Il y a des groupes et des musiciens au parcours si riche et chaotique, qu’on s’étonne presque de les retrouver un jour, par hasard. C’est le cas de George Lynch, fameux médiator au sein de DOKKEN, mais surtout, parmi la foule de LYNCH MOB, assemblée qui porte son nom depuis le split du groupe de Don dans les années 80. Un premier album assez respecté, Wicked Sensation en 1990, un second éponyme d’aussi bonne qualité mais publié dans l’indifférence quasi générale deux ans plus tard, puis une séparation, une réunion, et des œuvres se succédant pour le plus grand plaisir des fans, et le désintérêt des autres, qui de toutes façons n’ont jamais aimé son style. Et pourtant, le beau George reste l’un des guitaristes les plus emblématiques d’une décade démonstrative, lui qui a toujours voulu son jeu plus incisif que flashy. Au sein de DOKKEN, ses soli faisaient merveille, et ses riffs tranchaient dans le vif. L’habitude n’a pas été perdue chez LYNCH MOB, puisqu’on retrouve cette même propension à ne choisir que les attaques les plus directes, et les envolées personnelles les plus pertinentes.

Il n’empêche. Vingt-huit ans de carrière, huit LP, pas mal de EP et des tournées, un line-up à géométrie variable, pour un nouveau venu qui va essayer de prendre sa place à table. Et qui n’aura pas à jouer des coudes pour ce faire, puisque ses qualités naturelles lui garantiront une assise centrale. Oui, The Brotherhood sans surprises fait partie des meilleures réalisations du MOB, mais aussi de Lynch. C’est un disque brut, honnête, animé par une cohésion globale patente, et qui rejaillit de compositions solides et volubiles. Une réussite, mais qui risque de prendre à revers bien des die-hard qui auront du mal à se faire à son orientation plus sombre que d’ordinaire.

Nouvel album, et nouveau combo. Si l’on retrouve avec grand plaisir le vocaliste historique Oni Logan derrière le micro, la basse est aujourd’hui prise en charge par l’excellent Sean McNabb (QUIET RIOT, DOKKEN, HOUSE OF LORDS), tandis que la batterie est tannée par le non moins fameux Jimmy D’Anda (BULLET BOYS). Ce qui nous donne donc une belle brochette de mercenaires, qui pourtant semblent se considérer comme une vraie famille, d’où le titre de ce nouvel effort, qui en fait beaucoup pour séduire un public large, avide de méchantes sensations Rock et bluesy. Produit de curseur de maître par Chris “The Wizard” Collier (LYNCH MOB, FLOTSAM AND JETSAM, PRONG), The Brotherhood est selon son chanteur « plus aventureux dans le son, peut-être plus sombre, et plus froid que d’ordinaire ». C’est en partie vrai, mais inévitablement faux ici, puisqu’on y trouve parmi les douze nouvelles chansons de quoi réchauffer bien des amoureux des flambées Hard-Rock du début des années 90, auxquelles cet album semble presque prêter allégeance sans en avoir l’air.

Gros son certes, mais grosse inspiration. Non que le disque en lui-même représente une révolution pour un groupe qui a trouvé son style il y a déjà fort longtemps, mais force est de reconnaître que l’ensemble dégage une formidable impression de collaboration en fusion, et que les thèmes retenus font partie des contributions les plus solides du groupe. Inutile donc d’attendre une redite de Rebel, même si l’ADN de George est commun à tous ses travaux. Ici, on revient dans le giron d’un énorme Hard-Rock à la Coverdale, la hargne en plus, et l’âme sombre en bandoulière. Etrange pour un album censé célébrer l’amitié et la fidélité, d’années passées sur la route et en studio à composer…

On pense même parfois à une version décomplexée des BLACK COUNTRY COMMUNION, tant le timbre velouté d’Oni a gagné en gravité (« Where We Started », superbe de majesté), mais en fait, on n’a pas vraiment le temps de penser à grand-chose, puisque le quatuor nous saute à la gorge dès le très Zeppelinien « Main Offender », qui se range du côté des hymnes définitifs de Lynch & co. La six-cordes du maître rumine de rage, et lâche des riffs aiguisés et acérés, sur une modalité assez sombre et plus volontiers symptomatique du retour de flamme agressif des nineties que du paraître de la décennie précédente. Pas vraiment grungy, mais définitivement hungry, ce huitième album semble marquer un retour aux sources, non celles de George, mais celles plus fondamentales d’un Rock de saison, qui commence à se couvrir pour supporter le froid. Les soli sont évidemment ciselés, mais gardent cette patte spontanée qui permet d’apprécier les titres comme une jam de studio, ce qui confère un aspect presque live et en tout cas brut, que Chris Collier a bien su restituer. Les basses sont rondes mais restent abrasives, la guitare est sauvage mais contenue, et la batterie bénéficie d’une instantanéité qui lui permet de ne pas perdre ses hits dans l’écho. Oni profite d’un mixage qui met ses qualités en avant sans l’imposer, ce qui aboutit à un équilibre en phase avec l’intitulé et le concept. Groove impeccable qui froisse les chemises sans laisser de traces de rouge à lèvres un peu trop Glam (« Mr. Jekyll and Hyde », wild and raw), déliés cool proches d’un Classic Rock bien charnu (« Last Call Lady », qu’on aurait aimé trouver sur un LP des DOKKEN ou des BULLET BOYS), énormes poussées de fièvre qui une fois de plus suggèrent que LED ZEP n’a pas été totalement oublié (« Dog Town Mystics », belle montée en puissance qui laisse en transe), et une bonne heure de musique en bonne compagnie, pour une virée virile sur les highway

Avec des durées étendues et une inspiration qui sent le vécu, LYNCH MOB nous entraîne dans son propre road-trip, qui pour beaucoup aura l’allure d’un résumé de carrière repu. On frôle souvent les cinq minutes de carnet de voyage, même si aucun remplissage n’est à déplorer. Le cœur est sombre, mais les émotions partagées entre fidèles aimés, via un torrent de décibels embrumés (« Black Heart Days », et son riff gluant comme une étreinte sous le néant), alors mêmes que les sifflantes rugissent dans un déferlement de vice (« Until The Sky Comes Down », et sa basse plombée qui sinue en piqué). Mais la sensibilité n’est pas pour autant laissée de côté, et « Miles Away » d’en explorer la sincérité de quelques accents poignants, pour une alliance assez étrange entre un ALICE IN CHAINS apaisé et un DOKKEN apeuré. Le LP se termine même par un bonus assez décalé et tapé du pied, via ce bizarre « Until I Get My Gold », qui vocalise en écho, et qui slide dans le rétro.

Beaucoup ayant tendu l’oreille sur cette dernière offrande n’ont pas hésité à affirmer que The Brotherhood se classe naturellement « meilleur album » d’un groupe qui en a pourtant osé une certaine quantité. Je pourrais nuancer leur enthousiasme débridé, et je vais pourtant abonder dans leur sens, tant le LYNCH MOB 2017 respire la jouer de jouer et l’urgence de retrouver les planches. Douze morceaux pour soixante minutes de Hard-Rock simple mais joué avec les tripes, et qui exhale un doux parfum d’union entre des musiciens qui à leur âge, savent ce qui leur convient bien. Joli retour en force, pour un groupe un peu trop cantonné dans l’ombre, qui finit par s’en servir pour s’exposer à une lumière amplement méritée.


Titres de l'album:

  1. Main Offender
  2. Mr. Jekyll and Hyde
  3. I'll Take Miami
  4. Last Call Lady
  5. Where We Started
  6. The Forgotten Maiden's Pearl
  7. Until the Sky Comes Down
  8. Black Heart Days
  9. Black Mountain
  10. Dog Town Mystics
  11. Miles Away
  12. Until I Get My Gold

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par mortne2001 le 21/09/2017 à 18:38
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