Metal Galaxy

Babymetal

08/10/2019

Ear Music

Au début, certains étaient accablés. Peu coutumiers des traditions musicales japonaises, ils voyaient d’un très mauvais œil l’incursion de trois jolies gamines sur leur chasse gardée, et se répandaient en insultes totalement déplacées ou en ironie distanciée, comme pour se protéger d’un cataclysme à venir. Pas les premières années non, puisqu’à ce moment-là, le groupe n’existait qu’au Japon, bien protégé par ses frontières et ses traditions, et travaillait encore à compte d’auteur. Jusqu’à ce que la séminale explosion Babymetal ne dévaste le monde entier, lui révélant le minois mignon de trois chanteuses/danseuses, issues du monde très fermé de la J-Pop sucrée, et catapultées dans un univers de violence jolie et rose par un producteur plus malin que la moyenne. Alors oui, les tenues qui semblaient achetées sur une boutique maid/SM, les signes du renard, les sourires un peu étranges pendant des headbanging terribles, ça avait de quoi foutre les jetons à un public mâle plus volontiers rompu à l’exercice de la chanteuse qui beugle sur fond de Death Metal banal. Mais BABYMETAL n’avait rien de banal, c’était une machine de guerre commerciale aux rouages bien huilés, aux chorégraphies réglées au poil de panda près. Une traduction de la folie des mangas locaux dans un espace-temps différent, mais aux codes pas si éloignés. Et lorsque Metal Resistance est sorti, et que les filles ont foulé les plus grandes scènes du monde, mettant le public à genoux, la colère et la surprise irritée ont fait place à une interrogation encore plus poussée. Comment faisaient-elles pour être encore là, et comment les gens étaient à ce point stupides pour ne pas se rendre compte de la supercherie ? En 2019, je crois que les esprits chagrins et autres sceptiques indécrottables vont enfin obtenir leur ultime réponse. BABYMETAL est tout sauf un escroquerie, mais bien un opération culotée à la base qui a fini par donner naissance à l’un des groupes les plus improbables de l’histoire Metal, bien loin devant les GWAR, LORDI, et même les albums cuir de Pat Boone. Car depuis leur émergence, les fausses collégiennes gothiques ont joué partout. A Paris, au Sonisphère, Tokyo, Osaka, au Hammerstein Ballroom, au Budokan, elles ont posé avec les plus grands musiciens, et se retrouvent à les inviter aujourd’hui sur leur troisième album.

Et il y en a encore qui oseront dire que l’école est finie ?

Encore une fois produit par le mentor/pygmalion Kobametal, les BABYMETAL ont donc dû négocier avec beaucoup de prudence le dangereux virage du troisième album, de celui qui envoie au firmament ou qui fait chuter aux enfers. Et après nous avoir introduits à leur style unique via Babymetal, après être entrées en Metal Resistance, les filles nous proposent un tour dans la Metal Galaxy, via seize morceaux sur la version japonaise qui sont autant de preuves du talent d’une équipe qui a bétonné son concept au point de le pérenniser sur la durée. Beaucoup de monde aurait souhaité les voir disparaître avec la pisse du renard, d’autres doivent certainement écarquiller les yeux de constater que neuf ans après leur naissance elles continuent de grandir, mais les plus objectifs et ceux qui ont gardé leur âme d’enfant se réjouissent de constater que malgré le départ de Yuimetal l’année dernière, Su-Metal et Moametal sont toujours là, plus préparées que jamais, et prêtes à envahir non le monde mais la galaxie avec un LP qui continue le travail de fusée entrepris sur les deux premiers, tout en propulsant dans la stratosphère la variété d’idées déjà énoncées plus en amont dans le temps. Car loin de se contenter de répéter une recette qui devrait être usée depuis longtemps, Metal Galaxy a trouvé une astuce qui évite la redite, via Kobametal qui a bien senti que le vent de l’ouverture se devait de souffler dans le bon sens pour continuer de bomber les voiles. Alors, en se basant sur l’expérience live du groupe et son incroyable aventure cosmopolite depuis cinq ans, le producteur a donc réuni une équipe de songwritters pour mettre en exergue sa vision. Un Metal non intersidéral, mais international, qui incorporerait des éléments de la culture musicale de chaque pays traversé, pour offrir à ses deux petites protégées le visa vers les étoiles dont elles avaient besoin. Et dans les faits, loin d’un gimmick, cette astuce se traduit par des ambiances vraiment séduisantes, et des efforts pour adapter la vision nippone à des réalités beaucoup plus mondiales. Mais pour ce faire, il fallait des chansons béton, des arrangements toujours aussi riches, mais aussi une liste de guests pour servir de caution à l’affaire. Alors, on n’a pas hésité, et on a convoqué aux agapes du multiculturalisme des artistes comme Joakim Brodén de SABATON, Alissa White-Gluz d’ARCH ENEMY, et plus surprenant, Tim Henson et Scott LePage du groupe progressif POLYPHIA pour donner à ce troisième album des allures de fête ininterrompue à la gloire du Metal le plus étendu. Et il est certain que Metal Galaxy offre une plus grande diversité encore que ses deux aînés, ce qui ne semblait pas chose facile.

Les éléments de base sont toujours les mêmes, inutile de changer une formule qui gagne. Le son est encore plus bombastic qu’avant, la rythmique aussi percussive qu’un TGV qui vous heurte en pleine poitrine, les riffs toujours aussi graves et agressifs, et la dualité vocale des deux moins jeunes renardes toujours aussi parfaite dans sa complémentarité acidulée. On sent que la voix de Su a gagné en maturité, mais elle n’a pas oublié que son charme principal est d’apporter un peu de légèreté à des hymnes de violence calibrée qui dès le futuriste « Da Da Dance » explose les convenances d’une gerbe d’exubérance Power Metal à faire passer SLAYER pour des fans de Leadbelly. Mais ce qui frappe le plus sur ce troisième LP, outre sa variété de ton, c’est cet abandon des tics les plus puériles, et le glissement progressif vers une mondialisation musicale appuyée. Oublié le grotesque enivrant de « Gimme Chocolate ! » ou « Doki Doki Morning », et bonjour l’entrée dans l’âge adulte, l’assimilation des us Metalcore et Djent, sans pour autant sacrifier cette naïveté qui transforme les morceaux les plus convenus en secrets partagés pendant une pyjama party. Le but était donc de traverser le monde en compagnie des filles pour en ramener des recettes plus ou moins locales, sans pour autant se voiler la face. L’atout majeur de séduction du groupe a toujours été de moduler de Pop des instrumentaux musclés comme une industrie japonaise prête à imposer ses diktats au monde, et de ce côté-là, rien n’a changé. Sauf qu’au lieu de se contenter d’user de cet atout jusqu’à la corde, l’équipe de composition/production (Kitsune, Norimetal, Takemetal, Ryu-Metal, Megmetal et autres frères de la famille Metal) s’est concentrée sur des aspects Folk qui évoquent parfois les KORPIKLAANI (« Oh! Majinai » avec Joakim Brodén), ou sur une précision chirurgicale Djent avec l’apport indéniable de Tim Henson et Scott LePage (« Brand New Day », limite RN’B moderne sur le chant, mais pointu sur l’instrumental), avant de lâcher les chiens de l’enfer gabba sur « Distortion », tenus en laisse par Alissa White-Gluz, histoire de rappeler un passé pas si lointain.

Les filles se sont même essayées à l’exercice du Rap Core avec leur pote F.Hero pour un « Pa Pa Ya! ! » très surprenant, qui semble honorer l’esprit ancien de Joey Starr via une bande-son à la METHODS OF MAYHEM. Et en nous offrant une vraie/fausse trilogie lumineuse avec le triptyque final « Starlight » / « Shine » / « Arkadia », Su et Moa affichent des ambitions nouvelles, qui ne doivent toutefois pas occulter le fait le plus important. Que Metal Galaxy est un concentré de jubilation, et surtout, la confirmation que l’équipe globale a encore des choses à dire, de façon plus modulée (le calypso électro de « Night Night Burn! » est un pur plaisir et certainement ce que la troupe a produit de plus efficace depuis ses débuts, avec cette ambiance à la DIABLO SWING ORCHESTRA traduite dans l’Allemagne de RAMMSTEIN), mais toujours aussi pertinente. Alors, vous pouvez toujours rigoler, c’est votre droit, mais difficile pur vous de vous moquer aujourd’hui. Car que vous l’acceptiez ou non, si Rob Halford, Kerry King et une poignée de gros promoteurs ont légitimement adoubé les gamines, c’est que leur musique est tout sauf une plaisanterie. Parole de vieux renard.

   

Titres de l’album :

                       01. Future Metal

                       02. Da Da Dance (feat. Tak Matsumoto)

                       03. Elevator Girl (English version)

                       04. Shanti Shanti Shanti

                       05. Oh! Majinai (feat. Joakim Brodén)

                     06. Brand New Day (feat. Tim Henson and Scott LePage)

                       07. BBAB

                       08. Night Night Burn!

                       09. In The Name Of

                       10. Distortion (feat. Alissa White-Gluz)

                       11. Pa Pa Ya! ! (feat. F.Hero)

                       12. BxMxC

                       13. Kagerou

                       14. Starlight

                       15. Shine

                       16. Arkadia

Site officiel

Facebook officiel


par mortne2001 le 16/10/2019 à 17:44
88 %    750

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


rastacool
@78.192.38.132
19/10/2019, 15:16:39
Je ne vais pas rejoindre le chroniqueur dans son désir d'auto persuasion. Mais si certains y trouvent leur compte...

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Killing For Culture - Tome 2

mortne2001 23/02/2021

Livres

Voyage au centre de la scène : MASSACRA

Jus de cadavre 21/02/2021

Vidéos

Killing For Culture - Tome 1

mortne2001 15/02/2021

Livres

Moonspell 2007

RBD 04/02/2021

Live Report

Olivier Verron _ Interview Conviction

Simony 27/01/2021

Interview

Voyage au centre de la scène : ASSHOLE

Jus de cadavre 17/01/2021

Vidéos

Eluveitie + Korpiklaani 2010

RBD 08/01/2021

Live Report

Sélection Metalnews 2020 !

Jus de cadavre 01/01/2021

Interview
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
RBD

Nergal est un provocateur né, comme bien des artistes surtout dans des sociétés conformistes. Le fait d'aller cachetonner et se montrer dans une émission de télé-crochet est une double provocation assez géniale, autant envers les true mé(...)

02/03/2021, 16:07

Jus de cadavre

Message pas posté entièrement... bizarre...Du coup suite :"Nous en sommes à une période charnière" là je suis d'accord. Quand sur un site comme ici les gens commencent à defendre le christianisme c'est (...)

02/03/2021, 09:30

Jus de cadavre

"Si Nergal en a marre d'aller devant les tribunaux, qu'il change de pays ou de style musical, point barre"Mais tout le monde du coup crieraient au lâche ou au vendu ! Si à chaque fois qu'il y a un truc qui nous plaît pas dans notre pays on doit l(...)

02/03/2021, 09:26

Gargan

Si Nergal en a marre d'aller devant les tribunaux, qu'il change de pays ou de style musical, point barre. Tu assumes quand tu t'exposes ainsi, c'est pathétique ce oin-oin alors que ça joue les durs sur scène. Ceci étant, je réécoute Sv(...)

02/03/2021, 08:21

Yolo

Merci pour vos commentaires les guignols.

02/03/2021, 08:09

Satan

@ Jus de Cadavre : En effet, le délit de sale gueule semble se manifester à l'égard de Nergal. Et tu as raison de dire que c'est quand même lui qui se fait chier devant les tribunaux.Le christianisme ne fait plus peur aujourd'hui, mais il faudrait se (...)

01/03/2021, 16:06

Jus de cadavre

Débat épineux ! Mais pour le coup que ça plaise ou pas, Nergal (même si c'est uniquement pour se faire de la comm on est d'accord) lui il va au tribunal et il a des emmerdes judiciaires... Dans la scène aujourd'hui, et même parmi ceux qui se (...)

01/03/2021, 14:49

Satan

@ Orphan : Ce n'est pas du tout ce qu'a dit Yolo, là tu t'en fais le ventriloque. Après, sur le courage ou non de Nergal ça se discute en effet, mais dans ce cas-là il convient de mettre dans le lot 99% des artistes dits "blasphématoires"(...)

01/03/2021, 14:10

Simony

Ben d'ailleurs, à part de la bière et des T-Shirts, il n'y a même pas l'album en vente sur leur shop ? C'est quand même bizarre !

01/03/2021, 14:00

Orphan

@Yolo : Je te rejoins à 200%Il est facile de pietiner le christ et le catholicisme ...... pas sur qu'il ferais la même pour d'autre.A partir de la pour moi fin du débat.

01/03/2021, 12:12

Gargan

Vu aussi ce live de King Diamond sorti il y a quelques jours par Metal Blade : Songs for the Dead Live - The Fillmore in Philadelphia

28/02/2021, 19:16

Stench

Du coup, on peut écouter où, ce truc ? Même sur leur site il n'y a rien alors que moi, quand je vois qu'on parle de Gus, ça m'intéresse...

28/02/2021, 17:24

Bones

Pour les amateurs de PENTAGRAM, il existe un docu assez dur sur la vie chaotique de son leader. Il donne plutôt envie de se mettre à la camomille et aux cigarettes russes.

28/02/2021, 13:54

Satan

@ Yolo : Soit c'est de l'ignorance, soit de la bêtise... ou de l'humour sacrément mal formulé. Un petit peu comme ton orthographe en somme.

28/02/2021, 12:37

Invité

@Yolo : Ce qu'il y a de bien avec les opinions tranchées, c'est qu'ça relance le débat. En somme vous êtes une sorte de provocateur, quoi.

28/02/2021, 11:28

Invité

@Yolo : Ce qu'il y a de bien avec les opinions tranchées, c'est qu'ça relance le débat. En somme vous êtes une sorte de provocateur, quoi.

28/02/2021, 11:28

Yolo

La Polognes est l'un des seuls pays respectables en Europe actuellement par ses prises de position. Point barre.

28/02/2021, 10:16

MorbidOM

Complétement d'accord avec Gargan.Simony, je te conseille la lecture de Jean-Claude Michéa (si tu as la flemme ou peu de temps on peut facilement trouver des conférences qu'il a données sur internet)Christopher Lasch ça marche aussi ma(...)

27/02/2021, 19:42

Arioch91

encore moins sur Conan*

27/02/2021, 19:35

Arioch91

Jamais un patronyme d'un groupe n'a été en aussi inadéquation avec sa musique.Je ne crache pas sur le Doom, encore moins que Conan (le personnage) mais sans déconner : quiconque a lu une aventure de Conan, en particulier sur un champ de bataille, que l(...)

27/02/2021, 19:34