Il arrive parfois que des groupes sortis de nulle part débarquent tels des vikings et mettent la planète à feu et à sang. Parfois, l’épicentre de cette secousse est trop éloigné pour que le monde en ressente les effets, qui finissent par se répercuter au gré d’un bouche-à-oreilles de légendes qui deviennent réalité. Loin de moi le désir de lister tous les premiers efforts ayant mené à un phénomène de table rase du passé, le temps et l’envie me manquant, mais j’ay ajouterai aujourd’hui un évènement de plus, évènement si conséquent que la presse mondiale underground ne s’y est pas trompée en multipliant les dithyrambes, les avertissements, et autres signes de ralliement tout à fait justifiés. Et une fois encore, le messie du mal nous en vient de Norvège, pays qui depuis les années 90 n’a de cesse de déconstruire l’extrême pour le remodeler à sa façon, sous la forme d’un golem de terreur, créature implacable venant réclamer son dû de violence pour assouvir sa soif de boue artistique. Remi, Bjørn-Are, Ralla, Mathis et Fritz ou globalement ATTAN sont donc ces nouveaux incantateurs du désespoir, eux qui nous avaient accueillis il y a trois ans d’une introduction en format court, via le lapidaire From Nothing. Et la mention de ce premier jet me permet de fermer la boucle entamée par l’introduction de cette chronique, en citant une fois encore ce « nulle part » dont émergent des créatifs dont le seul but est de repousser les limites d’un genre qui d’ailleurs n’existe pas vraiment, si ce n’est dans le désir de facilité de journalistes en mal d’étiquettes.

Alors, ce fameux « Blackened Hardcore » dont on vous rebat les oreilles depuis quelques années, vous n’en êtes pas encore lassés ? Moi si, puisque le style tourne en rond et finit par ronronner de facilité sadique, se lovant au creux d’un Hardcore soi-disant amplifié par des accointances BM la plupart du temps diffuses. Le constat est d’ailleurs valable pour l’un de ses cousins éloignés, ce Chaotic Core dont les CONVERGE furent en quelque sorte les chantres, et les apôtres définitifs devant l’éternel. Mais lorsqu’une bande de nordiques en mal de vilénie musicale se prennent de passion pour le Crossover, et décident de faire fi des limites pour combiner les deux, nous assistons alors à une sorte d’épiphanie de violence sourde et brute, dont ce premier long End Of se veut le témoin, et le dogme définitif. Mais que pourrait-il proposer de si inédit que les lauriers soient déposés avec solennité sur le front de musiciens dont le seul but est de choquer, d’éprouver et de faire aussi mal que possible ? Une tangente, une voie alternative, une approche de biais à la norvégienne, qui n’approuve aucune école de pensée et qui garde son libre arbitre pour dénoncer la linéarité ambiante et proposer un labyrinthe de miroirs déformant la réalité musicale actuelle. Car là est le véritable génie des ATTAN, qui entament leur première œuvre comme un album de Hardcore noir mais classique, pour le terminer façon Post Hardcore maladif et tétanisant, sans perdre leur logique en route.

Une progression donc, mais surtout, un crescendo qui tombe les masques pour en revêtir de nouveaux. Car si End Of débute sous des auspices de Hardcore cassé et bancal habituels, il dérive vite vers des rivages beaucoup moins francs et plus tranchants, pour finir son épopée écrasé sur des récifs de méchanceté et de claustrophobie que les NEUROSIS eux-mêmes n’auraient pas évités. Il est d’ailleurs tout sauf anecdotique de réaliser que les pistes de ce premier LP affichent une durée de plus en plus conséquente, un peu comme si le but originel de leurs auteurs devenait plus clair au fur et à mesure de l’écoute, pour finir en un aveu de cruauté irréfutable, sorte de condamnation par contumace de la médiocrité ambiante et la célébration d’une misanthropie inévitable. En optant pour une formulation d’entame somme toute assez formelle, les ATTAN nous engoncent dans un costume sur mesure, n’osant pas nous brusquer d’un choix trop audacieux, pour mieux endormir notre méfiance et nous faire nous sentir à l’aise. Si l’ombre des combos slaves et est-européens est patente au travers de leur développement, le Death scandinave est aussi inscrit en filigrane dans l’ADN des norvégiens, qui l’utilisent non comme ingrédient majeur, mais comme accompagnement en condiment histoire de corser leur Hardcore sans le poivrer d’un BM trop fort pour être encore supporté. Alors, on écoute, on suit, et on finit par se demander où le cauchemar va prendre fin…Car si « The Burning Bush Will Not Be Televised » choisi en éclaireur n’a rien de surprenant en soi, c’est plutôt l’écart qui le sépare du traumatique final « End Of. » qui fascine de façon morbide, à tel point qu’on en vient à se demander si l’on écoute encore le même groupe après une demi-heure.

Mais la constance est bien là, et la cohérence aussi. A la manière d’un found-footage créatif, End Of  déroule un scénario assez convenu d’isolation choquante, nous titularisant personnage principal de son aventure, pour mieux manipuler notre pauvre destin à loisir. Et ce destin n’est pas enviable humainement parlant, mais terriblement stimulant artistiquement. Ce fameux épilogue éponyme est d’ailleurs l’acmé d’un disque qui ne refuse aucune difficulté pour parvenir à ses fins, et nous enferme dans une solitude de l’âme, à grands coups d’arpèges acides, et de références au NEUROSIS le plus maladif, le plus névrosé, et visiblement, les plus résigné. Les mélodies prennent alors le relais, elles qui n’avaient pas droit de cité sur la première partie de l’album, rangées dans les placards des anecdotes oubliées par une cruauté de ton acide et acerbe. Mais si la plupart des albums « à risque » de ce cru offrent souvent un schisme, une scission soudaine qui brise les certitudes pour instaurer le malaise, ce premier longue-durée des norvégiens joue la fluidité, et introduit les éléments au fur et à mesure, comme pour illustrer la décrépitude d’un univers sans joie ni illusions. Ces éléments se ressentent, par touches fugaces, comme cette embardée Crust sur « In Our Image (This is love) », qui taquine DISCHARGE, ou ce chant en dualité infecte sur l’étouffant « SoMe Riefenstahl », limite Post-Hardcore dans l’inflexion mais purement REFUSED/CONVERGE version mauvais côté du miroir dans les faits, cette guitare Post soudainement sinueuse sur fond de rythmique mouvante via « Catalyst Divine », et contribuent à cette sensation de descente aux enfers à laquelle les norvégiens nous convient. En résulte un sentiment final ambivalent, mélange de satisfaction et de malaise, nous faisant perdre notre sens commun, mais nous faisant aussi éprouver des sensations inédites et véritablement traumatiques.

Il devient dès lors interdit de fait d’affilier les ATTAN au courant pollué du Blackened Hardcore, genre générique si galvaudé et au filon épuisé face à tant de richesse sombre. Mais avec End Of, les norvégiens signent une fin définitive de non-recevoir, et ouvrent des portes pour un nouveau départ. Dont personne ne connaît encore la destination finale.           

 

Titres de l'album :

                              01. The Burning Bush Will Not Be Televised

                              02. Feed The Primates

                              03. On Hands And Knees

                              04. In Our Image (This is love)

                              05. SoMe Riefenstahl

                              06. Black Liquid Marrow

                              07. Catalyst Divine

                              08. Ghostwriters

                              09. End Of.

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par mortne2001 le 07/10/2018 à 17:24
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Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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