Au début, certains étaient accablés. Peu coutumiers des traditions musicales japonaises, ils voyaient d’un très mauvais œil l’incursion de trois jolies gamines sur leur chasse gardée, et se répandaient en insultes totalement déplacées ou en ironie distanciée, comme pour se protéger d’un cataclysme à venir. Pas les premières années non, puisqu’à ce moment-là, le groupe n’existait qu’au Japon, bien protégé par ses frontières et ses traditions, et travaillait encore à compte d’auteur. Jusqu’à ce que la séminale explosion Babymetal ne dévaste le monde entier, lui révélant le minois mignon de trois chanteuses/danseuses, issues du monde très fermé de la J-Pop sucrée, et catapultées dans un univers de violence jolie et rose par un producteur plus malin que la moyenne. Alors oui, les tenues qui semblaient achetées sur une boutique maid/SM, les signes du renard, les sourires un peu étranges pendant des headbanging terribles, ça avait de quoi foutre les jetons à un public mâle plus volontiers rompu à l’exercice de la chanteuse qui beugle sur fond de Death Metal banal. Mais BABYMETAL n’avait rien de banal, c’était une machine de guerre commerciale aux rouages bien huilés, aux chorégraphies réglées au poil de panda près. Une traduction de la folie des mangas locaux dans un espace-temps différent, mais aux codes pas si éloignés. Et lorsque Metal Resistance est sorti, et que les filles ont foulé les plus grandes scènes du monde, mettant le public à genoux, la colère et la surprise irritée ont fait place à une interrogation encore plus poussée. Comment faisaient-elles pour être encore là, et comment les gens étaient à ce point stupides pour ne pas se rendre compte de la supercherie ? En 2019, je crois que les esprits chagrins et autres sceptiques indécrottables vont enfin obtenir leur ultime réponse. BABYMETAL est tout sauf un escroquerie, mais bien un opération culotée à la base qui a fini par donner naissance à l’un des groupes les plus improbables de l’histoire Metal, bien loin devant les GWAR, LORDI, et même les albums cuir de Pat Boone. Car depuis leur émergence, les fausses collégiennes gothiques ont joué partout. A Paris, au Sonisphère, Tokyo, Osaka, au Hammerstein Ballroom, au Budokan, elles ont posé avec les plus grands musiciens, et se retrouvent à les inviter aujourd’hui sur leur troisième album.

Et il y en a encore qui oseront dire que l’école est finie ?

Encore une fois produit par le mentor/pygmalion Kobametal, les BABYMETAL ont donc dû négocier avec beaucoup de prudence le dangereux virage du troisième album, de celui qui envoie au firmament ou qui fait chuter aux enfers. Et après nous avoir introduits à leur style unique via Babymetal, après être entrées en Metal Resistance, les filles nous proposent un tour dans la Metal Galaxy, via seize morceaux sur la version japonaise qui sont autant de preuves du talent d’une équipe qui a bétonné son concept au point de le pérenniser sur la durée. Beaucoup de monde aurait souhaité les voir disparaître avec la pisse du renard, d’autres doivent certainement écarquiller les yeux de constater que neuf ans après leur naissance elles continuent de grandir, mais les plus objectifs et ceux qui ont gardé leur âme d’enfant se réjouissent de constater que malgré le départ de Yuimetal l’année dernière, Su-Metal et Moametal sont toujours là, plus préparées que jamais, et prêtes à envahir non le monde mais la galaxie avec un LP qui continue le travail de fusée entrepris sur les deux premiers, tout en propulsant dans la stratosphère la variété d’idées déjà énoncées plus en amont dans le temps. Car loin de se contenter de répéter une recette qui devrait être usée depuis longtemps, Metal Galaxy a trouvé une astuce qui évite la redite, via Kobametal qui a bien senti que le vent de l’ouverture se devait de souffler dans le bon sens pour continuer de bomber les voiles. Alors, en se basant sur l’expérience live du groupe et son incroyable aventure cosmopolite depuis cinq ans, le producteur a donc réuni une équipe de songwritters pour mettre en exergue sa vision. Un Metal non intersidéral, mais international, qui incorporerait des éléments de la culture musicale de chaque pays traversé, pour offrir à ses deux petites protégées le visa vers les étoiles dont elles avaient besoin. Et dans les faits, loin d’un gimmick, cette astuce se traduit par des ambiances vraiment séduisantes, et des efforts pour adapter la vision nippone à des réalités beaucoup plus mondiales. Mais pour ce faire, il fallait des chansons béton, des arrangements toujours aussi riches, mais aussi une liste de guests pour servir de caution à l’affaire. Alors, on n’a pas hésité, et on a convoqué aux agapes du multiculturalisme des artistes comme Joakim Brodén de SABATON, Alissa White-Gluz d’ARCH ENEMY, et plus surprenant, Tim Henson et Scott LePage du groupe progressif POLYPHIA pour donner à ce troisième album des allures de fête ininterrompue à la gloire du Metal le plus étendu. Et il est certain que Metal Galaxy offre une plus grande diversité encore que ses deux aînés, ce qui ne semblait pas chose facile.

Les éléments de base sont toujours les mêmes, inutile de changer une formule qui gagne. Le son est encore plus bombastic qu’avant, la rythmique aussi percussive qu’un TGV qui vous heurte en pleine poitrine, les riffs toujours aussi graves et agressifs, et la dualité vocale des deux moins jeunes renardes toujours aussi parfaite dans sa complémentarité acidulée. On sent que la voix de Su a gagné en maturité, mais elle n’a pas oublié que son charme principal est d’apporter un peu de légèreté à des hymnes de violence calibrée qui dès le futuriste « Da Da Dance » explose les convenances d’une gerbe d’exubérance Power Metal à faire passer SLAYER pour des fans de Leadbelly. Mais ce qui frappe le plus sur ce troisième LP, outre sa variété de ton, c’est cet abandon des tics les plus puériles, et le glissement progressif vers une mondialisation musicale appuyée. Oublié le grotesque enivrant de « Gimme Chocolate ! » ou « Doki Doki Morning », et bonjour l’entrée dans l’âge adulte, l’assimilation des us Metalcore et Djent, sans pour autant sacrifier cette naïveté qui transforme les morceaux les plus convenus en secrets partagés pendant une pyjama party. Le but était donc de traverser le monde en compagnie des filles pour en ramener des recettes plus ou moins locales, sans pour autant se voiler la face. L’atout majeur de séduction du groupe a toujours été de moduler de Pop des instrumentaux musclés comme une industrie japonaise prête à imposer ses diktats au monde, et de ce côté-là, rien n’a changé. Sauf qu’au lieu de se contenter d’user de cet atout jusqu’à la corde, l’équipe de composition/production (Kitsune, Norimetal, Takemetal, Ryu-Metal, Megmetal et autres frères de la famille Metal) s’est concentrée sur des aspects Folk qui évoquent parfois les KORPIKLAANI (« Oh! Majinai » avec Joakim Brodén), ou sur une précision chirurgicale Djent avec l’apport indéniable de Tim Henson et Scott LePage (« Brand New Day », limite RN’B moderne sur le chant, mais pointu sur l’instrumental), avant de lâcher les chiens de l’enfer gabba sur « Distortion », tenus en laisse par Alissa White-Gluz, histoire de rappeler un passé pas si lointain.

Les filles se sont même essayées à l’exercice du Rap Core avec leur pote F.Hero pour un « Pa Pa Ya! ! » très surprenant, qui semble honorer l’esprit ancien de Joey Starr via une bande-son à la METHODS OF MAYHEM. Et en nous offrant une vraie/fausse trilogie lumineuse avec le triptyque final « Starlight » / « Shine » / « Arkadia », Su et Moa affichent des ambitions nouvelles, qui ne doivent toutefois pas occulter le fait le plus important. Que Metal Galaxy est un concentré de jubilation, et surtout, la confirmation que l’équipe globale a encore des choses à dire, de façon plus modulée (le calypso électro de « Night Night Burn! » est un pur plaisir et certainement ce que la troupe a produit de plus efficace depuis ses débuts, avec cette ambiance à la DIABLO SWING ORCHESTRA traduite dans l’Allemagne de RAMMSTEIN), mais toujours aussi pertinente. Alors, vous pouvez toujours rigoler, c’est votre droit, mais difficile pur vous de vous moquer aujourd’hui. Car que vous l’acceptiez ou non, si Rob Halford, Kerry King et une poignée de gros promoteurs ont légitimement adoubé les gamines, c’est que leur musique est tout sauf une plaisanterie. Parole de vieux renard.

   

Titres de l’album :

                       01. Future Metal

                       02. Da Da Dance (feat. Tak Matsumoto)

                       03. Elevator Girl (English version)

                       04. Shanti Shanti Shanti

                       05. Oh! Majinai (feat. Joakim Brodén)

                     06. Brand New Day (feat. Tim Henson and Scott LePage)

                       07. BBAB

                       08. Night Night Burn!

                       09. In The Name Of

                       10. Distortion (feat. Alissa White-Gluz)

                       11. Pa Pa Ya! ! (feat. F.Hero)

                       12. BxMxC

                       13. Kagerou

                       14. Starlight

                       15. Shine

                       16. Arkadia

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par mortne2001 le 16/10/2019 à 17:44
88 %    258

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


rastacool
@78.192.38.132
19/10/2019 à 15:16:39
Je ne vais pas rejoindre le chroniqueur dans son désir d'auto persuasion. Mais si certains y trouvent leur compte...

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Pas forcément. Le nom du mag a toujours été RockHard. Il ne vise pas le même public que Metallian.

Moi ça me va à 100 %


Je ne suis pas sûr que ce soit de la HM-2 sur le 1er album. Tout ce qui passait au Sunlight n'avait pas toujours ce son caractéristique (Tiamat et Grave par exemple ;-) )


Ouais c'est bourré de feeling ce morceau je trouve. Cette légende (si ce n'est LA légende) du sludge n'empêche ce mec ! Et ce look de loubard qui va bien :D !


@stench: Je fais encore un paquet d'échanges à l'étranger, l'underground s'arrête pas à ta région, voir à la France :)
Tu parles de split tapes de VACARME?


Le premier extrait est vraiment intéressant, Kirk en a encore dans le ventre !


La date prévue à Barcelone dans la première version de cette tournée a carrément sauté. Ils doivent être dégoûtés.


"Pas de date pour la France".....


Putain "Noose" sur la compile Metallian n°3 je crois... outch le flashback fait mal là...