Et encore une sortie Thrash, et encore une sortie Thrash brésilienne. Décidément, le pays fait partie des plus prolifiques en la matière, et ce, depuis les années 80 et l’émergence de la scène bestiale nationale. Un coup Rio, un coup Belo Horizonte, un coup Belém, et aujourd’hui Curitiba, capitale de l’état de Paraná, l’extrême a toujours fait des émules aux quatre coins du pays, et celui-ci peut s’enorgueillir de compter dans ses rangs des pointures et autres influences. Celles d’EXYLLE sont revendiquées, mais placées pour servir de garde-fou, et non de liste exhaustive destinée à une meilleure compréhension de leur musique. C’est ainsi que sont nommés DEATH, HYPOCRISY, SLAYER, KREATOR, MEGADETH, OBITUARY, BLOODBATH, pour rester dans une moyenne de classicisme, avec toutefois des musiciens qui tiennent à préciser que leur champ d’action ne se limite pas à elles. Et c’est en effet ce qu’on constate en écoutant ce premier véritable longue-durée, Exylle, qui en quarante minutes fait le tour du propriétaire d’un domaine constellé de breaks fumeux, de riffs teigneux et de lignes vocales tout sauf mielleuses. Alors que les sites référentiels font état d’un premier LP, Burn Your Leaders / Dead When Born by the Church était plus à appréhender comme le collage d’un single et du premier EP des brésiliens, et ne fut édité qu’en cassette à 10 copies par le micro label Corpse Torture Records. Ne vous y trompez donc pas, Exylle avec ses dix morceaux inédits et ses quarante minutes est bien le véritable signal du départ de la carrière professionnelle des lusophones, toutefois autoproduit, mais au son délicatement old-school et à l’attitude vintage, mais plurielle.

Dans les faits, la référence la plus évidente parmi celle utilisée est celle de KREATOR. Les brésiliens partagent le point de vue des allemands qui aimaient leur Thrash corsé et à la limite d’un Death pas encore né. De fait, il n’est pas non plus incongru de penser aux INCUBUS plusieurs fois en savourant la rage de certains morceaux dont la rythmique dépasse une cadence raisonnable. Et après une intro formelle, EXYLLE rentre dans le vif du sujet avec « Legacy of Chaos » qui sème toutes les graines de la discorde. Entre des BPM qui s’affolent, des guitares qui tapent de tous les côtés, multipliant les riffs jusqu’à les noyer dans l’inspiration, le tout à des allures de Techno-Thrash/Death fait maison, mais aux aspirations patentes. Humble dans le résultat, avec une production pas toujours impeccable (notamment dans les moments les plus calmes), ce premier LP affiche pourtant sereinement ses qualités, joue carré (avec un batteur qui parfois en manque une ou deux), et propose un cocktail revigorant de brutalité made in South America, loin du Thrash/Black bestial de ses aînés, mais pas dupe de son héritage. Semblant à l’aise dans tous les secteurs de jeu, le groupe (Victor Hugo - basse, Kevin Vieira - guitare, Leonardo Matuzcewski - guitare, Rycardo Antonio - batterie) se plait à mixer les époques et les clins d’œil, nous ramenant parfois à la cruauté des premiers SEPULTURA pour mieux la teinter de rigueur germanique. Certes, tout n’est pas parfait, loin de là, les soli sont encore un peu justes et mièvres dans le mix, les parties rythmiques ne sont pas vraiment au biseau, et certaines parties de guitare encore un peu trop classiques, mais l’ensemble dégage une telle conviction que ces petites erreurs sont vite pardonnées. D’autant plus qu’elles confèrent à l’album un délicieux cachet rétro, à l’époque où le click n’était l’apanage que des groupes professionnels, et que seules comptaient l’envie et la dévotion.

Celle des brésiliens est intacte et indiscutable, et en écoutant « Dehumanization », petit brûlot de trois minutes et quelques, on se replonge dans la fièvre des années Thrash les plus créatives, lorsque les VULCANO, ASSASSIN, ACCUSER et CHAKAL se disputaient le trône de la seconde division. Et si la plupart du temps, les titres le prennent pour installer leur ambiance, le quatuor n’a pas hésité à dévier un peu et inclure deux segments très brefs de moins d’une minute, « G.A » et « World Deserves », intermèdes assez surprenants, non dans le fond qui respecte le schéma mais dans la forme, plutôt inhabituelle, spécialement au regard d’autres morceaux comme « I Am Neither Innocent » ou « Burn Your Leaders », beaucoup plus conséquents. Ce dernier est d’ailleurs plutôt costaud, évoluant sur un rythme plus modéré et symptomatique des us et coutumes américains des années 80, mais pas inintéressant pour autant. Il fait montre d’ailleurs des qualités les plus intrinsèques et des défauts les plus notables du combo, avec cette hargne sur les couplets, et ces breaks trop téléphonés qu’on sent venir à dix mesures. Ça ressemble parfois à un brouillon assez malhabile de CORONER, à cause de cette accumulation de plans et cette envie de démonstration qu’on sent sous-jacente, ou à une démarcation du SEPULTURA post Beneath The Remains, avec cette finesse rehaussant la brutalité ambiante. Mais avec quelques cassures limite beatdown, des passages Heavy convaincants, et une sensation globale de densité, l’album s’en sort avec plus que les honneurs, et souligne le caractère singulier d’un groupe dont la marge de progression peut intriguer. En l’état, Exylle se démarque de la production ambiante par son mélange des genres, par son côté amateur persistant, par son intensité (« The Goat », toujours ce problème de rythmique un peu décalée…), par sa basse qui joue aux avant-postes, et reste une curiosité assez intéressante qui mérite qu’on s’y arrête.       

  

Titres de l’album :

                           1.Legacy of Chaos

                           2.I Am Neither Innocent

                           3.God Decreed to Rape

                           4.Burn Your Leaders

                           5.The Goat

                           6.Dead When Born the Church

                           7.G.A

                           8.World Deserves

                           9.Dehumanization

                           10.Immortal Dies

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par mortne2001 le 24/11/2019 à 18:46
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Comme indiqué, invraisemblable. Il n'a pas respecté le confinement en faisant de la nage en eaux-vives. Ceci étant, pas vraiment de risque qu'on en parle en ce moment, et l'image du metal, pfff, hein.


C'est plutôt bien foutu mais la thématique me laisse perplexe. Black et médieval, yep, mais figure chrétienne telle que la Jeanne… Quoique, cette période est étroitement liée à la chrétienté en Europe… Merde. M'enfin ça me laisse perplexe quand même.


Première phrase admirable, Humungus.
M'en vais essayer, tiens.


J'ai acheté l'album. Tous les morceaux sont dans la même veine. C'est ultra massif et cohérent avec des riffs simples mais accrocheurs et pas ennuyeux (en tous cas, chez moi ça tourne en boucle et je ne m'en lasse pas).


@Grinder : bien sûr ! Après ça serait moins exotique et original forcément... et certainement plus difficile aussi.
En Asie les gens étaient du genre très avenants pour discuter (c'est pas tous les jours qu'un blanc bec va leur poser des questions chez eux sur leur passion). En Scandinav(...)


Amalie McKennitt.


Effectivement, la chanson en écoute est excellente.
Avec un soupçon de Bolt thrower et Goatess?


Ca te dirait pas un "J'irai mosher chez vous en Suède / Norvège / Finlande" ?


Thanks ! Ca permet de voyager en ces temps compliqués ;-)


Bon, ben moi quand on me dit qu'un groupe est hautement inspiré par la bande à Tom G. Warrior, bah je fonce tête la première.
Et bien pas déçu pour deux sous bon dieu de dieu !!!
Pure merveille que voilà !!!
Merci mortne2001.


Je suis également Trepalium depuis longtemps, le premier album. Il ne faut pas oublier l'EP sorti en 2015 et renommé "Damballa's Voodoo Doll", ultime enregistrement avec Kéké qui replongeait puissamment dans l'instrumentation Jazzy. J'ai la franche impression que depuis huit ans le groupe est d(...)