Palace For The Insane

Shrapnel

15/05/2020

Candlelight Records

SHRAPNEL avec son troisième album prouve deux choses : que les têtes d’affiche du Thrash ont gravement perdu du terrain sur leurs élèves nostalgiques, et que l’Angleterre est soudainement capable de défier l’Allemagne et les Etats-Unis sur leur propre terrain. Il est difficile de croire en écoutant Palace For The Insane que les originaires de Norwich ont connu de graves problèmes de line-up, tant ce LP respire la cohésion et l’osmose. Après avoir perdu, puis retrouvé leur batteur d’origine, Chris Williams, et s’être séparés de leur frontman historique Joe Hadley, ainsi que de leur bassiste Cai Beschorner, les anglais semblaient dans une très mauvaise posture au moment de négocier ce virage en épingle qu’est le troisième album. Mais parfois le destin s’en mêle, et rappelle à l’ordre votre bonne étoile, et c’est certainement elle qui a permis l’intégration de l’ex-TEREBOS et ex-SATHAMEL Aarran Jacky Tucker. Officiant désormais au double poste de bassiste et chanteur, la nouvelle recrue s’est à ce point intégré qu’on a le sentiment qu’elle a toujours fait partie de l’équipe, transformant le pari risqué de Palace For The Insane en réussite absolue. Le challenge n’a pas échappé à Candlelight Records qui met le paquet en termes de promotion pour défendre cette tuerie, chose logique au jugé de ses innombrables qualités et des échos plus que positifs obtenus dans la presse. Ce qui me permet de revenir à mon argument de départ, et de comparer la dernière œuvre de SHRAPNEL aux dernières offrandes des TESTAMENT, OVERKILL ou DESTRUCTION. Alors que ces derniers peinent toujours à retrouver la magie de leur âge d’or, la nouvelle génération dont font partie les anglais n’a aucun souci à réactiver la flamme Thrash qui brûle toujours en nous, sans pour autant faire appel à des astuces datées ou éprouvées.

Certes, le Thrash des anglais sent bon les années 80, EXODUS, DESTRUCTION, mais aussi la relève plus récente des HAVOK, TOXIC HOLOCAUST, WARBRINGER, et une poignée d’autres. En faisant le lien entre le Thrash historique et ses attentes actuelles, le désormais quatuor nous livre sur un plateau de clous une musique puissante, profonde, rapide, efficace, travaillant sa partition pour fignoler le moindre détail et arrangement. On sent que le groupe est prêt à en découdre et déborde de hargne dès « Might Of Cygnus », qui en six minutes aligne les riffs homériques et les accélérations symptomatiques. Singeant la fluidité abrupte de VIO-LENCE pour l’insérer dans un savoir-faire typiquement EXODUS, et corsant le tout d’une animosité typiquement germaine, SHRAPNEL frappe très fort, circulaire, terre-à-terre, et nous assomme d’un uppercut tel qu’on n’en avait plus entendu depuis « The Last Act Of Defiance » ou « Eternal Nightmare ». L’équilibre entre la pugnacité allemande et la facilité américaine est ici si parfait qu’on se prend à considérer l’Angleterre comme l’équidistance absolue entre les deux pays, et grâce à cette entame de qualité, les musiciens replacent la perfide Albion sur l’échiquier mondial de la brutalité. Alors que dans les années 80, les enfants de Maggie peinaient à sonner crédible, nous pondant un SABBAT pour accoucher sous péridurale d’un SLAMMER ou d’un ACID REIGN, les années 2000 ont vu les musiciens nationaux reprendre du poil de la bête pour pouvoir tutoyer leurs homologues. Mais cette mise en jambes, aussi détonante soit-elle ne représente pas la quintessence d’un album qui a beaucoup à dire, juste son prologue. Et la suite est tout aussi délicieuse et tonitruante.

En jouant avec les tempi et les ambiances, Palace For The Insane étonne de son professionnalisme et de sa variété. Il représente, quelques jours après sa sortie le sommet de la jeune carrière d’un groupe qu’on pressentait capable du meilleur, et dépasse même les espérances les plus folles. En tâtant de tout le terrain que le Thrash a pu défricher en presque quarante ans, il foule du pied la lourdeur la plus oppressante avec force dissonances et mélodies amères (« Begin Again », le titre que TESTAMENT et DESTRUCTION essaient en vain d‘écrire à nouveau depuis vingt ans), avant de cavaler de toute sa vélocité vers une apocalypse programmée (« Bury Me Alive » archétype de la fast-song qui écrase tout sur son passage sans chercher l’originalité). Avec un nouveau vocaliste si à l’aise dans ses baskets qu’on a le sentiment qu’il fait ça depuis ses cinq ans, une paire de guitaristes originels à l’envie décuplée et l’ambition retrouvée (Nathan Sadd et Chris Martin, qui riffent comme des pistoléros et qui soloïsent comme des héros), un batteur qui se prend pour le fils spirituel de Dave Lombardo et Tom Hunting, SHRAPNEL présente le visage le plus séduisant et agressif qui soit, et signe l’album revival de cette année 2020. Malgré ses cinquante minutes bien tapées et ses douze morceaux, Palace For The Insane et son titre à la ANNIHILATOR ne laisse jamais retomber la pression, et nous bouscule constamment de son entrechoquement de plans, avec une basse prépondérante qui ne se contente pas de doubler bêtement la batterie. Avec un mid tempo aussi teigneux que « Turn Off The Lights », le groupe s’assure une place aux côtés du hit « Toxic Waltz » d’EXODUS, alors que « Infernal Choir » privilégie une fois encore la vélocité la plus crue. Chris Williams complètement déchaîné truffe son jeu de fills diaboliques, rappelant l’énergie de tous les diables des meilleurs percussionnistes du cru, alors que les harangues vocales de Tucker n’ont de cesse de nous baver sur les rouleaux.

Difficile de faire son marché face à cet étal de morceaux de qualité, qui combinent technique et efficacité. La batterie rouleau-compresseur, les guitares en hachoir industriel, le chant en logorrhée de syndicaliste en campagne, la production soignée aux petits oignons, tout est fait pour que le client en prenne plein les oreilles. D’ailleurs, le groupe avoue lui-même sa nature profonde, en signant l’aveu « Violent Now, Forever », qui après une intro démente de volume calme le jeu, mais densifie la méchanceté, notamment grâce à ces chœurs légèrement Hardcore. Ne restait plus aux anglais qu’à composer un hymne définitif, ce qu’ils ont fait en épilogue avec un « Palace For The Insane » qui termine la fête dans une orgie de décibels et de cris, résumant dix ans de Thrash historique remis au goût d’une époque qui n’en a pas mangé assez. Bien au-dessus de la mêlée, SHRAPNEL s’impose avec ce troisième album comme une nouvelle référence old-school, laissant ses influences loin derrière. Pas la moindre des revanches pour l’Angleterre, considérée à juste titre pendant des années comme le cousin attardé du genre.      

 

Titres de l’album :

01. Might Of Cygnus

02. Salt The Earth

03. Vultures Circle

04. Cannibal

05. Begin Again

06. Bury Me Alive

07. Turn Off The Lights

08. Infernal Choir

09. The Mace

10. Violent Now, Forever

11. Future Sight

12. Palace For The Insane


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par mortne2001 le 17/06/2020 à 17:36
90 %    307

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


mouai
@78.192.38.132
17/06/2020, 23:48:48
Plutôt moderne que Old School.

LeMoustre
@93.4.16.166
23/06/2020, 18:35:46
Oui, je préfère leur premier disque, bien plus authentique.

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