Last Chance
  10. I Want My Money Back
  11. Make Up Your Mind

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par mortne2001 le 17/05/2018 à 17:49
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