By Fire & Brimstone

Solitary Sabred

13/03/2020

No Remorse Records

Il aura fallu que la pauvreté de la production estivale me force à fouiller dans mes dossiers pour y retrouver cet album qui y végétait depuis très longtemps. Et ce sont deux éléments qui m’ont poussé à traiter du cas des chypriotes de SOLITARY SABRED : une maison de disques et une pochette. Enfin soutenus par une structure digne de ce nom, les originaires de Limassol/Nicosia ont enfin tenu la bride de leur talent de façon un peu plus lâche, nous offrant un troisième album vraiment digne de ce nom. Et il faut avouer que les fans du groupe l’attendaient de pied ferme puisque le précédent chapitre de la saga accusait les six ans d’existence, Redemption Through Force datant de 2014. Mais ces musiciens très patients n’ont jamais été connus pour leur prolixité, leur naissance remontant à l’orée des années 2000 et leur premier LP de 2009. Trois albums en vingt ans d’existence, on ne peut pas dire que Chypre aime à se rappeler à notre bon souvenir avec assiduité, mais après tout, faisons fi de cette discrétion de publication pour nous intéresser au cas fascinant de By Fire & Brimstone, qui comme vous le sentez probablement venir, est encore une affaire de nostalgie passionnée. SOLITARY SABRED est un peu le joker dans le jeu de cartes old-school, et sa troisième réalisation aura de quoi fasciner les nostalgique d’un Metal épique puissant et évolutif, loin de se contenter d’un recyclage d’idées pompées sur MAIDEN, JUDAS,  HELLOWEEN et autre METALLICA. Ici, les références sont assez remarquables, mais aussi plus rares dans la réutilisation. On sent en effet que les cinq musiciens ont beaucoup écouté la série B d’il y a trente ans, nous proposant une sorte de synthèse entre Heavy typique, Heavy épique, Power Metal symptomatique et expérimental théâtral.

Si l’instrumental ne manque évidemment pas d’intérêt, la principal qualité et curiosité du combo réside en son chanteur, sorte de croisement improbable entre Warrel Dane, Midnight, King Diamond, Michael Kiske et Ann Boleyn, à tel point que je l’ai d’abord pris pour une vocaliste au timbre un peu rauque. Avouons-le, Petros "Asgardlord" Leptos fait partie de cette race rare de chanteurs capables de transcender le moindre motif éculé de sa voix extraordinaire, à la lisière d’un conteur de l’impossible nous narrant des légendes de chevaliers et autres contes de monstres infâmes défaits par de preux combattants. A l’image d’un Martin Walkyier, Petros "Asgardlord" Leptos se glisse dans la peau de ses personnages, et n’hésite jamais à nous entrainer dans une envolée lyrique flamboyante, permettant à des morceaux de facture classique de devenir de véritables chansons de geste tragiques. Ainsi, le surpuissant « Invoking The Master » se paie le luxe de mixer SABBAT, MANOWAR, GRAVE DIGGER et ICED EARTH sans perdre son identité propre, mais ce titre est loin d’être un cas isolé dans le dossier By Fire & Brimstone. En intro, « Servants of the Elder Gods » met les petits plats d’argent dans les grands plats d’or, et nous annonce la quête à venir : un mélange de Heavy classique et de progressif agressif, pour une synthèse des groupes les plus aventureux des années 80. Nous sommes donc loin du formalisme actuel, et ce troisième album a de faux-airs d’opéra Metal grandiose, même si quelques convenances moins excusables viennent encore entacher la fête. Profitant d’une énorme production au son clair et aux graves profonds, By Fire & Brimstone déroule sa magnificence sans jouer la fausse modestie, et nous inonde de riffs tous plus pertinents les uns que les autres, et transcendés par l’organe vocal incroyable de Leptos. Mais le chanteur n’est pas seul dans cette aventure, et peut se reposer sur l’efficacité d’une paire de guitaristes qui n’ont pas le médiator dans leur poche, et le duo Demetris "Spartacus" Demetriou/Nikolas "Sprits" Moutafis de faire preuve de brillance dans ce maelstrom général, en dégainant des soli incandescents sur fond de licks démoniaques.

Vous l’aurez compris, l’heure n’est ni à l’épure ni à l’économie de moyens, et les SOLITARY SABRED ne font pas profil bas, alors que l’irrégularité de leur production aurait pu les condamner à un anonymat assez peu mérité. « Assassins Of Carthage » en est la preuve directe, avec une fois de plus en exergue un thème multiple traité de façon progressive sans que l’impact Heavy n’en pâtisse. D’ailleurs, le groupe retrouve parfois le souffle belligérant et héroïque du DIO des grandes années, qu’il prend un malin plaisir à durcir d’intonations à la SANCTUARY (« Disillusions »), produisant ainsi un mélange des genres des plus intéressants. Basse proéminente à la MAIDEN, nombreux breaks plus calmes et mélodiques, l’agencement est parfait, et le déroulé fascinant. On écoute ce disque comme on regarderait une pièce de théâtre, même s’il convient de souligner quelques passages moins inspirés, qui toutefois ne tirent pas l’œuvre vers le bas. Ainsi, le diptyque « The Scarlet Citadel (Chronicles Of The Barbarian King Pt.I) » / « Fyres of Koth (Chronicles Of The Barbarian King Pt.II) » laisse un peu retomber le soufflé de sa convenance déplacée, mais « Psionic Transmogrification » a tôt fait de redresser la barre de ses breaks puissants et à la limite d’un Thrash raisonnable. Très convaincant lorsqu’il fait monter la pression et la température, le groupe se montre enfin à l’aise avec son identité, et gomme les erreurs jonchant ses anciens efforts qui montraient encore des signes d’amateurisme un peu gênants.

Sans chercher l’originalité à tout prix, SOLITARY SABRED finit par la trouver de son esprit ouvert et de ses influences multiples, et se la joue même MAIDEN en terminant sa saga par un long épilogue mystique et prenant. « Blestem » est exactement le genre d’acmé qu’on attend d’un LP de cette trempe, et après une longue intro mélodique à la narration grave, le festival reprend d’un Heavy lourd et emphatique, et d’une prestation encore une fois hallucinante de Leptos. Complètement possédé, le chanteur prouve qu’il est décidément l’un des plus doués de la scène actuelle, et le véritable centre d’intérêt d’une œuvre qui n’en manque pourtant pas. En résulte l’un des albums les plus surprenants de 2020, encore imparfait, mais bien plus passionnant que ces recyclages monomaniaques épuisants de routine. Belle découverte, en souhaitant que cette fois-ci, le groupe soit vraiment lancé sur les rails.               

   

Titres de l’album:

01. Servants Of The Elder Gods

02. Assassins Of Carthage

03. Disillusions

04. Invoking The Master

05. The Scarlet Citadel (Chronicles Of The Barbarian King Pt.I)

06. Fyres of Koth (Chronicles Of The Barbarian King Pt.II)

07. Psionic Transmogrification

08. IX

09. Blestem


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par mortne2001 le 04/03/2021 à 18:21
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ha ha! nul!

18/04/2021, 00:02

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17/04/2021, 19:01

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Nous sommes vieux et nous avons bon goût. Bon, moi qui suis ultra-fan, j'adore le dernier album mais je trouve que la production y était un peu à chier. Mais je reste totalement confiant.

17/04/2021, 10:03

NecroKosmos

Bien vu le nom du groupe : facile à prononcer pour les non-biélorusses...  :)

17/04/2021, 09:59

Humungus

Mouais...Clairement pas terrible.Je rejoins Simony (sauf que moi j'avais plus qu'apprécié les deux derniers albums).Bref... A juger sur la longueur quoi... ... ...

17/04/2021, 08:51