Damnation

Vesztegzár

08/06/2018

Nail Records

Lundi matin, c’est l’heure de reprendre le boulot pour la plupart d’entre vous, mais c’est aussi l’heure du Thrash pour certains, dont votre serviteur. Au menu de cette entame de semaine, un groupe venu de Hongrie, formé il y a plus de dix ans, et qui depuis, n’a pas baissé en intensité sa production, au point de fêter cette année son quatrième longue-durée, sanctionnant un parcours plein d’abnégation. Comme beaucoup d’autres combos, les VESZTEGZÁR ont dû faire face à de nombreux changements de line-up avant de se stabiliser, perdant leurs chanteurs respectifs et remplaçant leurs guitaristes, ce qui ne les a nullement empêchés de garder une vitesse de croisière soutenue. Originaire de Komárom, ce quintet (Hökkön Attila - chant, Dankó Balázs János & Fodor Ákos - guitares, Akács Gergely - basse et Monostori Ádám - batterie) au préalable connu sous le nom de SPIT se répandait en reprises de SEPULTURA et de MOBY DICK, avant de se concentrer sur ses propres compositions, qui ont pu trouver une belle exposition au travers de LP impeccables (Beteg Világ en 2012, Útvesztő en 2015 et Kárhozat / Damnation en 2018). 2018 est donc une grande année pour les hongrois, puisque Damnation vient enrichir leur discographie de ses neuf morceaux combatifs et pugnaces, respectant ainsi une tradition d’extrême qui se matérialise autour d’un Thrash moderne, ne crachant pas sur quelques influences classiques. Ces mêmes influences se veulent personnelles, puisqu’aucune référence n’y est faite sur leurs pages officielles, ce qui oblige l’auditeur à faire preuve de perspicacité lors de l’écoute. L’autre option étant de se laisser porter par la musique, suffisamment puissante pour être intéressante, et développant de jolis aspects techniques qui toutefois ne glissent jamais vers le Techno-Thrash, malgré des capacités évidentes.

Difficile d’ailleurs de situer les VESZTEGZÁR sur un créneau particulier. Si la véhémence de leur approche les affilie de fait au Thrash le plus sombre et compact, on note aussi quelques inflexions purement Metal, ou au contraire Hardcore, sans verser dans le Crossover. Mais un Thrash pas forcément passéiste, qui tend parfois vers l’univers assez particulier de GRIP INC. sans vraiment s’en rapprocher, et qui reste campé sur des positions contemporaines sans rien renier de l’héritage Bay-Area du genre. Pas vraiment de facilité de description donc, mais une complémentarité qui fait plaisir à entendre, et surtout, une osmose qui s’articule autour de plans vraiment soudés. Des riffs énormes qui vous écrasent les tympans, et une rythmique évolutive, pour un chant aux accents rauques en invectives, et des ambiances lourdes, rapides, denses et une percussion de tous les instants qui confèrent à cet album une atmosphère un peu étrange, claustrophobique, à cent lieues du fun habituel de ce genre d’exactions. Et si les guitares se souviennent souvent de l’art séculaire de SLAYER pour assombrir chaque lick d’un staccato pesant et d’une harmonie stressante, si la basse se cale sur la ligne du parti OVERKILL pour claquer, ou au contraire appuyer sur la noirceur, si l’ensemble se replonge dans la mémoire d’un FORBIDDEN plus concentré que la moyenne, la patte personnelle du quintet reste tangible et tire ce quatrième album vers le haut, sans chercher à en bousculer les codes. Le meilleur exemple en restant le terrassant « Pitch Dark », Heavy comme un marteau frappant une enclume, aux nombreux passages redondants laissant une double grosse caisse métronomique appuyer là où ça fait mal, et aux couplets en forme de litanie qui assènent le message sans hésiter à prôner une répétition hypnotique. Mais d’un point de vue générique, et malgré une certaine modération dans l’agression, Damnation frappe fort, use d’effets distordus pour noyer nos repères (« Stationary Stone »), tout en ne perdant jamais de vue l’efficacité de morceaux courts, mais persuasifs (« Splinters Of Remembrance »).

En résumant l’affaire de façon synthétique, on pourrait dire que l’introductif « Soul Destroyer » se pose en pierre angulaire de ce quatrième LP. Il contient en effet tous les ingrédients développés par la suite, une construction évolutive, des grondements sourds, des certitudes de vitesse plus appuyées, et surtout, une tendance à tergiverser pour mieux frapper de plein fouet l’instant d’après. C’est la tactique employée durant les trente-cinq minutes bien tassées, un peu à l’image d’un serpent louvoyant entre les pierres pour mieux surgir et mordre au moment où on s’y attend le moins. Un Thrash un peu vicieux donc, qui s’appuie sur une belle intelligence de composition, empruntant parfois aux VIO-LENCE d’Oppressing The Masses leur stratégie globale, et brisant à intervalles réguliers l’avancée pour mieux brouiller les pistes et jouer le jeu d’un Heavy vraiment vénéneux aux crocs fielleux (« Galanty Show », une multitude d’idées pour un fourre-tout un peu déstabilisant, mais terriblement probant). Tout ne fonctionne pas sur le même niveau, certains passages un peu trop appuyés tirant le Heavy du côté où il va tomber, mais dans l’ensemble, ce nouvel album des Hongrois fait preuve d’assez d’audace pour se démarquer, osant parfois des backing vocals un peu de traviole pour mieux troubler l’ambiance (« Chaos », le bien nommé). On en oublie vite de comparer les VESZTEGZÁR à des repères plus fondamentaux, et on accepte la démarche artistique telle qu’elle est élaborée, d’autant plus que lorsque tous les éléments les plus personnels se mettent en branle simultanément, la puissance est décuplée et le plaisir procuré démultiplié (« Fools Of Calamity »).

Chanteur au timbre spécial, paire de guitaristes complémentaires, bassiste qui affirme sa gravité, batteur qui enrobe et habille sans voler la vedette, morceaux brefs mais truffés de possibilités, le bilan est donc troublant mais séduisant, et Damnation de se poser en outsider sur un échiquier déjà bien rempli. Du Thrash qui en est, mais pas vraiment en même temps, et surtout, pas seulement, des musiciens ambitieux qui voient plus loin que le bout de leurs références pieuses, pour un choc de biais pluriforme et tentaculaire (« Unforgiven Sin »), qui laisse songeur, mais légèrement rêveur. Une carrière hors norme pour les VESZTEGZÁR, et un nouvel album qui s’adressera à tous les blasés de la vague old-school élimée.              

             

       

Titres de l'album:

                          1.Soul Destroyer       

                          2.Galanty Show        

                          3.Chaos         

                          4.Fools of Calamity  

                          5.Pitch Dark  

                          6.Stationary Stone    

                          7.Splinters of Remembrance 

                          8.Dark Side of War   

                          9.Unforgiven Sin

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par mortne2001 le 17/07/2018 à 14:46
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Humungus

Humungus = Asocial.

24/09/2020, 13:54

Humungus

Humungus = Asocial.

24/09/2020, 13:53

grinder92

@Bones : Merci pour ton retour. Oui, il y a une fonctionnalité de chat, mais qui est réservée aux membres connectés. Bon, ce n'est pas la fonctionnalité la plus utilisée

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grinder92

Si... ça veut dire que c'est noirci... pas complètement noir mais un peu quand même... Ca veut dire qu'ils te transpercent avec leur glaive, mais qu'il ne te tuent pas...  

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