Trente millions d’amis, épisode 156, avec dans ce nouveau numéro un ancien numéro remis au goût du jour d’avant-hier. Si vous savez lire entre les lignes de cette entame calamiteuse d’un point de vue finesse littéraire, vous avez déjà compris que vous aurez affaire aujourd’hui à un énième combo nostalgique, semblant rechercher dans les années 80 ce qu’il n’espère plus trouver en 2019. Toujours aussi fondus de Thrash d’il y a trois décades, les musiciens internationaux n’en peuvent plus de se ressourcer aux origines, pillant sans vergogne les coffres plus si bien gardés de la Bay Area histoire d’enrichir leur petit quotidien. Et en ce mois de février 2019, ce sont des chiliens qui se sont amusé à jouer les explorateurs du temps, nous ramenant des années 88/89 de quoi satisfaire notre soif de brutalité et de cruauté, sans vraiment se démarquer de leurs concurrents de plus en plus nombreux, mais en prenant quand même quelques distances avec la linéarité ambiante. Dignes héritiers d’une scène sud-américaine qui plaçait alors la véhémence au-dessus de toute autre considération, les furieux hispaniques chiliens nous proposent donc leurs vues sur un retro-Thrash de saison, de celui qui fait se dresser les poils comme des pics de hérisson. Et à l’écoute de cet introductif Misconception, pas le temps de se poser la moindre question, puisque l’attaque et l’agression sont permanentes, et tournées vers une bestialité revendiquée qu’une certaine modulation de ton parvient à mâtiner. Fondé en 2013 du côté de Villa Alemana, les CRITICAL DEFIANCE n’ont pas perdu de temps, et n’ont attendu qu’une petite année pour nous dégueuler leur première démo, Chambers of Pain, avant de partager deux faces avec leurs collègues de PARKCREST, originaires de Santiago, pour finalement revenir à la case démo avant d’élaborer leur plan d’attaque à grande échelle qui fut dévoilé au monde le mois dernier.  

Alors, qu’attendre du millième effort vintage Thrash de ces quinze dernières années ? Des riffs ? Une rythmique explosée ? Des vocaux hargneux et revanchards ? Des soli torchés comme à la grande époque des King/Hanneman ? Un peu tout ça évidemment, mais une fois n’est pas coutume, un peu plus qu’une simple repompe des trois ou quatre grands noms de la scène historique. Car si les chiliens de CRITICAL DEFIANCE foncent et frappent comme s’ils n’allaient pas connaître de lendemain, ils le font avec un goût sûr et un flair imparable, se permettant d’égaler en intensité les efforts les plus poussés de ces vingt dernières années. Si les influences eighties squattent évidemment le haut du panier, on sent que les quatre pistoléros (Felipe Alvarado - guitare/chant, Felipe Espinoza - guitare/chœurs, Ignacio Arévalo - basse et Nicolas Pastene - batterie) ont aussi retenu quelques leçons de maîtres plus contemporains, dont les MUNICIPAL WASTE (sans le côté festif radioactif) et les GAMA BOMB, qui eux-mêmes étaient tombés dans le chaudron du riff magique quand ils étaient tout petits. Une leçon en brutalité majeure donc que ce premier longue durée, qui nous rassure peu quant aux intentions diaboliques des chiliens. Se rapprochant en plus d’une occurrence de la densité de la scène lusophone, sans en adopter les postures occultes de pacotille, les quatre musiciens tendent aussi à se lover au creux d’une vélocité farouche si chère aux VIO-LENCE et VIKING, sans toutefois friser le chaos de croches jouées hors du temps. Ici, tout est précis, calibré, millimétré, mais suffisamment sauvage pour être dégusté comme un cul-sec enflammé. Des traces patentes de Do Or Die et Eternal Nightmare sont décelables pour peu que vous y fassiez suffisamment attention, mais ce qui frappe surtout dans cette réalisation, c’est cette accumulation de riffs et de parties qui s’assemblent dans un ballet étourdissant de pugnacité, transformant chaque segment en déclaration de guerre totale.

Habiles instrumentistes, les originaires de Villa Alemana savent aussi faire preuve de nuance de temps à autres, lors d’une intro plus mélodique que la moyenne menant sur un mid tempo étonnamment puissant et convaincant. D’ailleurs, c’est à ce moment-là qu’on remarque que le mixage de l’album a fait des miracles, la basse claquante occupant les avant-postes pour nous fouetter le visage de ses lignes mélodiques amères (« 507 », sorte de croisement très intelligent entre MEGADETH et CORONER). Pas mal de calottes donc à encaisser, mais aussi des pistes à explorer, un peu comme si Misconception se voulait synthèse globale de l’âge d’or du Thrash, sans en adopter la prétention. Ambivalence, frappes féroces et soudaines, pour une entrée en matière qui met les choses au point (« Desert Ways »), avant que « Spiral Of Hatred » ne nous explose les neurones de son énergie atomique en vélocité débridée. Tempo moyen très échevelé, guitares qui partent dans tous les sens mais qui finissent par se rejoindre, pour une ode à la violence plus intelligente que la moyenne, et un premier LP certes sauvage, mais intelligent et pernicieux de son audace. Evidemment, les BPM s’affolent à intervalles réguliers, atteignant parfois le degré de folie d’un Thrashcore à peine déguisé (« What About You » qu’on aurait pu avaler sur le fameux Shark Attack des WEHRMACHT), mais il se dégage de Misconception un parfum très particulier, celui d’une opération kamikaze qui a très bien tourné et qui n’a laissé que cendres et terreur enfumée. Assez bref dans les faits, restant sous la barre des quarante minutes, ce premier effort n’en oublie pas moins les ambitions, qu’il affiche sur le très long et presque progressif « Onset », osant le riff le plus redondant depuis le « Lebanon » de MORTAL SIN et le « Toxic Waltz » d’EXODUS. Eminemment brutaux, mais aussi diablement futés, les CRITICAL DEFIANCE citent dans le texte et connaissent leurs classiques, se situant parfois à la lisière d’un Techno-Thrash timide, mais viable, lâchant quelques soli vraiment convaincants. Se reposant la plupart du temps sur une complémentarité infernale entre une paire de guitares volubiles et une section rythmique à l’abattage incroyable, les morceaux avancent en accumulant les prouesses, passant d’un tempo à un autre d’une façon très preste, et le massacre en règle prend des allures d’apocalypse lorsqu’on constate qu’aucun temps faible ne vient ralentir l’affaire.

Aussi persuasifs dans le chaos le plus intense que dans la violence la plus épaisse (« Pursuit Of Chaos », parvenir à se montrer aussi catchy sans sombrer dans la tristesse glauque du Mosh est une performance qui se souligne), les CRITICAL DEFIANCE signent donc l’un des premiers albums les plus intenses de la vague Retro-Thrash, parvenant même à égaler la magie des CRIMSON SLAUGHTER sans leur envier leur préciosité. Un peu WARFECT sur les bords, mais totalement nostalgique au milieu, Misconception est tout sauf une erreur, et une conclusion comme le morceau éponyme achève de nous convaincre du potentiel de cette horde de huns menés par un chanteur au timbre vraiment malsain. Pas encore parfait mais presque, suffisamment bordélique pour décoiffer, mais agencé pour ne pas vous laisser cramé, ce premier LP est un modèle du genre qui exige une suite de même qualité.


Titres de l'album :

                         1.Desert Ways

                         2.Spiral Of Hatred

                         3.Punished Existence

                         4.507

                         5.What About You

                         6.Onset

                         7.Pursuit Of Chaos

                         8.Misconception

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par mortne2001 le 31/03/2019 à 17:56
88 %    274

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


LeMoustre
@77.146.224.133
01/04/2019 à 09:56:27
Chouettes les 2 morceaux en écoute, et en effet, du thrash qui décoiffe, à rapprocher des terribles Terrifier dans la vélocité et les changements et breaks incessants. Solo surprenant sur le titre "What About You", et au final une belle découverte. Merci pour cette chronique et bel hommage au Toxik, Vio-lence et toute cette vague de thrash US virevoltant. J'achète.

LeMoustre
@77.146.224.133
10/04/2019 à 21:36:45
Du coup, acheté, excellent disque. Merci pour le tuyau ! Y'a du early-Forbidden (sans la voix) aussi.

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@Humungus: Les patches ce sont les bon vieux écussons à coudre sur ta veste en jean ou ton cuir (ou comme le faisait le lycéen que j'étais au début des années 2000 sur ton sac à dos Eastpack).


T'as ça aussi sur le label d'origine Metal Blade. Bon morcif, déjà que le EP contient un sacré titre, ils ont gardé leur sens de la composition, les gaziers. Hâte d'avoir ça en mains.


"J'vous ai d'jà dit que j'prêtais d'l'argent à des taux pas dégueulasses ?"


La pochette, c'est un peu ce qui reste sous mon cerisier à une certaine période.


Rooohhhlala !!!
Je viens de voir qu'il y avait actuellement chez NUCLEAR BLAST une preorder pour une box collector de ce futur album avec double vinyles + double CDs + drapeau + slipmat + patchs (autocollants ?)…
Pas bon pour mes finances tout ça bordel !


Dommage que ce soit loin de chez moi...


Miam miam !!!


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C'est le Ptiot qu'on voit à la basse? C'est pas Jean Noel qui a enregistré l'album?


Et bien moi je prends ça comme une putain de bonne nouvelle !
Deux PRIESTs pour le prix d'un, que demander de plus ?!
Hâte de voir ça en live...


Comme vous je vais me pencher sur cet album. Par contre je n'ai jamais bouder ke groupe lors de ses prestations live. Leur chanteur est un très puissant frontman


C'est très bon


En effet pas mal du tout dans le genre. Même si déjà entendu 1000 fois. Plus Grave que Grave !


Ca sent vraiment la fin du bal, là.


Le pire la dedans, c'est que tout le monde serait d'accord pour qu'il dise stop. Mais malgré son statut de star, ses thunes etc... Il ne sait faire qu'une chose, c'est chanter sur scène. Dans ce sens, la célébrité c'est moche. Ozzy est mort vive ozzy !


Excellente nouvelle ! Hâte de les voir à Toulouse avec Holt.


Merci pour la réponse Simony. Et donc, rien de bien méchant apparemment, un petit bizutage !
En même temps dans Death, comme les musiciens changeaient tout le temps ou presque, tout le monde était toujours le petit nouveau.


100 % d'accord avec la chronique !!


Magnifique chronique. Chapeau l'artiste !


D'après les différentes rumeurs et témoignages, James Murphy a été la cible de nombreuses blagues de la part de Chuck notamment, le syndrome du p'tit nouveau quoi !