Culte, underground, un peu débonnaire, dilettante même, mystérieux, les adjectifs ne manquent pas pour tenter de décrire la trajectoire d’un des groupes les plus étranges de la fin du siècle dernier. Mais si beaucoup ont usé de petites (ou grosses) ficelles marketing pour orchestrer leur carrière, il semblerait que la spontanéité fut le seul guide de cette troupe américaine, pas vraiment réputée pour sa productivité, ni pour la linéarité de ses objectifs. Pensez-donc, les GLASSJAW en vingt ans de carrière et plus, n’ont daigné publier que trois longue-durée, y compris ce petit dernier surprise pas du tout prévu, Material Control. L’importance du truc ? Il vient interrompre un silence de quinze ans depuis Worship and Tribute, qu’aucun des fans n’a pu oublier. Il faut dire que ces derniers ont eu le temps de l’user depuis 2002, et d’extrapoler sur une suite éventuelle qui risquait de ne jamais voir le jour. Mais là encore, les GLASSJAW ont bien, et mal joué leur coup. S’ils avaient réservé à leurs suiveurs les plus fidèles un joli cadeau en leur expédiant des goodies par voie postale, leur label s’est un peu emmêlé les pinceaux, et a lâché sur Amazon un titre, et des morceaux, bien avant que l’annonce officielle d’un troisième LP ne soit confirmée. Ou alors, peut-être que tout ça était savamment orchestré après tout…Dans le cas du duo culte Justin Beck/Daryl Palumbo, difficile de dénouer le vrai du faux, et la vérité du fantasme, mais c’est sans doute pourquoi on les aime, et pourquoi ils nous ont tant manqué. Mais entre 2002 et 2017, les choses ont un poil changé. A l’époque, on vendrait encore des disques, et on partait les défendre sur la route. Aujourd’hui, c’est l’inverse. On vend des tournées, et on espère que le disque suivra d’une manière ou d’une autre, d’autant plus que les clips ne sont plus là pour épauler, mis à part sur Youtube. Mais l’essentiel me direz-vous, la musique ?

La musique ? Signée par les deux susmentionnés, et toujours aussi jeune dans l’esprit. Un peu comme si le GLASSJAW des débuts, qui trouvait la juxtaposition de deux mots si cool qu’ils en ont fait un patronyme, s’était retrouvé dans un âge de la maturité pour agir conjointement en tant qu’adolescent coincé dans un corps d’adulte. Et en termes de Hardcore, de Post Hardcore et de ce-que-vous-voulez, peu arrivent à la cheville du duo qui pour l’occasion, est redevenu trio.

Cette occasion fait le larron, et le larron, c’est Billy Rymer, le cogneur officiel des DILLINGER ESCAPE PLAN, qui comme vous le savez, ne seront bientôt plus. Mais en attendant, le percussionniste diabolique trouve de quoi enrichir son CV, et vient apporter sa science de la frappe aux compositions de Justin Beck, qui s’est chargé du reste de l’instrumentation. Et comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, le mec s’en est donné à cœur joie. D’abord, au niveau des guitares, qui semblent encore plus mutées et mutines que d’ordinaire, quoique toujours aussi vénéneuses et dangereuses. Elles serpentent, ondulent, et soudain mordent, laissant une trace profonde sur la peau, avant de se retirer sous un déluge de feedback pour se planquer sous une pierre. Ensuite, la basse. Enorme, ronde, distordue, parfois discrète en arrière-plan, parfois claquante aux avant-postes. En gros, l’homme s’est donné la peine de ses moyens, et a complété les quelques fuites live, qui avaient permis aux fans de savoir plus ou moins ce qui les attendaient. Certes, certains titres ont déjà été joués en concert, mais pas tant que ça. Certes, « Shira » a été lâché en pâture sur les webzines et Youtube, histoire de nous laisser entrevoir la sauce à laquelle on allait être bouffé. Et finalement, il ne restera pas grand chose de nos carcasses, malmenées par un disque que quinze ans de silence auront rendu encore plus bruyant que n’importe quel hurlement des SONIC YOUTH. On pourrait dans un élan de facilité dire que GLASSJAW fait toujours du GLASSJAW, parce qu’il est incapable de faire autre chose, mais tout ça va beaucoup plus loin. On sent l’ombre des premiers DEFTONES, mais aussi celle de SHIHAD, en gros, toute la clique des faiseurs de sons étranges des nineties, qui sont mortes, mais pas si enterrées que ça. Non, leur rage, et celle de la génération X est toujours aussi palpable, alors même que les originaires de Long Island n’ont publié leur premier album qu’en 2000, juste avant que cette décennie n’agonise et ne rende les armes. Mais cette hargne, cette envie de continuer, et surtout, cette envie de se et de nous faire plaisir est vraiment jouissive à entendre, et autant l’avouer, les morceaux tiennent à peu près aussi bien la route qu’un tour-bus d’ALICE IN CHAINS en 94. On a doit à des saillies d’une intensité rare, à des moments de calme et d’apaisement, moins nombreux mais d’importance, et surtout, à un festival de la part de deux musiciens qui se connaissent toujours aussi bien, et qui se veulent aussi complémentaires que le jour et la nuit, ou le sel et le poivre.

                  

Tiens un morceau comme « Bibleland 6 », même les BABES IN TOYLAND et JESUS LIZARD en auraient peut-être rêvé à l’époque. C’est tendu comme une corde à piano, mélodique comme Chino qui sifflote sous la douche, et pourtant ça écrase les tympans en faisant trembler le sol sous nos pieds. Le riff est tout juste énorme, et le chant de Daryl versatile, car le bonhomme n’a rien perdu de son sens de la théâtralité dramatique. Il chante, hurle, couine, et utilise toute sa palette vocale pour se mettre à la hauteur de l’instrumental tricoté par son compagnon de route, et parfois, ça frise le chaos Post mélodique de très près, comme sur le cathartique « Closer », qui donne envie de se rapprocher pour se frotter à l’histoire. Une histoire étrange, aux évènements sporadiques, mais qui restent justement ancrés dans les mémoires. Et cette basse qui tournoie pour que le ciel se poudroie, c’est juste…90’s, mais d’aujourd’hui. On connaît déjà « Shira », et son impulsion d’intro qui nous colle la gueule dans une boue Hardcore stridente, mais en parler encore ne semble pas gênant. Parce que c’est un des retours en grâce les plus imposant depuis…aucun autre exemple, malgré le caractère anecdotique pour beaucoup d’une formation qui ne sera citée que par peu de monde. Et puis « Strange Hours », qui adapte la Brit-Pop dans un contexte US un peu louche, avec sa basse à la BLUR qui rebondit sur des plans biscornus. Et puis la transition « Bastille Day », sorte d’Ambient qui n’en est pas vraiment. Et puis le bruitiste éponyme, qui laisse des percussions énormes déflagrer dans le néant pour mieux nous rattacher à la cause. Et puis « Golgotha », qui fait ce qu’il peut pour ramener à la surface les émanations pestilentielles de cette créature mythique et biblique. Larsen, fausseté, aria lointaine pour s’envoler, et trip à la UNSANE, au moins aussi Heavy et heurté. Merde, c’est bon tout ça Coco. Très bon. Peut-être un peu trop rigide et figé pour les plus sensibles, mais ça a largement sa place, hier, aujourd’hui, ou demain.

Le problème, c’est que maintenant, et malgré ce cadeau Material Control à l’avenant, on se demande quelle suite vont prendre les évènements. Encore un long silence, après une tournée qui ne passera certainement pas par chez nous ? Mais si l’on en croit leurs dires, et puisque leur conscience pèse une tonne, on se dit qu’ils feront peut-être preuve d’empathie et ne nous laisseront pas dans la même expectative. Mais qui sait…Et puis ce troisième album fera encore l’affaire pour plusieurs années. Comme si on avait le choix finalement…


Titres de l'album:

  1. New White Extremity
  2. Shira
  3. Citizen
  4. Golgotha
  5. Strange Hours
  6. Bastille Day
  7. Pompeii
  8. Bibleland 6
  9. Closer
  10. My Conscience Weighs A Ton
  11. Material Control
  12. Cut And Run

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par mortne2001 le 30/12/2017 à 17:16
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Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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