Generation Coward

Phobia

09/08/2019

Willowtip Records

Tout le monde à des phobies. Rationnelles ou non, contrôlables ou pas, mais tout le monde craint quelque chose. Les clowns, les araignées, les chiffres impairs, le vendredi 13, le noir, les blettes, Christophe Maé ou la première dame. La question est de savoir jusqu’à quel point vous pouvez affronter vos peurs pour ne pas en devenir dépendant. John Huston avait d’ailleurs sorti un film pas terrible sur le sujet en 1979, avec Paul Michael Glaser, mais là n’est pas le propos. Le propos est ailleurs, et réside en votre capacité à résister à la violence musicale et au chaos organisé en rythmique. Et de fait, résisterez-vous au dernier EP de PHOBIA, le plus culte des incompris de la cause Grind, qui depuis 1990 essaie de se faire une place au soleil du boucan ? Historiquement, les américains ne font pas partie des trésors culturels, statut réservé aux pionniers anglais. Et avec un premier LP paru en 1998 seulement, ils ne peuvent rivaliser avec les NAPALM DEATH ou CARCASS pour le leadership mondial de la vélocité velue. Mais en se construisant patiemment une discographie digne de ce nom, entachée de six LP et d’un nombre incalculable de splits et EP, les originaires d’Orange County ont fini par gagner le respect, par l’entremise d’œuvres comme Means of Existence ou 22 Randoms Acts of Violence. Ils ont même tenté le coup de la compilation presque exhaustive en 2016 avec le joli coffret 4CD Decades of Blastphemy, et son jeu de mot habile, mais c’est plutôt sur Lifeless God que nous en étions resté, il y a deux ans, qui n’ont été comblés par aucune sortie, digne de ce nom ou pas. C’est donc avec un grand plaisir masochiste que nous les retrouvons aujourd’hui avec un nouvel EP dans la musette, ce Generation Coward qui ne perd pas son temps en conjectures et qui décale les jointures.

Sommes-nous donc devenus une génération de couards ? Après tout, nous vivons dans une société qui a peur de tout, sans aller jusqu’à la phobie. Nous avons peur des migrants, de la crise, de la catastrophe environnementale programmée, de partir en vacances sans faire nos vaccins, du lendemain, de l’augmentation du prix du pain, etc…Alors oui, nous sommes peut-être finalement de gros peureux qui refusent de faire face à la réalité, mais comptez sur les PHOBIA pour nous la jeter en pleine face. Evidemment, les plus téméraires et équilibristes préfèreront toujours écouter MISERY INDEX, TOTAL FUCKING DESTRUCTION, les plus furieux INFEST et FULL OF HELL, et les traditionnalistes NAPALM DEATH. Mais il y a quelque chose de pur dans le classicisme de PHOBIA qui m’a toujours beaucoup plu, et qu’on retrouve encore sur ces treize morceaux balancés comme de la purée. Une façon d’envisager le Grind sous un angle inamovible, d’accepter que le Crust en soit le parent légitime, et d’imposer les blasts comme seule échappatoire. Mais avec des riffs souvent mémorisables, chose rare dans le style, ces quatre marsouins (Calum Mackenzie - basse, Bruce Reeves - guitare, Shane Mclachlan - chant et Danny Walker - batterie), en sus d’un groove patent sous la couche de derme de l’ultraviolence, et une ligne de conduite qui n’a pas changé depuis ses débuts, parviennent toujours à maintenir un niveau de qualité que certains de leurs concurrents pourraient leur envier. Bien sûr, il est question de Grind ici, de celui qu’on pratique depuis l’agonie des années 80, où l’originalité n’a pas droit de cité, mais il est toujours jouissif de l’entendre pratiqué comme aux plus grandes heures de BRUTAL TRUTH et NASUM, avec cet esprit avant-gardiste en moins, mais cette efficacité constante dans les assauts et agressions.

Pas de quoi se relever la nuit pour vérifier si Mick Harris n’avait pas manqué un temps sur « You Suffer », mais largement de quoi vous occuper jusqu’à la sortir du prochain LP des californiens. Et « Cynic Bastard » en intro de confirmer que Generation Coward va tenir la route, spécialement avec une entame aussi lourde, et qui est aussi le titre le plus long du EP avec ses plus de deux minutes. Riffs lourds, ambiance quasiment Death Metal pour quarante-cinq secondes de confusion avant que la fureur Crust ne reprenne ses droits. Le reste oscille entre la minute et la poignée de secondes, qui sont parfois d’une fureur hors du commun (« Haters Be Hating When Ya Living Good », sept secondes, « Bozo of Grind », neuf secondes, intermèdes cocasses et cathartiques), mais c’est lorsque le quatuor lâche la vapeur à fond pour faire dérailler la locomotive qu’il se montre le plus probant (« Internet Tough Guy », l’humour est bien là, mais ça impressionne quand même), ou lorsqu’il balance des riffs saignants qui déteignent sur les murs (« Aspiration Lost »). L’heure n’est donc pas à la recherche de l’inconnu, mais bien à l’exutoire bien foutu, et ces treize morceaux, qu’on aura déjà entendu avant même de les avoir écoutés en sont un bon, surtout lorsque toutes les exagérations sont possibles et que le paroxysme est atteint (« Excretion »). Quelques samples pour distraire avant de repartir comme en 40 (« PC Fascist Fuck off »), des machins qui foncent bille en tête pour être soudainement interrompus par des chœurs de stade de foot (« Miserable Awakening », bizarre, mais accrocheur), et un final Heavy et méchant en diable (« Condemned to Tell »). Bon sinon, qui a peur du grand méchant loup ?

C’est pas nous, c’est pas nous. Et PHOBIA continue sa route dans les sous-bois, au cas où mère-grand s’y cache pour lui piquer son panier à provisions.

   

Titres de l’album :

                      1. Cynic Bastard

                      2. Haters Be Hating When Ya Living Good

                      3. Imbecile

                      4. Bozo of Grind

                      5. Internet Tough Guy

                      6. Excretion

                      7. Cut Throat

                      8. PC Fascist Fuck off

                      9. Aspiration Lost

                     10. Falsification

                     11. Miserable Awakening

                     12. To Be Convinced

                     13. Condemned to Tell

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par mortne2001 le 26/10/2019 à 17:51
75 %    372

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
27/10/2019, 12:43:55
Une des tueries Grindcore de l'année, pour sûr !

NecroKosmos
@109.218.227.171
27/10/2019, 17:36:52
C'est clair !! Un groupe trop peu reconnu.

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Oui d'accord avec toi Buck Dancer, c'est dans la droite ligne de "magma". Et je le trouve aussi plutôt bon, envoûtant ce morceau. Et le clip est franchement bien foutu !

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Et moi je dois être de bonne humeur, parce que je le trouve plutôt bon ce morceau. Sans surprise et dans la continuité, logique, de Magma, mais bien foutu.

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