Certes, il faut l'admettre, malgré la qualité de sa musique BIOHAZARD a toujours fait office d'épouvantail dans la jungle impitoyable du NYHC. On les trouvait légèrement poseurs, et on se demandait d'ailleurs si leur image de pitbulls en streetwear n'était pas leur préoccupation majeure au détriment d'une musique qui n'a pas toujours tenu ses promesses. Il est vrai que la gestuelle facétieuse de Bobby Hambel n'aidait pas à considérer le groupe sous un angle crédible, mais s'il est une chose qui ne pourra jamais être remise en cause, c'est la foi et l'implication de son tempétueux leader Billy Graziadei, enfant et adolescent passionné par le Hardcore new-yorkais, qui dès son plus jeune âge arpentait la scène locale, passant ses matinées du dimanche au CBGB's et ses vendredis soir à l'Amour, histoire de s'immerger totalement dans cette contre-culture qu'il avait fait sienne. Et malgré cette vision un peu réductrice de la plèbe, il est inutile de nier que BIOHAZARD a sorti certains des albums les plus essentiels de la culture Crossover, notamment l'insurpassable State of The World Address, en 1994, qui pour beaucoup restera leur chef d’œuvre inégalé. Depuis, l'aventure a continué, Billy a gardé sa guitare et continué de vociférer sa haine de la société, et si le dernier LP de sa créature accuse six ans d'âge au compteur, cela ne l'a pas empêché de garder la foi en montant ses propres studios, et le supergroupe POWERFLO, en compagnie d'autres figures de la scène, dont Sen Dog, chanteur de CYPRESS HILL, un vieil ami, mais aussi Christian Olde Wolbers (ex-FEAR FACTORY) et le guitariste Roy Lozano (DOWNSET). Mais ce qui titillait le plus ce bon vieux Billy, à l'aise dans son studio perso, c'était pour la première fois de sa vie de signer un album sous son seul nom, premier témoignage solo d'une carrière sans tâche et entièrement dédiée à la rage la plus primale. Et c'est aujourd'hui chose faite, puisque le label allemand AFM distribue à grande échelle le concept BILLY BIO, première tentative de l’irascible guitariste/chanteur d'exister par lui-même sans avoir à se reposer sur un concept global quelconque.

Si l'on sait que les albums solos de musiciens connus ne sont pas toujours d'excellentes façons de s'imposer artistiquement (il suffit pour ça de parler de Gene Simmons et la conversation est quasiment close), ils restent parfois des exutoires fabuleux à une violence intérieure qui n'a finalement besoin d'aucun artifice pour se matérialiser et emporter l'adhésion. Produit par Tue Madsen, ce Feed The Fire justifie donc son titre à chaque seconde, et le producteur déclare même sa flamme à son propos :

« Lorsque j'ai été choisi pour produire ce disque, j'en attendais beaucoup. Et ma foi, j'ai été plus que satisfait, parce que cet album maintient un niveau constant d'énergie et délivre un message si puissant...Une écriture et une performance d'extrême qualité, qui ne pouvaient pas me rendre plus heureux ».

Discours promotionnel et obligation contractuelle ou réelle sincérité de la part d'un professionnel bluffé par le travail présenté ? Après écoute du pavé en question, la seconde option reste la seule envisageable, tant Feed The Fire est un concentré de haine new-yorkaise non diluée, et doté d'un son à décoiffer une horde de skins. Pour autant, inutile d'attendre de Billy autre chose que ce qu'il a toujours fait, et si le Hardcore se taille évidemment la part du lion sous sa forme la plus pure, le Thrash a aussi droit de parole, ce qui nous donne parfois droit à un festival de Crossover d'une qualité incroyable. Billy a mis tous les atouts de son côté, sans trahir ses convictions et sa foi sans failles, puisqu'il a déclaré en amont qu'il était inutile d'attendre autre chose de ce LP qu'un concentré de son propre parcours, et non la somme d'influences extérieures. Évidemment, la patte BIOHAZARD est évidemment frappante, tout comme les références Core du début de l'aventure, et il n'est pas étonnant assez régulièrement de constater le paternalisme d'un AGNOSTIC FRONT, spécialement lorsque les chœurs s'unissent et vomissent un message de contestation appuyé. L'ombre des SICK OF IT ALL permet aussi d'assurer une crédibilité à laquelle Billy tient tant, mais finalement, il convient de se ranger à la philosophie de l'acteur principal de cette aventure, puisque le résultat n'est rien d'autre que du Billy Graziadei pur jus, et trempant dedans, que le tempo soit médian et martelé ou puissant et bien énervé. Et à vrai dire, ce premier LP en solitaire à de faux-airs de nouveau BIOHAZARD, dopé à l'énergie POWERFLO, ce qui permet d'affirmer que l'on tient là la synthèse parfaite de toutes les facettes d'un musicien aussi démonstratif que pertinent et honnête.

L'honnêteté, la valeur que Billy a érigé au-dessus de toutes les autres, et qui se formalise dans des compositions aussi directes que violentes, mais toutes entraînantes et accrocheuses. Autant dire que l'agité new-yorkais ne s'est pas calmé avec les années, et les morceaux s'enchaînent dans une sarabande de violence urgente et cathartique, privilégiant les plans les plus percutants sans tomber dans la vulgarisation Hardcore de bas étage. Inutile de disséquer l’œuvre pour en extirper les points faibles les plus évidents, puisque vous n'en trouverez aucun, que l'ambiance soit explosive comme une matinée de Roger Miret au CBGB's (« Freedom’s Never Free », qu'on aurait pu encaisser à l'époque de Liberty and Justice For...), ou puissamment Metal/Rap comme aux plus grandes heures de la collaboration BIOHAZARD/CYPRESS HILL («Untruth », l'une des plus grandes réussites de l'entreprise). Mais loin de ruer dans les brancards sans réfléchir, Billy a dosé son effort et l'a voulu aussi varié que possible, taquinant parfois la mélodie pour se rapprocher d'un BAD RELIGION (« Feed The Fire », qu sent bon le pit enflammé et les fans déchaînés), et lâchant parfois quelques interventions plus fines que la moyenne. Bien sûr, le bilan global est indéniablement vociférant, et l'énergie assemblée dont font preuve ces treize morceaux est ahurissante, transformant cet album solo en travail de haut vol, et en témoignage d'une pugnacité qui ne se dément pas avec les années. Bien que vieillissant, Billy n'a rien perdu de son mordant, et nous a troussé une bordée d'hymnes à reprendre avec des potes, la hargne sur le visage et les poings serrés, même s'il a évidemment pensé à proportionner son effort, sans oublier de relâcher la pression à intervalles réguliers (« No Apologies, No Regrets », limite Thrashcore par endroits, mais tellement sincère dans les propos qu'on y croit).

Difficile d'analyser en track-by-track un LP qui doit vous garder quelques surprises, mais impossible de passer sous silence les citations dans le texte de « Generation Z », qui retrouve l'impulsion initiale d'un Hardcore aussi festif que véhément, ou la solidité Metal de « Rise And Stay », qui pourrait même passer pour du SLAYER nineties repris à son compte par une version contemporaine des YOUTH OF TODAY. Et après tout, qu'il s'agisse de Metal, de Hardcore, ou de Crossover, l'ivresse est la même et ça, Billy l'a bien compris, transformant son personnage en concept global, et usant de BILLY BIO comme d'une gigantesque métonymie d'une carrière que beaucoup pourraient et devraient lui envier. Et Feed The Fire d'incarner un défouloir grandeur nature, mais aussi un produit intelligemment élaboré, aussi entêtant que bruyant, et aussi nuancé que puissant. Que voulez-vous, Hardcore un jour, Hardcore toujours, et cette foi presque divine fait plaisir à entendre, lorsque la conviction se substitue au prosélytisme et que ses apôtres ont le talent et l'envergure d'un BILLY BIO. Deux dents en moins, des tifs arrachés, mais le sourire jusqu'aux oreilles, et la satisfaction du travail bien fait. La beigne du mois !      

        

Titres de l'album :

                        01 Freedom’s Never Free

                        02 Feed The Fire

                        03 No Apologies, No Regrets

                        04 Generation Z

                        05 Sick And Tired

                        06 Remedy

                        07 Sodality

                        08 Rise And Slay

                        09 STFU

                        10 Trepidation

                        11 Untruth

                        12 Enemy

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par mortne2001 le 05/01/2019 à 17:35
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Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

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