La tête et les épaules engoncées dans la nostalgie jusqu’au cou, je continue de m’immerger dans la vague old-school, sans vraiment le regretter, même si parfois, j’aimerais que les groupes fassent un petit effort d’innovation. Régulièrement, l’attitude artistique globale en vogue dans le milieu Metal me rappelle méchamment les réflexes hollywoodiens consistant à proposer des séquelles, des reboots, des remakes, plutôt que de miser sur l’originalité d’une histoire certes un peu risquée, mais qui pourrait nous offrir un nouvel élan. Nonobstant ce triste état de fait, il est certain que cette vague vintage charrie aussi son lot de bonnes surprises, en admettant que la plupart des idées qu’elle développe ont déjà été exploitées il y a une bonne trentaine d’années. Restons timoré, ayons peur de tout, telle pourrait être la devise mise en exergue chaque semaine, à laquelle les espagnols de MAUSER n’échappent pas totalement…Nous en venant de Seville, Andalousie, ce quatuor (Ernesto - guitare/chant, Felix - guitare, Enrique - basse et Ale - batterie) s’est déjà fait remarquer par une poignée de publications, dont trois démos successives entre 2002 et 2006, avant de nous surprendre d’un live, précédant lui-même un premier EP original (Mauser en 2008). Ensuite, un hiatus de plusieurs années avant de revenir plus décidé que jamais, et d’enfin offrir à ses fans le premier LP qu’ils méritaient (La Locura, 2015), préfigurant une suite des évènements plus constante et consistante. Les ibères nous en reviennent donc avec une nouvelle bordée de chansons dans la musette, agencées sous la forme d’un second LP complet, ce Colgar al Ladron dont je m’apprête à vous parler. Sans chercher à bousculer l’ordre établi, les andalous s’adonnent donc aux joies d’un Thrash fortement connoté de Heavy, dans la plus pure tradition de la Bay Area, et signent avec ce deuxième longue-durée une jolie déclaration d’intention à la pochette plus crédible qu’une paire de baskets de Scott Ian.

Se revendiquent d’une généralité assez pratique, et admettant l’influence de la vague Thrash sans aucune distinction, les MAUSER développent de beaux arguments Metal assez relevés, tout en prônant une modération d’agression toute à leur honneur. Se situant dans un créneau ouvert en convergence des METALLICA, EXODUS, WARBRINGER, HAVOK (dans une moindre mesure), SLAYER et autres icônes incontournables du mouvement, Colgar al Ladron (Pendre le Voleur en VF) suit les traces des revendications sociales de ses aînés, et dénonce quelques injustices au passage, tout en prenant soin d’enrober son message dans une coulée de Metal en fusion. Plus culotté que leur parcours ne le laisse présager, le quatuor n’a pas choisi la voie de la facilité, et a privilégié des structures de composition assez élaborées, qui font la part belle aux couplets percutants menant sur des refrains entêtants. La vitesse de croisière étant parfaitement raisonnable, les plus réfractaires à la violence pure d’entre vous pourront trouver leur compte dans ce grand déballage de plans efficaces et puissants, sans avoir à craindre de soudaines crises de folie en BPM en furie. Néanmoins, les espagnols n’en restent pas pour autant à couvert, et osent des enchaînements assez solidaires, travaillant leur fluidité pour suggérer le contrepied. Tout est donc parfaitement logique sur ce second LP, bien que des morceaux comme « Las Buenas Nuevas » s’ingénient à multiplier les contretemps, changements de direction, et autres accumulations de parties complémentaires, mais radicalement opposées à la fois. Nous rebondissons donc de riffs ventrus en embardées velues, tâtonnant à vue dans un labyrinthe de références, marchant sur les pieds d’un MORTAL SIN pour mieux donner l’accolade à KREATOR, sans jamais stimuler les côtés les plus excessifs des deux influences. Non que le tout se situe dans une moyenne jamais transgressée, mais autant dire que ces quatre musiciens savent pertinemment ce qu’ils veulent, et refusent de se frotter à un chaos trop prononcé, privilégiant les mélodies aux parties un peu trop barbares. Ils se permettent d’ailleurs parfois quelques accointances avec un Techno-Thrash raisonnable, ce qui ne fait qu’ajouter une plus-value à cet album déjà méchamment coriace.

Inutile dès lors de se fatiguer à recenser toutes les allusions que ce LP sème sur son passage, puisqu’elles sont déjà connues de tous. Mais si la plupart des entrées prennent leur temps pour instaurer leurs ambiances, le timing ne semble jamais exagéré, et la plupart des idées restent pertinentes, et très bien placées. Seuls les deux premiers chapitres restent sous la barre des quatre minutes, pour un gentil résumé de ce qui vous attend ensuite, et en tant que mises en bouche, « No Aguanto Mas » et « Colgar Al Ladron » se présentent comme d’admirables hors d’œuvre, faisant même preuve d’une emphase que ce cher Dave Mustaine ne conchierait pas. Multiplication des harmonies, utilisation des deux guitares à plein régime, rythmique efficiente et soli incandescents, la recette est d’usage mais merveilleusement bien employée, et si la cadence ose en ces prémices flirter avec les limites, c’est pour mieux offrir un exutoire valable aux fans les plus déchaînés. Mais autant avouer que la double grosse caisse n’est que rarement employée hors de ce contexte, et que le reste du tracklisting opte pour une logique plus évolutive qu’instinctive, ce que « Exodos » prouve de son lick hautement redondant et de son Heavy performant. Il n’est pas surfait d’y entrevoir une version plus musclée et testostéronée des METAL CHURCH, d’autant plus que la tonalité globale s’apparente à une digression sur le séminal « Start The Fire ». Mais il y a pire référence, et comme les actions se succèdent sans jamais laisser retomber la pression, on se laisse happer par un album de facture classique mais extrêmement bien joué, qui nous ramène quelques années en arrière sans exagérer les emprunts et autres vols à l’arraché.

Et de fil en aiguille, le chronomètre nous entraîne sans faiblir vers un crescendo de plaisir, entre les attaques en coups de reins de « Dinero Por Sangre », qui renoue avec la précision d’un MEGADETH de transition, et les aplatissements en règle de « Despojo », qui synthétise les meilleures intuitions des WARBRINGER, pour finalement échouer sur le long final « Pan y Circo », qui en guise de pain et de jeux nous offre onze minutes de Thrash progressif, aussi créatif que puissant, et aussi osé que performant. On y retrouve toutes les composantes du genre, cet esprit d’aventure qui ose replacer les inserts d’un MAIDEN dans un esprit volontaire à la METALLICA/DEATH ANGEL, ces mélodies jamais niaises, et ce désir de bousculer sans choquer. Un véritable tour de force qui transforme alors Colgar al Ladron en délicieuse anecdote, lui offrant un regard neuf et moins complaisant. Une vraie réussite pour un groupe éminemment sympathique, qui sans s’écarter du droit chemin ou invoquer des Dieux païens, colle à la réalité d’un Thrash sévèrement burné.             

   

Titres de l'album:

                     1.No Aguanto Más   

                     2.Colgar al Ladrón    

                     3.Éxodos       

                     4.Las Buenas Nuevas

                     5.Velocidad Matar Odio      

                     6.Dinero por Sangre  

                     7.Despojo      

                     8.Pan y Circo

Facebook officiel


par mortne2001 le 26/06/2018 à 18:25
80 %    140

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Véhémence

Par le Sang Versé

A Pale Horse Named Death

When The World Becomes Undone

Jetboy

Born To Fly

Lugnet

Nightwalker

Insanity Alert

666-Pack

Triste Terre

Grand Oeuvre

Flotsam And Jetsam

The End of Chaos

Necrogosto

Necrogosto

Mayhem

De Mysteriis Dom Sathanas

Horrisonous

A Culinary Cacophony

Dust Bolt

Trapped in Chaos

Pissgrave

Posthumous Humiliation

Aberracion

Nadie Esta Libre

Malevolent Creation

The 13th Beast

Together To The Stars

An Oblivion Above

Queensrÿche

The Verdict

Musmahhu

Reign of the Odious

Cold Colours

Northernmost

Destiny Ocean

Peace Love & Heavy Metal

Endless Disease

The End of All Life

Liévin Metal Fest #4 (samedi)

JérémBVL / 18/03/2019
Benighted

Cernunnos Pagan Fest 2019

Simony / 12/03/2019
Celtic Metal

LORDS OF CHAOS / Critiques du film

Jus de cadavre / 12/03/2019
Film

Interview HATRED DUSK

JérémBVL / 11/03/2019
Death Metal

Concerts à 7 jours

+ Meshiaak + Overkill

20/03 : Le Trabendo, Paris (75)

Meshiaak + Overkill + Flotsam And Jetsam

20/03 : Le Trabendo, Paris (75)

Photo Stream

Derniers coms

Exactement la même sensation d'un rendu un peu plus "pop" avec ce nouvel album mais une fois rentré dedans je le trouve absolument excellent. Je me suis forcé à l'enlever de ma platine parce que sinon il aurait fait l'année dessus, mais il va très vite y revenir comme ses illustres prédécess(...)


Aaaaaahhh !!!
A PALE HORSE NAMED DEATH !!!
Un des rares groupes actuels dont j'attends les sorties et tournées avec toujours la même réelle impatience.
Une fois de plus, je ne suis pas déçu par leur dernier ouvrage.
Comme le dit très justement Simony, il faut toujours u(...)


Un album juste incroyable. Une ambiance de fou, des riffs guerriers et mélodiques, une production très claire (limite trop "bonne", ce serait mon seul "reproche"). Le premier morceau est pour moi une leçon de Black épique. Juste excellent !
Un grand bravo au groupe et merci mortne pour ce(...)


Ah oui, bizarre, c'était 18h la semaine dernière.
Comme y'a "que" 3 groupes au lieu de 4, ceci explique cela. Cool, tant mieux !


Sur le site du Trabendo, il est annoncé une ouverture des portes à 19h00...
http://www.letrabendo.net/overkill-2/


Meshiakk a jeté l'éponge, remplacé par Chronosphere sur la tournée mais pas sur la date de Paris, ni en suivant. Dommage, c'était un choix plus cohérent. Du coup, pas de groupe local avant Flotsam n'est annoncé. Quelqu'un sait-il si le premier show démarre juste à l'ouverture des portes, pr(...)


"De Kristian Vikernes ou d’ Øystein Aarseth, qui est le vrai coupable ? On ne le saura sans doute jamais, et c’est tant mieux."

Le vrai coupable ça reste celui qui a tué l'autre.


Hmmm... le nouvel Abnormality n'a pas l'air de dévier et c'est bien ce qu'on demande !


plutot death que thrash. definitivement


mème chose on est loin du 1er album (ah jeunesse)....


Un côté très old school, et autant proche du thrash que du Death.

Morceau sympa, j'attend un peut mieux du reste.


Ah ah ah !
Ouais merde... Putain, je pensais pourtant avoir fait "le tour de la question"...

PS : Il me semble même qu'il escompte adopter avec son compagnon du moment.


Va falloir que je l'écoute en entier cet album, j'ai ignoré quasiment tout le mouvement black de ces années, mis a part ugra karma et ceremony of the opposites.


TU as oublié de préciser qu'il était homo également


Une pierre angulaire du black, un album essentiel, un manifeste à le fois séminal et terminal. J'ai dû l'écouter des centaines de fois depuis mes débuts de metalhead il y a près de 25 ans, et je ne m'en lasse toujours pas...


D'après mes sources, Emory Cohen (Varg Vikernes dans le film) est effectivement juif.
Mais également éthiopien par sa mère, gitan du côté de son père, encarté au Parti Communiste et d'obédience maçonnique.


"Le plus drôle, c'est que l'acteur qui joue Vikernes s'appelle Cohen"

Et encore, il aurait pu être noir !!!


1) "Je ne jurais que par Darkthrone en BM Norvégien"
Rassures-toi, il y a pire comme référentiel hein.
2) "A l'occasion d'un concert (en salle) où le groupe jouait "De mysteriis (...)" en intégralité y a eu le déclic"
J'avais forcément vu le groupe avant en live (claquasse (...)


Oui il est juif, le réal avait vraiment une dent contre Varg je crois, ou alors de l'humour :D ! Ça lui reste en travers de la gorge ce film je pense à Varg, il fait des vidéos ou il commente le film, énumère toutes les erreurs et mensonges (selon lui bien sur)... Je comprends qu'il veuille se(...)


J'ai vu le film est il est super captivant, je retiens pleins de bons point donc je vais dire le peut de "décevant".

1-Certains membre de Mayhem trop en retrait, Necrobutcher viré comme ça en quelques seconde, Hellhammer trop discret, pas une seul fois le nom de Maniac.

(...)