Allez, juste un coup d’œil aux photos promo du groupe vous permettra d’en savoir plus. Sept musiciens, dont trois guitaristes, un look qui fleure bon les seventies, un vieux bus abandonné et rouillé, et le décor est planté. Et plutôt bien planté. Avec un minimum de recul, on pourrait croire les clichés pris du côté de Detroit ou d’Austin, et pourtant, ces nouveaux-venus n’ont pas appris la musique de l’autre côté de l’Atlantique, mais au sud de chez nous, à Saragosse, capitale de l’Aragon, mais je vous mets au défi de trouver de quelconques racines ibères dans leurs morceaux. Non, ces chansons-là donnent clairement le sentiment d’avoir été élaborées backstage, lors d’un festival genre Monterey ou l’île de Wight, il y a quelques dizaines d’années. De là, vous allez me dire que je vais encore vous rebattre les oreilles avec du vintage plus poli qu’honnête, et pourtant, ce premier album des espagnols de WHITE COVEN ne s’affilie pas vraiment à cette mode qui connaît ses limites depuis un bail, et qui se contente de nous refourguer des ersatz plus ou moins malins de sonorités d’autrefois…Sept musiciens donc, pour une sorte de big band en big bang, qui n’a rien oublié de l’explosion Rock originelle, celle qui avait transformé les années 70 en champ de sueur et de stupre. Et ici, on en résume toutes les théories, traficotant avec le Folk pour se réconcilier avec le Rock, sans honte ni gêne, mais avec un talent imparable qui fait parler les gènes. Country, Bayou, sudiste, tout y passe, avec un brio incroyable, et il n’est dès lors pas difficile de comprendre pourquoi le nom de WHITE COVEN s’affiche sur de nombreuses lèvres depuis 2014, et leur participation à des festivals, des concours, durant lesquels ils ont brillé et qui leur a permis de sauter sur le tremplin de la notoriété.

Vintage Rock non, mais quoi alors ? Tout simplement du Rock, et du Hard-Rock par extension, sans fioritures, mais avec beaucoup d’ambition. Enregistré sur trois ans séparant 2015 de 2018, cet Overseas est un véritable festival de savoir-vivre et savoir-jouer, qui replace enfin dans les débats le fond, au détriment de la forme. Né de l’union de Sara Lapiedra (chant), Josete Meléndez (claviers), Daniel Penon (batterie), David Buila, Juan Cervera, Mario Gutiérrez (guitares) et Carlos Viejo (basse), WHITE COVEN pourrait facilement s’apparenter à une traduction espagnole du vocable des LYNYRD SKYNYRD ou toute autre entité sudiste de légende (38 SPECIALS par exemple), mais avec un nom pareil et des références aux COVEN mystiques et au White Room de CREAM, les possibilité sont infinies, et traduites ici dans un idiome très personnel, qui ne crache pas sur un brin d’ouverture musicale. Ouverture se concrétisant pas une acceptation de tous les courants en vogue il y a quarante ans, entre Progressif, Soul, Country, et tout ce qui permet à l’âme de s’exprimer dans un contexte roots. On se retrouve donc face à un disque parfaitement décomplexé, intemporel, pouvant suggérer des accointances avec Lenny Kravitz, tout en prêtant allégeance à Ike & Tina Turner, en effectuant une jolie génuflexion face au fantôme des LED ZEPPELIN. Mais malgré toutes ces influences forcément revendiquées par tous les groupes se réclamant d’un Rock ancien, je ne peux m’empêcher de trouver aux espagnols une personnalité très forte, qui leur évite l’écueil de la paraphrase trop respectueuse…Au premier plan des héros du jour, évidemment, cette triplette de guitaristes qui s’en donnent à cœur joie, mais pas seulement en trustant le devant de scène les amplis à fond. Les tricoteurs ont l’intelligence de ne pas occuper tout le terrain, histoire de laisser de la place à la basse et surtout au chant de la délicieuse Sara (au timbre combiné de la grâce de Jewel et du grain d’Amy Winehouse), qui de son coulé Soul anime des instrumentaux travaillés, et pas seulement improvisés. La chanteuse prend parfois des airs de fille illégitime de Janis Joplin et Stevie Nicks, et transcende le Blues pour le magnifier Soul, comme en témoigne le lourd et suintant « Sedative », qu’une Annette Peacock en rupture d’avant-gardisme aurait pu composer en son temps. Le Blues, autre composante majeure de l’ensemble, qui en utilise les codes sans en imposer le verbe, et qui teinte ses morceaux d’un feeling incroyable, en crescendo d’émotion, sans jamais sombrer dans le piège de l’autosatisfaction en masturbation de musiciens incapables de s’arrêter quand il faut. En résulte des chansons, des vraies, au son qui prend aux tripes (tout a été capté en analogique visiblement, ceci expliquant cela), et aux volutes d’orgue Hammond qui vous pénètre les oreilles avec la délicatesse d’un rêve de nostalgie.

Et sans vous en rendre compte, les cinquante minutes de ce voyage dans le temps vont passer très vite, d’autant plus qu’un cinquième d’Overseas est occupé par une piste unique, longue de dix minutes. Mais avant d’en arriver à cet épilogue, vous devrez passer par des étapes successives, qui forment un voyage au long-cours du côté des Etats-Unis, des années 60 au milieu des années 70. On commence d’ailleurs par un démarrage tonitruant, Blues-Rock en avant, avec ce « Woman » et point de jonction entre Kravitz et les LYNYRD, pour une entame électrique mettant les bottlenecks sur les manches pour nous livrer une joute guitaristique et rythmique joussive comme le fond d’un baril de whiskey. « Brief Old Tale » enfonce le clou, et se souvient avec brio et malice du groove déhanché de l’AEROSMITH des premières années, pour une mise en selle musclée avant regroupement du troupeau dans les tranchées. En deux morceaux seulement, les originaires de Saragosse nous captivent, et nous entraînent sur la piste d’un Rock vraiment amoureux de ses racines, et par passion, et non effet de mode. Alors que parfois, les GRETA VAN FLEET semble user de gimmicks, alors que les suédois n’en peuvent plus de reproduire à l’identique les sonorités 80’s, les WHITE COVEN se contentent d’appliquer des recettes classiques avec un feeling très personnel, pour nous offrir une prestation de très grande classe, et qui plus est, d’une variété absolue. Ainsi, après deux décharges d’adrénaline en plein cœur, les espagnols tamisent la lumière et se lovent au creux du LED ZEPPELIN de III, pour un long moment d’émotion sous la lune. « Moonroom », archétype de fausse ballade en crescendo est résolument le premier point fort de l’album, avec sa basse en circonvolutions et ses sensations de coton. « Farewell » de son côté joue sur les images western, et tape sur une grosse caisse pour vous faire frapper dans vos mains, dansant Country pour mieux boire entre amis, ambiance du samedi soir pour relecture de standards. En quatre morceaux, Overseas offre déjà plus de diversité que n’importe quel autre album estampillé vintage, et passe en revue le catalogue de musique populaire US de façon tout à fait honnête et sincère, sans esbroufe, mais avec beaucoup de talent.

 

Et même en ayant emprunté du matériel à droite à gauche, en ayant bénéficié de largesses d’utilisation de studios, la personnalité intrinsèque des musiciens leur permet de réussir là où les BLACK CROWES ont presque toujours échoué. Puissance veloutée polie mais pas atténuée par un son vraiment chaud, soudains éclairs d’électricité pure pour réchauffer l’atmosphère (« Your Time Is Over »), adjonction de lourdeur SABBATH à la sensualité naturelle de Robert Plant et Jimmy Page (« Coven », qui ridiculise en cinq minutes la discographie complète des KINGDOM COME), et final orgiaque en Blues Soul intime, validant la compréhension d’une décade de musique américaine par la complexité de trois guitares jouant parfaitement leur rôle. Et dans leur peau de musiciens échappés en douce de seventies éclairées, les WHITE COVEN peuvent se permettre de jouer la carte de la nostalgie, tant celle-ci se transforme en carré d’as de bonheur entre leurs mains expertes. Un premier album en coup de maître, qui s’écoute comme un incunable du genre, et qui rend les petits matins brumeux beaucoup plus lumineux.


Titres de l'album :

                          1.Woman

                          2.Brief Old Tale

                          3.Moonroom

                          4.Farewell

                          5.The Razorback (instrumental)

                          6.Your Time is Over

                          7.Sedative

                          8.Coven

                          9.Overseas

Bandcamp officiel

Facebook officiel


par mortne2001 le 16/11/2018 à 16:27
95 %    363

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Mutilatred

Ingested Filth

Pearl Jam

Gigaton

Crypt Dagger

From Below

Lamentari

Missa Pro Defunctis

Almanac

Rush of Death

Mariana Semkina

Sleepwalking

Glaciation

Ultime Eclat

Milking The Goatmachine

From Slum to Slam - The Udder Story

Aevum

Multiverse

Burning Witches

Dance with the Devil

Aleister

No Way Out

Conny Bloom

Game! Set! Bloom!

Death. Void. Terror.

To The Great Monolith II

Vulcano

Eye In Hell

Vaisseau

Horrors Waiting In Line

Justify Rebellion

The Ends Justify The Means

Uncut

From Blue

Invocation

Attunement to Death

Lag I Run

Vagrant Sleepers

White Ward

Love Exchange Failure

LA CAVE #4 : une sélection d'albums / Spécial Black Metal

Jus de cadavre / 21/03/2020
Black Metal

Napalm Death + Eyehategod + Misery Index + Rotten Sound

RBD / 09/03/2020
Brutal Death Metal

Stolearm

RBD / 17/02/2020
New Wave

Pastor of Muppets

RBD / 12/02/2020
Brass Band

J'irais Mosher chez vous ! Episode 2 : Indonésie

Jus de cadavre / 08/02/2020
Asie

Concerts à 7 jours

Photo Stream

Derniers coms

Thanks \,,/ good news


Je ne sais pas si le groupe a été créé de toute pièce, mais je l'ai découvert lors du Clermont metal fest et c'était très très bien . Ca joue très bien et le chant est au top niveau avec quelques poussées très graves. Ok elles sont charmantes et ce n'est pas déplaisant mais leur jeu es(...)


Putain, mais c'est encore plus merdique qu'avant. Ou comment progresser dans la médiocrité.


ce qu'il ne faut pas lire comme âneries ici...


Je rejoins aussi ton avis, me souviens encore de leurs débuts, c.était même pour ma part difficile d'avaler un album au complet d'une esti shot. Conqueror aussi dans le même chariot.


Pas mal du tout ça !
La production est excellente, très organique, proche d'une captation live mais restant fine et précise ! Ca promet.


L'artwork est l’œuvre d'un certain Jibus


Intéressant, on pourrait savoir qui a fait l'artwork? il est magnifique et je trouve dommage que les crédits des artistes ne soient que rarement mentionnés alors que c'est eux qui fournissent le contenu.


Tu nous feras deux pater et trois avé en pénitence.


J'avoue avoir utilisé la désignation d'Encyclopaedia Metallum sans chercher à vérifier tellement j'ai confiance en ce qui y est mis habituellement.


Dimmu Borgir en PLS ! Impressionnantes les orchestrations, et pourtant je ne suis vraiment pas client de Black sympho !


J'aime toujours Revenge, mais je trouve que le groupe a sacrément perdu de son aura malsaine et dérangeante aujourd'hui... Trop d'albums et surtout trop de live selon moi, ça perd en "mystère"... Après c'est toujours bien bestial et nihiliste comme on aime, mais bon. Enfin ce n'est que mon avis(...)


Effectivement pire mascotte de tous les temps.
Elle porte un nom je crois d'ailleurs mais je ne sais plus lequel...


Bien plus Grunge que Sludge Doom ce truc...


Excellent groupe, avec un son en avance, des putains de riffs et la plus horrible mascotte qui soit.


pas le 27 Avril mais c est le 17 Avril voir site;
https://wickedmetalreview.wixsite.com/wickedmetalreview/post/reptilium-adrenochromacy?fbclid=IwAR3mQiBqH-HFePj2K1w3WrzchVjL2mABPa-drsZ2slIrmbxKotYt1qe3r6g


Ah, effectivement : la pochette est terrible !!


merci pour ton report
Je n'ai pas pû me déplacer pour cette affiche monstrueuse, ce qui rend la lecture douce et cruelle à la fois.


Un produit plastique crée de toutes pièces, sasns identité ni âme. Merci Nuclear Blast de cracher sur le patrimoine.


Seul le premier album était excellent, les 2 autres dont celui-ci de moins en moins bons.