LUGNET en suédois signifie “tranquillité”. Ceci étant dit, et se basant sur l’inspiration avouée 70’s du groupe, on serait en droit de s’attendre à une énième digression flower-power à base de mélodies à la marguerite et autres harmonies subtiles en volutes de patchouli, et pourtant, rien n’est plus éloigné de la réalité. Car les LUGNET ont plus puisé leur inspiration chez LED ZEP, CACTUS et DEEP PURPLE que chez les JEFFERSON AIRPLANE et autres MAMAS AND PAPAS, et autant dire qu’ils n’ont pas la distorsion dans leur poche et la fuzz planquée dans un vieux flight-case. Nous en venant de la grande Stockholm, ce quintette de musiciens racés nous joue donc la partition d’un Hard Rock souvent lourd, toujours tendu, mais de temps à autres relâché, et s’appuie sur ses qualités individuelles pour convaincre le public de son potentiel global. Inutile de préciser que vous n’écouterez rien de neuf en confiant vos tympans à ce Nightwalker, mais que vous risquerez fort de passer des nuits agitées, à vous retrouver à poil dans le salon en train de mimer un solo de Jimmy Page à trois heures du matin. Et après un premier album qui avait éveillé les consciences, le quintet se retrouve donc dans la délicate position de la confirmation, qu’ils assument de leur diversité de ton, qui pioche dans tous les styles amplifiés d’une décennie célébrée, passant sans vergogne du Hard bluesy au Doom adapté et transi. En toute franchise, et malgré les attaques incessantes de la vague vintage, ces suédois font partie du haut du panier, rappelant parfois des ténors du genre qui aujourd’hui encore, nous enivrent de leurs accords. Pas difficile d’affilier nos presque nouveaux venus à une sorte de pont tendu entre les KADAVAR et le BLACK COUNTRY COMMUNION de Glenn Hughes, et si les influences semblent les mêmes, le rendu n’en est pas pour autant similaire, puisqu’en quarante minutes Nightwalker passe d’une longue nuit de sabbat à une soirée incandescente au Madison Square Garden, toutes guitares dehors…

Mené de mains de maîtres par la paire de guitaristes Matti Norlin et Mackan Holten, LUGNET peut en outre s’appuyer sur une nouvelle recrue de choix en le gosier lyrique de Johan Fahlberg, de JADED HEART, qui prouve en quelques secondes et une soufflante qu’il est de cette race de vocalistes entièrement adaptés à ce genre de projet. Et comme si le groupe voulait mettre les choses au point dès le départ, c’est avec une rouste de la trempe de « Die for You » qu’il entame les hostilités, un titre que le grand DEEP PURPLE n’aurait pas renié à son heure de gloire Mark III. En s’appuyant sur la ressource d’une section rythmique de grande classe, en ossature Lennart "Z" Zethzon (BADGE, basse)/Fredrik Jansson (ANGEL WITCH, ex-WITCHCRAFT, batterie), Nightwalker ne perd pas de temps en conjectures, et fonce dans le tas, réconciliant la fougue juvénile d’un Coverdale et la préciosité vocale de Ian Gillan, tout en prenant grand soin de tricoter un instrumental que les formations les plus récentes de Heavy suédois pourraient méchamment leur envier. Et c’est sans doute ce qui fait la force de ce groupe, qui refuse de n’être qu’une pâle resucée des grands ainés, et qui transpose leur héritage dans un langage plus moderne, sans trahir leur tradition. Certes, et en toute bonne foi, impossible de ne pas reconnaitre en « Begging » la patte des combos de l’époque, eut égard à cette force de frappe digne du grand Bonham et ces riffs chaloupés que Jimmy aurait pu soigner, mais le traitement offert à la BLACK COUNTRY COMMUNION permet d’éviter la redite d’un respect pas assez polisson, d’autant plus que les musiciens n’ont pas grand-chose à envier à ces légendes. Et Dieu sait si l’exercice est difficile, que l’écueil du calque est compliqué à franchir, et que le pastiche n’est jamais loin. Mais en soignant leurs compositions, les suédois ne font qu’enfoncer encore plus le clou, nous convaincant sans peine de leur pertinence, en adoptant des postures plus figées, et en prônant une certaine lourdeur totalement assumée (« Never Again », sorte de BLACK SABBATH repris par les GRETA VAN FLEET).

N’hésitant jamais à jouer la montre, sans pour autant sembler s’éterniser, le groupe aligne, taquine le Blues initial pour l’obliger à s’inviter aux agapes d’un Heavy précurseur, tout en louchant du côté de la scène mélodique nordique actuelle. Un melting-pot qui donne le vertige, et qui dégouline de feeling près de la colline aux souvenirs, lorsque la lumière se tamise et que le spectre des GRAVEYARD frappe de ses chaînes à la porte (« Death Laughs at You »). Mais si le Blues est évidemment une composante importante, le Rock n’en est pas pour autant boudé, et lorsqu’il est employé c’est souvent de façon overspeedé, et « Nightwalker » de se frotter à la transition entre les derniers grands dinosaures et la NWOBHM, avec sa cavalcade rythmique échevelée et ses riffs d’acier. Ça ramone les tuyaux, swede style, et ça conforte les esprits dans leurs certitudes que ce peuple n’est vraiment pas comme les autres, et a d’ores et déjà atteint les sommets dans sa catégorie. En allant à l’essentiel, mais en brodant sans s’éterniser, les LUGNET trouvent toujours le bon équilibre, qui leur permet de signer huit compositions qui ne se répètent jamais, et qui avancent dans un esprit de métissage musical savoureux. Ainsi, les syncopes de « Living in a Dream » pourraient être exhumées des coffres bien gardés du GREAT WHITE des années 80, soudainement rouverts par les BLUES PILLS. Soli qui sentent le souffre des grands stades et des petites salles, circonvolutions vocales qui emballent le public de leur dramatisme, duo rythmique solide mais fluide, la danse est sensuelle et virile à la fois, et « Cockroach » de sonner le rappel de l’énergie à la pelle, de son énième placage de thèmes à la ZEP dans un univers d’arrangements luxuriants. Basse en avant, qui serpente entre les barbelés de licks aiguisés, ambiance moite mais bon enfant, l’osmose entre les cinq participants est palpable, et le bonheur éprouvé cent fois redistribué, ce qui fait de ce second album la révélation qu’on attendait de la part d’un groupe béni des Dieux.

Il le prouve sans honte d’ailleurs, en consacrant son final à une longue suite homérique, ce « Kill Us All » qui réconcilie les SIR LORD BALTIMORE, CACTUS et LYNYRD SKYNYRD, pour une lente progression en terre de Birmingham, à la poursuite d’Ozzy et du SAB’. Lourd mais pas pataud, puissant mais pas assourdissant, LUGNET est le genre de groupe qu’on sent venir mais qui parvient quand même à nous surprendre, pas forcément de ses parti-pris, mais surtout par la qualité de son interprétation et de son sens de la composition. Sans vraiment chercher le cachet casher qui leur ouvrira les portes de l’enfer, les suédois s’amusent beaucoup à piocher des graines d’hier pour les replanter dans la terre d’aujourd’hui, et nous offrir le spectacle magnifique d’un jardin luxuriant. Un jardin au calme apaisant, et qui pourtant fuit la tranquillité au demeurant. Le paradoxe n’est-il pas intéressant ?      


Titres de l’album :

                        1. Die for You

                        2. Begging

                        3. Never Again

                        4. Death Laughs at You

                        5. Nightwalker

                        6. Living in a Dream

                        7. Cockroach

                        8. Kill Us All

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par mortne2001 le 17/03/2019 à 14:26
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