Peut-on mélanger avec adresse et pertinence religion et musique ? D'aucuns vous répondront avec étonnement par l'affirmative, précisant d'ailleurs que la genèse de l'art en lui-même remonte à une époque où l'homme souhaitait chanter ses louanges aux Dieux qu'il honorait. Certes, et l'assertion est juste, mais depuis, les temps ont changé, et si certains styles gardent un lien ténu avec la spiritualité, le parallèle est plus abordé comme une déviance que comme un acte de foi sincère. Pourtant, il n'est pas incongru de penser qu'il est toujours possible d'accéder à un stade supérieur de conscience en faisant abstraction de notre enveloppe charnelle, et en laissant notre esprit nous guider aux sons d'une musique abstraite, dans le sens le plus informel du terme. C'est en tout cas de cette façon que les américains de PANEGYRIST conçoivent les choses, eux qui justement cherchent à travers leur œuvre un passage vers une dimension autre qu'un simple plan astral bon marché pour adeptes de méditation bobo. Formé en 2017, et mené de front par le peintre/musicien Elijah Tamu, ce groupe originaire de Chicago se propose donc d'explorer les recoins les plus obscurs/lumineux du BM d'avant-garde, style Ô combien prisé depuis la fin des années 90, et qui la plupart du temps représente un simple bluff désorganisé, ou un rideau de fumée destiné à servir de paravent à une inspiration chancelante. Sous cet aspect-là des choses, la crainte peut être remisée de revers, puisque ce premier LP fait preuve d'une richesse et d'une audace en quantités proportionnelles, et emprunte des voies de traverse qui nous entraînent tout autant sur la piste d'un Black très cru, ou d'une musique liturgique véritablement sincère, que d'un Metal aux proportions épiques, progressif dans l'esprit, mais très concret dans les faits. Et la seule possibilité pour en appréhender la réalité est encore de l'écouter, ne serait-ce que pour constater si oui ou non, il parvient à libérer notre âme des carcans de la routine.

Et le résultat est tout bonnement impressionnant, qu'on le veuille ou non. Si le rapport étroit entre les croyances et leur matérialisation artistique ne sera accepté que des plus ouverts d'entre vous, les autres n'auront aucun mal à admettre que la musique proposée par les six pistes de Hierurgy échappe à bien des étiquettes. Le quintette (Brendan Maine - guitare, Elijah Tamu – chant/guitare, Vincent Ippolito - guitare, David Cramer - claviers, Paul Moore – basse et adjonction de Marcello Szumowski – batterie) développe donc de solides arguments, tout en s'attachant à un concept bien plus intéressant que la plupart des divagations actuelles et des modes vintage un peu trop passéistes. Mais c'est encore l'auteur qui parle le mieux de sa création, et qui nous la dissèque en ces mots :

« Cette collection de méditations explore le thème de la déification, ce processus au travers duquel une individualité se transforme et s'unit à Dieu, au travers des énergies divines. Cette unification n'est pas un abandon du soi au profit d'une divinité générique. C'est au contraire une individualisation supérieure qui trouve sa source dans la relation au divin, au travers de l'abysse ontologique. Cet abysse est transcendé de façon parallèle à sa propre existence. La relation qui existe entre un individu et Dieu est précisément cette unité supérieure qui rend possible cette distinction. De fait, l'existence en elle-même n'est qu'une prière. ».

Difficile à appréhender pour des profanes, et assertion originelle de la raison même de la cognition supérieure pour les croyants, ce point de départ nous propose donc une solution alternative pour ne plus faire qu'un avec la musique. L'art étant création divine (puisque émanant de l'homme qui est lui-même une création de Dieu), il est logique de considérer son expression comme la manifestation d'une présence supérieure à nos côtés, qui nous guide, nous inspire, et qui finit par ne plus faire qu'un avec nous-mêmes. Mais au-delà de cette thèse somme toute assez conformiste dans son désir de relier le divin à l'humain, c'est la musique qui force l'admiration. Loin de se contenter de divagations mystiques censées illustrer un concept abstrait/concret, PANEGYRIST nous livre avec Hierurgy un premier album incroyable de maturité, et qui permet d'entrevoir des qualités musicales intrinsèques assez fascinantes et respectables. Dans les termes mêmes des compositions développées ici (et plutôt longues il faut le reconnaître), les américains nous affranchissent de toute obligation de style pour parvenir à unir dans un même élan de foi BM impitoyable mais harmonieux, musique sacrée transposée dans un vocable vulgarisé, mais gardant néanmoins sa beauté formelle, Death progressif, mais aussi Rock évolutif, et finalement, tout ce qui est susceptible d'apporter à sa création les atouts indispensables à une transcendance personnelle et collective. On pense évidemment à des groupes comme DEATHSPELL OMEGA ou ARCTURUS, mais globalement, le concept va bien plus loin que ça, et assume même des allusions à EMPEROR, HEXENHAUS, et bien d'autres références comme les ELEND, et quelques représentants d'un Pagan Black à tendance Folk, histoire d'enrichir encore plus le tableau déjà extrêmement nuancé.

Plus concrètement, Hierurgy travail sacré ») n'est rien de plus ni de moins que ce que son titre insinue. En choisissant de ne pas brider son inspiration, le quintette louvoie dans les méandres d'une pluralité artistique et musicale, et laisse ses compositions respirer, onduler, moduler, et changer de direction sans que cela ne nuise à la cohérence globale. On pourrait même voir en cette œuvre initiale une façon de réconcilier les travaux les plus déviants et psychédéliques de VOÏVOD et les ablutions de DODECAHEDRON, travail de réunification validé par une assemblée menée de front par les BLUT AUS NORD et HEIR APPARENT. Si la juxtaposition de ces noms vous semble farfelue, les longs morceaux vous prouveront sa validité, même si d'autres mentions pourraient très bien satisfaire les exigences de corrélation. Débutant son travail par un chant sacré et d'une pureté incroyable («Hymn Of Inversion », le genre d'intro qui en quatre minutes plante le décor), PANEGYRIST s'évertue ensuite à nier tout principe d'attachement trop prononcé à un genre pour en explorer des dizaines, et se montrer bien plus riche que la production actuelle. Associant et fondant dans un même réceptacle la force brute du Black et la richesse du Rock et de la musique sacrée, les américains nous offrent donc un festival de possibilités, chaque chapitre pouvant s'apparenter à un stade de conscience supérieure, nous permettant enfin de ne plus faire qu'un avec cet art musical que nous louons tant. Il sera d'ailleurs préférable aux athées qui liront cette chronique d'occulter toute forme trop prononcée de gnose religieuse pour lui préférer une foi sans borne en l'art, puisque là est la véritable problématique de l'album. A-t-on perdu en route tout ce qui faisait de la musique cette idole que nous avons tant vénéré, et qui au fil du temps n'est devenu qu'un produit comme les autres ? C'est une possibilité, mais lorsque votre cœur aura décodé les messages de « Idylls Of The Cave » ou « To Quicken Stone », et compris que la liberté de création est restée le moteur des véritables créateurs, le bilan n'en sera que plus épiphanique.

Se permettant des emprunts à des références comme KING DIAMOND, IMPERIAL TRIUMPHANT, mais aussi MAYHEM (le plus expérimental), MANILLA ROAD et bien d'autres aussi contraires que complémentaires, Hierurgy devient un disque qu'il est impératif d'écouter pour retrouver foi en une avant-garde qui ne confond plus délire personnel inextricable et stérile, et réelle inspiration divine échappant au champ d'action des plus triviaux et matérialistes. Ce qui n'en fait pas pour autant une œuvre élitiste réservée à une poignée d'initiés, mais bien une prière adressée à Dieu pour le remercier d'avoir guidé un esprit à la recherche de la communion suprême avec son public. 


Titres de l'album :

                     1. Hymn Of Inversion

                     2. Idylls Of The Cave

                     3. To Quicken Stone

                     4. The Void Is The Heart Of The Flame

                     5. Ophidian Crucifix

                     6. Hierurgy

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par mortne2001 le 18/06/2018 à 14:29
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ce type de groupe n'a pas fini de nous plonger dans les abysses du ridicule


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Aaaaaaahhh !!!
C'était le bon vieux temps tout de même hein…
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dégageait*


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Bordel encore furieux ça vieillit pas, putain de patate.

https://www.youtube.com/watch?v=pHKTjsYlNh0


+ 1 bordel !!!
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Indifférence générale !


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