Quels sont les ingrédients indispensables pour faire du bon Sleaze ? Facile me direz-vous, et sans savoir quels éléments vous allez mentionner, je suis déjà partiellement d’accord. Mais en recensant les impératifs, il est évident que certains sont inévitables. Il faut d’abord avoir de la gueule, genre, une grande gueule, et genre, une belle gueule. S’adjoint à ceci un sens du look outrancier, une attitude, sexy si possible, une façon de manier la moue boudeuse frondeuse, et la jeunesse pleine de stupre. Finalement, et le plus important, savoir tirer des leçons de ses aînés, et composer un répertoire Hard teenage solide, être capable de trousser non des groupies mais des hymnes à l’hédonisme, et savoir donner au public l’envie de gonfler des ballons de baudruches tout en se tartinant les lèvres de rouge en prenant soin de bien dépasser. Ceci étant dit, certaines des conditions ne sont pas forcément obligatoires…Tiens, prenons la jeunesse par exemple, et l’aspect rebelle mais aguicheur. Ça peut aider, c’est certain, mais même passé un certain âge et les fanfreluches rangées, on peut encore faire partie de la bonne catégorie…ce qui est visiblement le cas des RAGDOLL, qui, la quarantaine ou cinquantaine bien tapée, ne se sont pas gênés pour nous sortir un disque euphorique et bandant, alors même que leur passé presque glorieux est enterré loin derrière eux. Car l’histoire de ce combo au line-up fluctuant (on recense sur le disque les participations de J.J. Cruise - chant, Marc Kelly - basse, Jamie Kayne - batterie, Mike Dollz - guitare, Robin Guy - batterie et Mark Squire - guitare) est assez atypique…D’abord, par sa localisation géographique au Pays de Galles, Cardiff plus précisément, la ville qui a vu naître les gloires locales de TIGERTAILZ. D’ailleurs, plusieurs membres des RAGDOLL ont fait un passage plus ou moins long dans leurs rangs, ce qui leur a permis ensuite de se réunir sous la même bannière…On aurait pu croire que ce parrainage indirect les aurait propulsé sous les feux des projecteurs, mais en dehors de quelques concerts fameux et d’une démo assez remarquée, le succès à grande échelle se fit plutôt discret…

Alors que tout le monde pensait (y compris eux-mêmes) que leur étoile allait briller, le Grunge passa par-là et ruina les quelques espoirs, mettant bas le pavillon coloré des gallois, qui optèrent alors pour une discrétion totale via une disparition corps et âmes…L’histoire aurait pu s’arrêter là et garder ce caractère anecdotique, mais c’était sans compter sur l’instinct malicieux du destin qui allait se manifester via un label intéressé par la nostalgie, qui contacta les membres encore en relation pour obtenir quelques bandes d’époque à éditer en CD. Les musiciens concernés, Marc Kelly et Mike Dollz, trempèrent alors leur mémoire dans les témoignages audio de leur jeunesse, mais n‘en retirèrent rien de vraiment valable. Nouveau coup d’épée dans l’eau ? Que nenni, puisque les deux compères, ainsi revigorés, prirent la décision de composer de nouveaux morceaux et d’en récupérer d’anciens, pour enfin enregistrer le longue-durée qui leur était promis à la fin des années 80. Décidant même de fonder leur propre label pour l’occasion, le bassiste et le guitariste complétèrent alors la formation pour se mettre à bosser pour de bon, et enregistrer ce putain de disque qui aurait dû nous exploser à la face il y a trente ans…Voici donc la carte de visite des RAGDOLL lisible en gros caractères, sous la forme d’un fabuleux Old Habits Die Hard, qui montre en effet que les vieilles habitudes ont la vie dure, mais que le vrai talent lui, dure. Alors bien sûr, le look a un peu changé, les cheveux se sont parsemés, les fringues sont plus conventionnelles et les rides ont remplacé le rimmel, mais les chansons sont là, l’énergie aussi, et l’enthousiasme semble décuplé par ces années passées à regretter une opportunité manquée, qui aujourd’hui revient frapper aux portes de Cardiff et de Los Angeles, ou certains musiciens sont partis se planquer. Douze morceaux, pour presque cinquante minutes de fête, c’est donc le programme proposé par les gallois depuis le mois de mars, et autant dire que leur schéma donne la pèche et l’envie de faire la bringue toute la nuit, en se rappelant du Roxy, des bombes de laque vidées, et des jolies demoiselles qui attendaient dans l’ombre pour répondre à l’appel.

Ne le cachons pas, ce qui aurait pu s’avérer n’être qu’une pathétique tentative de recréer la magie Glam éteinte depuis la fin des années 80 se révèle triomphe sans pareil. Car les RAGDOLL n’ont pas oublié comment jouer cette musique qui ne supporte pas la demi-mesure, et se sont souvenu de deux ou trois trucs qu’ils utilisaient à l’époque. D’abord, prendre les bons modèles, en l’occurrence plutôt les POISON que les TIGERTAILZ, trop Heavy, sans oublier les grands anciens de SWEET, SLADE, des NEW YORK DOLLS, histoire d’apporter une caution légitime à leur tintouin. Des chansons donc, et des bonnes, qui nous rappellent la bande à Bret Michaels des premières années, celles de Look What The Cat Dragged In et Open Up And Say Ahh, augmentées en valeur d’une solide dose de fun à la CHEAP TRICK et d’un déhanché à la AEROSMITH pour rester dans le ton festif. Et difficile de ne pas craquer et aller se déguiser à l’écoute de ces douze pamphlets, qui mettent le feu au pantalon et qui font s’élever les cheveux au-dessus du front. Plus qu’un album, c’est une revanche prise sur le temps à laquelle nous avons droit, tant Old Habits Die Hard fait feu de tout bois, et mélange le Rock, la Pop, le Hard et le Glam avec un bonheur non feint, celui de se retrouver enfin pour savourer la joie de pouvoir proposer sa musique à plus grande échelle, mais surtout celle de se retrouver après tant d’années. Enregistré aux Studio 10 Music de Cardiff, ce premier LP au temps de gestation plus qu’exagéré fait la part belle aux mélodies sucrées, aux refrains entonnés, et aux soli méchamment torchés, et donne le sentiment d’avoir été enregistré à l’époque, tant le son qu’il propose échappe à toute forme de modernisme. Des médiums très prononcés, qu’on imagine crissant en version vinyle, des voix placées bien en avant, des guitares mordantes et une rythmique mouvante, pour un show sur rondelle qui laisse rêveur quant aux capacités en concert. On y trouve donc pas mal de POISON, mais aussi du MÖTLEY, le plus léger, quelques traces des PRETTY BOY FLOYD, mais aussi pas mal de références 70’s, histoire de consolider le navire, et surtout, une pelletée de hits qui s’étalent dans le temps.

Difficile de recenser les plus marquants ou les plus pertinents, puisque chaque segment à sa raison d’être et son importance. Mais autant dire que la doublette d’intro « White Knuckle Ride » / « True Grit » laisse sur le flanc, et que « Mad, Bad & Dangerous To Know » évoque plus les WRATHCHILD que le THE CROSS de Roger Taylor. Pas de temps mort, pas de ballade qui lacrymale à tort, juste de la folie ambiante, une énergie démente, et surtout, un paquet de refrains qu’on se prend à entonner après les avoir écoutés toute la journée, pour une party infernale ne laissant aucun ange passer ni aucun temps mort s’incruster. Alors certes, les mecs ont vieilli, leur gentille provocation aussi. On a dit au-revoir au look déjanté pour rentrer dans le rang, mais la flamme ne s’est jamais éteinte…Et ça aussi, c’est une condition sine qua non pour faire du Glam, cette fois indéfectible en soi, et en cette musique qui n’admet aucune loi. Et de ce côté-là, il y a de grandes chances que les RAGDOLL ne vieillissent jamais. Après tout, les héros n’ont pas d’âge, si ?


Titres de l'album:

    01 - White Knuckle Ride
    02 - True Grit
    03 - Mad, Bad & Dangerous To Know
    04 - Addiction
    05 - Shine
    06 - Do You Remember
    07 - Doll House
    08 - Siren Song
    09 - Bullet With Your Name On
    10 - Six Feet Under
    11 - It Ain't Pretty
    12 - The Ugly Truth

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par mortne2001 le 16/05/2018 à 18:30
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