A force de piocher dans les abysses toujours plus profonds du Black Metal, on finit par toucher du doigt la quintessence même du style, ce nihilisme farouche qui pousse certaines entités à rester les plus secrètes possibles, au point d’occulter (sic) toute forme d’affirmation…

Alors la question se pose…Concept, groupe ? Individualité ? A vrai dire, on ne sait pas grand-chose des CULTES DES GHOULES puisqu’ils prennent un malin plaisir à se cacher derrière un paravent de mysticisme et d’occultisme, qui finalement, les représente mieux qu’un listing d’identités dont personne n’a cure…

Sur leur page Facebook (mais est-ce vraiment la leur ?), leur bio nous informe qu’il ne reste rien des quatre membres d’origine, et les sites dédiés à leur œuvre ne sont ni plus diserts, ni plus clairs…Alors, la musique, comme d’habitude ?

Oui, mais une courte présentation aussi.

CULTES DES GHOULES, le concept/groupe est né en 2004, et s’est contenté pendant quelques années de sortir régulièrement des démos, qui ont attiré l’attention des fans de l’underground poisseux du Black au point d’établir le groupe en tant que culte, voire d’icône.

Un premier album, Haxan comme pierre angulaire d’un style qu’on a du mal à définir, et puis un second LP, Henbane, tout aussi hermétique et ambitieux.

Deux ans plus tard, ce qui semble être un quartette revient sur le devant des enfers avec leur réalisation la plus ambitieuse, Coven, or Evil Ways Instead of Love, qui en effet, concrètement, se présente sous des formats amples, et un développement salement étiré dans le temps.

Imaginez-donc. Cinq morceaux pour quasiment cent minutes de musique, c’est presque de la folie que même les FLOYD ou YES ne se sont jamais permis. Mais après tout, l’ambition n’a jamais été un handicap, surtout lorsque la qualité de la musique est au moins égale à son métrage. Ce qui est indubitablement le cas ici.

Cinq actes pour ce nouvel opéra dédié à un monde à l’agonie, dont deux qui s’étirent à plus de vingt minutes, et presque trente dans le cas de « Satan, Father, Savior, Hear My Prayer »…Cinq scènes comme les musiciens se plaisent à les nommer, qui laissent place à une narration principale se frayant un chemin vocal dans un décorum infernal qui je le concède, n’a que peu d’équivalent sur la scène BM actuelle. Et si certains trouveront le concept redondant, prétentieux ou superfétatoire dans son désir d’exhaustivité, on ne peut pas nier que l’art développé par les CULTES DES GHOULES est toujours aussi personnel et unique, ce qui les rend donc à part sur l’échiquier mondial de la musique extrême.

Musicalement pourtant, l’approche n’est pas si abstraite que ça. Le BM des Polonais est rude, âpre, mais épais dans le son, et conséquent dans les arrangements. Pas vraiment d’artifices ni de gimmicks, juste des thèmes traités avec la puissance dont ils ont besoin, beaucoup de parties efficaces et de digressions tenaces, et une multitude de riffs accrocheurs, soutenus par une rythmique inspirée, dont une énorme basse qui ronfle et gronde comme un orage de fin d’été.

Et pour prouver que les Polonais ne cherchent pas l’originalité à chaque note, les sites dissertant sur leur musique proposent des comparaisons somme toute assez classiques avec les sempiternels MAYHEM, DARKTHRONE, INQUISITION, KATHARSIS, NASTROND ou DOOMBRINGER, ce qui vous affiche d’emblée le monochrome d’un BM qui ne se veut pas plus original qu’il ne doit l’être. Et il est certain que la trame instrumentale des morceaux est formelle dans ses fondations, mais qu’elle trouve une sublimation dans l’agencement des pistes, construites comme autant de scènes d’une tragédie qui se joue à guichets fermés et à enfer ouvert.

Là est donc la particularité de ce groupe unique, qui propose son dernier album en deux versions, l’une double CD et l’autre en triple LP, histoire de caser ces cent-quarante minutes sans altérer le confort d’écoute.

Une analyse poussée de ce troisième longue durée n’est pas chose facile, mais peut s’articuler autour d’une poignée d’axes importants. Si la musique se focalise sur les aspects les plus drus de l’approche du Black Metal tel qu’il est pratiqué à l’est de l’Europe, son ambiance aime à puiser dans des héritages multiples et cosmopolites, en empruntant au BM scandinave sa froideur, et aux origines des HELLHAMMER et autres BATHORY sa rudesse de ton.

On retrouve donc de longues ambiances qui se fondent dans un déluge de riffs parfois francs, parfois fuyants, qui évoquent tout autant le sens de l’expérimentation libre de MAYHEM, la brutalité outrancière et basique des débuts de Tom Warrior, mais aussi le sens de l’emphase de Quorthon, durant sa période Viking.

Mais même avec ces éléments en tête, décortiquer cinq actes qui s’étirent au-delà du raisonnable est une entreprise vouée à l’échec, puisque le but initial des musiciens est de faire appel à votre ressenti le plus sombre, et non à votre capacité de compréhension.

Souvent lourd, parfois rapide mais avec justification et non par besoin d’exutoire, Coven, or Evil Ways Instead of Love est parfois proche d’un Doom Black qui s’enfonce corps et âme dans les entrailles d’un enfer terrestre (le long pivot central pesant de « Mischief, Mischief, the Devilry Is at Toil... » qui finit par s’écraser sur un bloc de violence crue et cacophonique), mais peut compter sur une incarnation vocale théâtrale très prenante, qui incarne des personnages sortis de nulle part avec une belle conviction dramatique.

Et c’est certainement la meilleure façon de concevoir cet album sans trahir son essence, puisqu’il a été clairement agencé de manière à développer une tragédie en cinq actes complémentaires, et non plusieurs inserts disparates.

Les arrangements, jamais réduits à l’état de gimmicks, sont une part importante de l’écriture, et rien que l’intro inquiétante de « Strange Day, See the Clash of Heart and Reason » le prouve en quelques notes d’orgue fantomatiques.  

Bénéficiant d’une production massive mais étonnamment claire, Coven se suit et se lit musicalement comme un vieux grimoire étrange, dont les chapitres se fondent les uns dans les autres avec une belle cohérence. Ne crachant pas sur une inspiration typiquement Heavy Metal, patente sur le dernier et long segment « Satan, Father, Savior, Hear My Prayer » qui ne renie en rien ses racines ancrées dans les 80’s et le début des 90’s, ce nouvel « effort » des Polonais est d’une telle richesse qu’il ne se révèle que par touches, et qu’il nécessite de nombreuses écoutes pour lever un tant soit peu le voile sur les nombreux mystères qu’il soulève.

 Inimitables, les CULTES DES GHOULES pourront prétendre avec ce Coven, or Evil Ways Insteadof Love intéresser tout autant les fans de Black symphonique, que les amateurs de Heavy occulte et progressif, ou même les acharnés d’un BM foncièrement raw dans son rendu, puisqu’ils ne se fixent jamais sur une inspiration unique. Ce qui l’est par contre, c’est leur exceptionnelle capacité à rester efficace tout en laissant divaguer leur inspiration, et à garder le cap sur la puissance sans négliger l’envoutement d’une ambiance glaciale et ténébreuse. Un album à part pour un groupe qui ne l’est pas moins et qui ridiculise la plupart de ses contemporains par son sens de l’aventure et son envie de proposer autre chose qu’une lourde suite emphatique vide de sens.


Titres de l'album:

  1. The Prophecy (Prologue)  Devell, the Devell He Is, I Swear God... (Scene I)
  2. Mischief, Mischief, the Devilry Is at Toil... (Scene II)
  3. Strange Day, See the Clash of Heart and Reason... (Scene III)
  4. Storm Is Coming, Come the Blessed Madness... (Scene IV)
  5. Satan, Father, Savior, Hear My Prayer... (Scene V)

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par mortne2001 le 11/11/2016 à 19:24
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