Dark Mother

5rand

06/09/2019

Time To Kill Records

Je connais deux façons de faire fuir un metalleux pur et dur, de ceux qu’on croise dans les festivals intègres proposant des valeurs sures du clou inoxydable et du recyclage de la NWOBHM. La façon lâche mais drôle, qui consiste à lui glisser un ironique « tiens, je t’ai pris une Tourtel » en revenant du bar, et la seconde, encore plus fun mais pas moins caustique, lui souffler à l’oreille pendant un concert de U.D.O/SINNER/RUNNING WILD un laconique « je connais un très bon groupe de Death mélodique ascendant Metalcore que j’aimerais bien te faire écouter ». Dans les deux cas, vous pourrez admirer son air hébété de bave, ses badges se flétrissant à l’ombre de l’incompréhension, son dossard se froisser sous le poids de l’abomination, avant de prendre un vent mach 3 du pauvre devenu exocet fonçant droit vers la sortie. Loin de moi l’idée de me moquer du fan de Hard n’Heavy lambda, même si j’ai abandonné la couture de patchs evil sur veste en jean depuis la sortie d’Under Jolly Roger. J’en fus moi-même un durant mes années d’apprentissage, avant de découvrir qu’au-delà des institutionnels, des références, existait un underground, des genres satellites, et surtout, d’autres moyens d’enrichir ma perception que d’avaler d’un trait des riffs entendus mille fois auparavant. Pas de méprise pour autant, et en toute honnêteté, j’abhorre le Metalcore, et je ne suis pas non plus friand de Death mélodique, style qui m’ennuie profondément depuis les premiers efforts d’ARCH ENEMY avec Angela. Mais l’un dans l’autre, et puisque seuls les imbéciles ne changent pas de Levis, autant s’ouvrir à des possibilités en découvrant des nouveautés, ce que j’ai fait en acceptant de tendre une oreille distraite sur le second longue-durée des transalpins de 5RAND. Avant d’aller plus loin, non, je ne connais pas l’origine de leur nom. Encore une acrobatie sémantique dont les accros du nouveau genre sont friand, et qui n’occulte pas le fait le plus important. Leur musique, qui loin d’être révolutionnaire n’est pas choquante de classicisme pour autant, et qui se montre plus efficace qu’un riff de SCORPIONS repris par les FISC.

Fondé en 2015 du côté de Rome, et mené par la flamboyante vocaliste blonde Julia Elenoir, est l’archétype du groupe efficace en studio, mais qui peine à y retranscrire sa puissance live. Après un premier LP mollement remarqué (Sacred/Scared, 2017), le groupe (outre Julia, on retrouve Pierluigi Carocci à la guitare, Riccardo Zito à la basse et Andrea De Carolis à la batterie) a donc décidé de mettre les bouchées triples avec Dark Mother, histoire de mériter la confiance de son label national. Label qui a d’ailleurs du mal à classer ses poulains dans une catégorie bien précise, puisque au hasard des courtes bio, les musiciens sont identifiés en tant que groupe de Melodeath, d’Industrial Melodic Metal, ou encore plus vaguement de Dark Extreme Metal, ce qui en dit long sur l’incapacité des forces impliquées à définir avec acuité leur champ d’action. Dans les faits, et avec un peu de recul offert par l’objectivité, autant dire que les précisions ne sont pas d’importance, mais que le quatuor s’apparente à un genre de Death mélodique à inflexions Metalcore, à mi-chemin de LACUNA COIL, ARCH ENEMY, AT THE GATES, et éventuellement de THE MURDER OF MY SWEET, dans une version plus radicale et moins cinématique. Le groupe taille d’ailleurs large dans ses influences/idoles, puisque les musiciens citent SLIPKNOT, DARK TRANQUILITY, GOJIRA, ARCH ENEMY, FEAR FACTORY, AMON AMARTH, ou SLAYER, soit un peu tout le monde pour n’oublier personne, et finalement, restent honnête à leur démarche un peu floue qui étrangement, n’est pas si désagréable que ça. Bien sûr, les fans de Heavy, de Thrash, de Death et toute autre extension classique dont l’évolution est restée bloquée aux origines auront du mal à comprendre toute forme d’enthousiasme à l’égard d’un LP bien dans son époque, mais il y a fort à parier que les plus ouverts et la jeune génération sauront apprécier à leur juste valeur ces morceaux performant, puissant et bien rentre-dedans.

Et à la différence de bien de leurs congénères, les 5RAND ne se mettent pas à poil dès « Embrace the Fury ». Ils ont en effet la pudeur de ne dévoiler que l’essentiel, avant de nous laisser pénétrer leur intimité, sans aucune connotation salace. Si ce morceau est en quelque sorte leur carte de visite parfaite, avec son riff ultra concentré et sa partie rythmique furieuse, il n’en représente pas moins qu’une seule facette de leur personnalité, la plus perméable aux influences Thrash et Groove Metal, avec cette cadence qui rappelle le plus furieux AT THE GATES et le plus dense SOILWORK. On nage en eaux nettes, et lorsqu’intervient le refrain en chant clair, immédiatement suivi d’un joli cri rauque de Julia, personne n’est vraiment surpris. C’est efficace en diable, formel dans le fond, mais servi par une excellente production de Marco Mastrobuono (qui s’est aussi chargé de l’enregistrement et du mixage), et le brillant solo signé des mimines de Pierluigi Carocci est relativement convaincant. Quelques arrangements un peu électro pour mériter la caution contemporaine, mais du flair dans les thèmes et l’agencement, pour des mid tempi qui dégénèrent vite en tempête de blasts, sans nuire à la percussion de l’ensemble (« Several Injuries »). A défaut d’avoir gagné en originalité, les italiens ont renforcé leur cohésion depuis leur premier LP, encore bien générique, et « The Awakening » de jouer la fausse tendresse acoustique avant de nous exploser les tympans, swedish style. Pas vraiment de surprise, mais une façon de concevoir le Death moderne rehaussé de précision Metalcore sans tomber dans les travers vulgarisateurs du Deathcore, et surtout, une pêche et de l’envie, et des motifs facilement mémorisables.

Et une fois l’album lancé et la vitesse de croisière atteinte, le navire vogue sur la houle sans craindre de filer la gerbe à ses passagers, même si certains morceaux sentent encore les embruns reniflés cinq minutes avant. En choisissant parfois la facilité, 5RAND s’empêtre dans ses propres figures imposées (« Cold Deception », un peu trop guindé dans son alternance violence/harmonie), mais retombe heureusement sur son hélice en proposant des choses plus consistantes et Heavy (« Old Angel Midnight », l’une des meilleures étapes du voyage). Croisière deux ou trois étoiles, Dark Mother n’est pas encore l’achèvement global d’une carrière naissante, mais laisse de sérieux espoirs quant à l’avenir des romains. Ces espoirs se matérialiseront au travers de la capacité du quatuor à renouveler son inspiration et à laisser des respirations, à l’image de ce final plus dramatique et opératique « Silent Spring », pas si éloigné que ça du meilleur LACUNA COIL. Mais avant de ranger les deux entités dans le même panier, faisons preuve de patience. Après tout, Rome ne s’est pas construite en un jour. Ni en deux ans.      

 

 

Titres de l'album :

                              1. Collapsing Theory (intro)

                              2. Embrace the Fury

                              3. Several Injuries

                              4. The Awakening

                              5. Black Ocean

                              6. Cold Deception

                              7. Feel the End

                              8. Old Angel Midnight

                              9. Blind Addiction

                             10. Before the Flood

                             11. Silent Spring

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par mortne2001 le 20/12/2019 à 18:40
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