On Thin Ice

Lizzies

05/10/2018

The Sign Records

En France, nous avons les FURIES, en Espagne, ils ont les LIZZIES. Alors, je vous rassure tout de suite, rien à voir avec les délires opératico-horrifiques des LIZZY BORDEN américains, encore moins avec la série pour ados Lizzie McGuire, car nous parlons bien ici de pur Hard-Rock, tel qu’il fut conçu à l’orée du virement vers un Heavy Metal qu’on nomma autrefois la New Wave of British Heavy Metal. Sauf que ces ibères ne sont pas vraiment Heavy Metal, bien qu’ils se dotent de l’imagerie, de l’iconographie, mais aussi des pseudos qui font peur dans le noir. Fondé en 2010 du côté de Madrid par Patricia Strutter (guitare) et Motorcycle Marina (basse), ce quatuor presque exclusivement féminin (le presque étant incarné par Dani Vera, batteur pour la troupe depuis l’année dernière) a pris son temps pour développer son ton, et a patiemment élaboré un certain nombre de hors d’œuvres, avant de faire le saut de l’ange pour un premier longue-durée. S’en sont donc suivis une première démo en 2012, nommé fort à propos Heavy Metal Warriors, puis un premier EP en 2013, End Of Time, avant que l’année 2016 ne voit éclore le premier album de la bande, un Good Luck fort remarqué, suffisamment en tout cas pour s’attirer les faveurs d’un label suédois, The Sign Records. Fallait-il d’ailleurs y voir un signe ? Absolument, puisque ce premier jet était plutôt du genre spontané mais professionnel, et permit aux espagnols d’occuper un peu le devant de la scène histoire de renforcer leur fanbase. Et gageons que deux ans plus tard et autant de temps passé sur scène, ces mêmes fans seront ravis d’apprendre que leur nouveau groupe favori a remis le couvert, via cet On This Ice, qui loin de glisser sur de la glace fine, a sérieusement tendance à brûler le bitume au guidon d’une bonne grosse cylindrée.

Sans changer une recette qui gagne, le quatuor (les trois énoncés plus haut, plus Elena Zodiac au chant) a renforcé ses positions, et campe toujours dessus. A savoir, jouer un Hard-Rock sans fioritures mais pas si bas du front que ça, et agrémenter ses riffs francs de mélodies purement NWOBHM. Et si la pochette de ce second chapitre est digne de figurer dans le top des œuvres les plus brouillonnes de notre musique favorite (en gros, un combat de catch digne de Cherrie Curry se crêpant le chignon avec Tina Turner, le tout dessiné par un nostalgique des dessins des années 80 faits d’une seule main), son contenu est autrement plus sérieux, et digne d’intérêt. Avec une assise simple et des structures directes, les LIZZIES nous brossent donc un portrait nostalgique, et abordent le cas de quelques female fronted bands d’il y a trente ans, les ROCK GODDESS en tête, avec un brin de sauvagerie à la GIRLSCHOOL, l’ombre d’AC/DC et de MOTORHEAD en moins. A savoir, des chansons qui en sont vraiment, et pas de simples prétextes à tester une distorsion bien grasse, et qui alignent un nombre conséquent d’idées, sans se prendre la tête. Des musiciens capables, un minimum de créativité harmonique, pour des tubes parfois imparables, que Fabienne Shine aurait pu chanter en compagnie des THIN LIZZY (« Real Fighter »). Produit par Ola Ersfjord (TRIBULATION, PRIMORDIAL, NIGHT, HONEYMOON DISEASE) et masterisé par Magnus Lindberg, On This Ice est donc une affaire hispanico-suédoise, qui allie la frondeur ibère et la rigueur scandinave, pour un résultat qui frise le sans-faute.

 

Certes, et pour être franc, vous ne trouverez rien ici qui n’ait été déjà entendu un certain nombre de fois, mais le tout est joué avec tellement de conviction et de talent qu’on en excuse les emprunts parfois un peu flagrants. Entre des tierces qui semblent directement exhumées des bandes des héros de la NWOBHM (AXE, MAIDEN, ANVIL BITCH, SATAN), des riffs qui paraissent provenir d’un vieux grimoire rédigé par les héros de la génération 79/80, un son casher qui vous projette des années en arrière, et une ambiance qui tire parfois sur le Heavy Doom pour retrouver le parfum des sabbats d’antan (« Final Sentence »), tout est fait pour recréer les conditions dans lesquelles les LPs les plus fameux des eighties ont été gravés, citant même la génération précédente des BLACK SABBATH et CACTUS, en les noyant dans des arrangements de la décennie suivante. Mais comme je le disais, loin d’accumuler les gimmicks immédiatement identifiables, les LIZZIES ont pris soin de composer de vrais morceaux, et qui plus est suffisamment variés pour ne pas sombrer dans la redite. Tout y passe, du Hard-Rock light au Heavy appuyé, en passant par le Rock plus abordable et les accélérations contrôlées, pour un résultat final qui tient presque la dragée haute à Good Luck, premier-né qui a semble-t-il porté chance à nos madrilènes. Et dès l’intro envoutante de « Like An Animal », le ton est donné, le synthé présent mais pas imposé, pour une entame d’album très réussie qui débouche sur un pur tube vintage, qu’on croirait presque chapardé dans le coffre-fort des SHAKIN’ STREET. La voix très puissante d’Elena fait le jeu, tandis que Patricia dégaine ses riffs les plus aguicheurs et francs pour mieux nous emmêler dans ses six-cordes. Si la rythmique se contente la plupart du temps de marquer le tempo, la batterie sait s’amuser de quelques fioritures, que le son très bouché et mat met admirablement bien en valeur. Cohésion, fraîcheur, unisson, et « No Law City » de confirmer l’excellente impression en se jouant d’une mise en jambes terriblement Synth-Wave, pour finalement accoucher d’un thème en convergence entre Hard, Pop et New-Wave, histoire de montrer que les espagnols en ont derrière la tête et connaissent les vocables.

Très peu de fautes de goût sur ce second album, qui joue la carte de la sécurité tout en prenant quelques risques. On s’expose binaire sur le très efficace « I’m Paranoid », plus ACCEPT que SABBATH, avant de s’exhiber mélodique via le bronzage au néon de « Playing With Death », aux accents très ROCK GODDESS de milieu de carrière, avant que les frangines Turner ne jettent les gants. Textes directs et sans ambages, pour une virée débridée à la suédoise (« Talk Shit And Get Hit »), petit brûlot collégial à la limite d’un Power-Punk incroyablement accrocheur (« Rosa Maria », un peu MAID OF ACE, mais toujours joué avec une énergie Rock), modulations plus génériques pour hit atypique (« World Eyes On Me », l’un des morceaux les plus ambiancés du lot), et résultat en forme de triomphe pour les LIZZIES, qui avec On This Ice ne risquent pas de récolter des razzies. Sans forcer, gagnant en maturité sans perdre leur esprit d’adolescents assumés, les madrilènes signent une belle réussite, avec des morceaux dont la qualité artistique est inversement proportionnelle à la finesse du trait de cette somptueusement hideuse pochette. Du Hard et du Heavy à l’ancienne pour demain, et aujourd’hui, un LP à apprécier les yeux fermés, mais les oreilles grandes ouvertes. Thin LIZZIES, but big party !    


Titres de l'album :

                           1.Like An Animal

                           2.No Law City

                           3.I'm Paranoid

                           4.Playing With Death

                           5.Real Fighter

                           6.Talk Shit And Get Hit

                           7.Final Sentence

                           8.Rosa María

                           9.World Eyes On Me

                           10.Love Is Hard

                          11.The Crown

Facebook officiel

Bandcamp officiel 


par mortne2001 le 25/10/2018 à 16:49
85 %    461

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Xtreme Fest 2016

RBD 08/07/2020

38'48 Regeneration

mortne2001 07/07/2020

Harmony Corruption

mortne2001 03/07/2020

Little Monsters

mortne2001 30/06/2020

Complicated Mind

mortne2001 15/06/2020

Dossier spécial Bretagne / LA CAVE #5

Jus de cadavre 15/06/2020

Screams and Whispers

mortne2001 12/06/2020

Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Saddam Mustaine

Amorphis cet album est sensationnel.

12/07/2020, 14:20

Pomah

Y'a clairement un côté synthwave pas dégeu, à creuser.

11/07/2020, 14:36

RBD

Voilà un groupe et un homme qui m'ont marqué à une époque où je commençais à être blasé. Ce n'est pas toujours facile à suivre d'un album sur l'autre, c'est un vrai fêlé. Mais comme dit le proverbe, ce sont des esprits comme ça qui font entrer la lumière.

10/07/2020, 23:41

aeas

Seul le batteur a encore un semblant d'intégrité à travers ses activités.

10/07/2020, 20:35

Jus de cadavre

Idem, découverte pour moi grâce à cette chronique. La prod est excellente pour l'époque !
Un bien bel hommage en tout cas Mortne...

10/07/2020, 17:38

JTDP

@jus : +9986457 !
@gerard : fais péter le "name dropping" on n'attend que ça de faire de nouvelles découvertes ! ;-)

10/07/2020, 17:10

JTDP

Purée c'est vrai qu'il est excellent cet album !!! Et malgré Youtube et le poids des ans, le son est franchement bon ! Une réédition s'impose, c'est indéniable.

10/07/2020, 17:08

Oliv

Ah bon

10/07/2020, 12:51

y'a pus d'jus

faut dire à BEBERT de pousser son camion ,il bloque la porte du garage et j'peux pas sortir la dépanneuse !

10/07/2020, 12:29

Gargan

Haha la ref à Hanson ! Belle découverte, merci.

10/07/2020, 11:59

Thrashing Metropolity

Super anecdote, Goughy ! Merci pour le partage !
Ca ne fait que confirmer tout le bien que nous sommes nombreux à penser de ce groupe culte.

Vraiment, si ces albums pouvaient être réédités, ce ne serait que justice !
Quelqu'un a évoqué plus haut l'accent franglais du (...)

10/07/2020, 11:07

goughy

Bon allez je me lance, juste histoire d'en rajouter sur les sentiments positifs qui émanent ce très beau papier (je savais pas l'histoire du début des Bérus...)
Ca devait être en 94 ou 95, on avait 14 ans, on écoutait MST et, avec deux autres potes, Mickey était une star du niveau de Br(...)

10/07/2020, 10:42

Gargan

...Quand tu découvres les effets lumineux de ton logiciel de montage.

10/07/2020, 10:37

steelvore666

Bien d'accord avec vous messieurs.
J'écoute encore les "vieux" albums, ceux qui montrait un groupe sur de lui et assez puissant pour convaincre sans en faire des tonnes et devenir pathétique.
Un constat : la qualité de ses albums est inversement proportionnelle à son implication dans(...)

10/07/2020, 09:41

Speeding Velocity

Eh ben.... vraiment pas bandante cette affiche.
Je suis quand même curieux de voir le prix des places pour "ça".
(et le taux de remplissage, mouarf !)

10/07/2020, 09:00

NecroKosmos

Même opinion. Groupe de clowns. Après, cette polémique montre bien l'ouverture d'esprit du gouvernement polonais.

10/07/2020, 06:40

NecroKosmos

Je ne connaissais que de nom. Voilà qui me plaît beaucoup !!

10/07/2020, 06:28

aeas

Guignol à la tête d'un groupe de guignols. Sacré Nergal et son cirque...

09/07/2020, 22:13

Jus de cadavre

@gerard : petite phrase importante dans l'article que tu as peut-être zappée "N'oubliez pas que ces sélections sont totalement personnelles et subjectives et n'ont pas pour but de présenter tout ce que la Bretagne a pu produire (on n'en aurait pour des journées entières !)"

Sans c(...)

09/07/2020, 22:02

gerard menvuça

Et les groupes de Speed metal / heavy metal / hard rock / Glam rock ?, apparemment il n'y en a pas en BRETAGNE dans l'article ! C'est pas mon impression ! je tombe sur des video sur you tube de groupes Bretons ( Nantes inclus)

09/07/2020, 20:07