Je vous vois venir, en me traitant de trainard pour chroniquer un album plus d’un an après sa sortie. Je vous concède que j’aurais pu m’attarder sur la chose plus en amont dans le temps, mais on ne fait pas toujours ce qu’on veut. Le principal est d’avoir pu découvrir tôt ou tard ce premier album des Béthunois d’OVERDRIVERS, dont le nom doit certainement vous mettre sur la piste d’un son…Alors, Rock N’Roll ou pas cette affaire ? Diantre, fichtre, mais bien sûr, comment pourrait-il en être autrement avec un artwork aussi flamboyant et un baptême aussi clairement avouant ! Non, pas de surprises, les nordistes nous refont donc le coup du binaire bien groovy, comme leurs aînés d’AC/DC dont ils empruntent une bonne partie du vocable musical…Les frères Young évidemment, mais aussi les frangins O'Keeffe, qui de leur Australie aussi n’ont pas du tomber dans l’oreille de sourds frenchies, bien décidés à apporter leur contribution à la cause boogie. Alors, des références, évidentes, mais aussi une grosse dose de feeling qui ne cherche aucunement la complication inutile, mais ne vous prend pas pour autant pour de gros débiles. Si l’influence de galettes comme Dirty Deeds Done Dirt Cheap, Powerage, ou Runnin’ Wild sont incontestables, le jeu du quatuor (Adrien Desquirez – chant/rythmique, Anthony Clay – lead/chœurs, Sebastien Lorquet – basse/chœurs et Florian Morgano – batterie) n’en reste pas moins personnel, malgré une utilisation d’accords et de progressions bluesy passée à la postérité d’Australie.

Le duo de guitares est électriquement savoureux, et si les accents dans les cordes vocales d’Adrien ne manqueront pas de vibrer à la santé de Bon et Brian, on retrouve aussi les écorchements de chat enragé d’un certain Pascal Bailly, ex-leader d’un SQUEALER, qui lui aussi fricotait avec la chaleur australe…

Dix morceaux, moins de quarante minutes, le timing est parfait, et malgré une autoproduction maison, un son qui éclabousse bien les moignons. Des médiums hargneux, une basse subtilement ronflante, un kit qui cogne et tonne mais jamais ne détonne, et des soli striés d’éclairs, de ceux qui vous collent à la terre en quelques notes pleines de flair. Beaucoup de chœurs évidemment, souvent placés au bon moment (« She Hides A Big Packet », drôle et paillard, mais hymne pour les fêtards), largement collégiaux et témoignant d’un vif allant (« Rockin’ Hell », si ça n’est pas une raison de trépider comme un dément, je veux bien y laisser mes dernières dents), pour un ensemble bien dans ses pompes, qui s’inspire, mais jamais ne pompe. Rime facile pour rondelle juvénile, qui nous replonge dans notre adolescence bercée de décibels et de musique rebelle, célébrant les joies de la route, des répètes avec ou sans casse-croute, des bières qui enivrent coûte que coûte, et des demoiselles aux charmes qui animent les joutes. A propos de tournoi, gageons que le chevalier Anthony Clay aurait de quoi faire valser des adversaires six-cordistes chevronnés, tant ses interventions font mouche sans en rajouter (« Hard Rock Hard Life Hard Night », simple, mais dont la partie en solitaire dynamise le break en un éclair). Vous l’avez compris, l’osmose entre les potes est tangible, ce qui leur permet de revisiter un répertoire torride sans prendre une ride, mais en prenant le temps de blueser pour mieux nous faire chavirer (« Hot Driver », six minutes résonnant d’un mélange entre la belle Alannah Myles d’antan et le DC le plus inquiétant). Pas de grosse déviance à attendre, mais là n’est pas l’objectif, le seul étant de vous faire atteindre la lune, à grands coups de rythmique opportune (« Dirty Girls Island », celui qui reste de marbre mérite de tomber de l’arbre…).

De là, de ci, pas grand-chose à critiquer pour peu que la démarche soit appréciée. Esthètes de la complexité, maniaques de l’alambiqué, passez votre chemin, ici on joue simple et serein. Les hymnes glissent donc sur les courbes d’une groupie alanguie, et le quatuor en rajoute histoire d’être définitivement banni des ligues de vertu de cul-bénis. Certains reprocheront un machisme un peu exacerbé, et des textes volontiers en dessous d’une ceinture dégrafée, mais c’est le but du jeu, et beaucoup aiment encore le jouer au second degré. D’autant plus que les mots les plus crus ont le mérite de se poser sur une partition touffue, qui parfois s’égare au son d’une distorsion ventrue (« Rock Your Life »), que les AIRBOURNE envieraient d’un regard goulu. Enregistré au Hangar à Sons à Cambrai, avec Bertrand Charlet et Thierry Farasse, ce premier LP n’a pas grand-chose à envier aux pierres angulaires d’un genre éprouvé par les années, si ce n’est qu’il arrive quelques décennies après. Rockin’ Hell est donc une image sonore fidèle de son titre, et doit encore plus s’apprécier live, conclusion tirée des quelques avis grappillés sur un net enchanté d’avoir croisé les quatre mousquetaires Rock sur le plancher. Des vaches bien sûr, qui regarderaient passer leur train en louchant sévère (« Bertha Rottenfold », la grosse Bertha, mais c’est bien sûr, avec elle une bataille est toujours gagnée à la dure), et qui finiraient par faire cailler leur lait sous les soubresauts d’un binaire enragé (« Girls Gone Wild », ou comment transformer la piscine d’un Spring break en jacuzzi à turbines).

Et l’album se termine donc presque comme il avait commencé, d’une puissance énervée et d’un groove déchaîné (« Limbs Of Rock'N'Roll », de beaux restes quand même pour un style qui double sa mise depuis les fifties), avec un petit salut du poing aux frères Gibbons (et un clin d’œil au père Paul PERSONNE pour ce solo qui sonne…), comme quoi, toute cette affaire en est une de gènes qu’on partage sans gêne…Quoiqu’il en soit, les OVERDRIVERS avec Rockin’ Hell ont frappé un grand coup dans les poubelles pour prouver que le Rock n’est pas qu’une simple affaire de crétins qui bêlent. Et ils ont signé l’année dernière une rondelle qui a dû leur faire la vie belle sur les routes d’un enfer musical pavé d’intentions en brûlant deux ou trois salles de leur binaire béton.

Un disque qui se vit plus qu’il ne s’écoute, et qui mérite encore, un an plus tard, une attention de scout. Alors plongez dans cette lave Rock en fusion, mais vous en ressortirez avec un bronzage de saison !


Titres de l'album:

  1. Rockin' Hell
  2. Bertha Rottenfold
  3. She Hides a Big Packet
  4. Hard Rock Hard Life Hard Night
  5. Hot Driver
  6. Dirty Girls Island
  7. Big Mary
  8. Rock Your Life
  9. Girls Gone Wild
  10. Limbs Of Rock'N'Roll

Site officiel


par mortne2001 le 13/09/2017 à 14:18
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C'est plutôt bien foutu mais la thématique me laisse perplexe. Black et médieval, yep, mais figure chrétienne telle que la Jeanne… Quoique, cette période est étroitement liée à la chrétienté en Europe… Merde. M'enfin ça me laisse perplexe quand même.


Première phrase admirable, Humungus.
M'en vais essayer, tiens.


J'ai acheté l'album. Tous les morceaux sont dans la même veine. C'est ultra massif et cohérent avec des riffs simples mais accrocheurs et pas ennuyeux (en tous cas, chez moi ça tourne en boucle et je ne m'en lasse pas).


@Grinder : bien sûr ! Après ça serait moins exotique et original forcément... et certainement plus difficile aussi.
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Effectivement, la chanson en écoute est excellente.
Avec un soupçon de Bolt thrower et Goatess?


Ca te dirait pas un "J'irai mosher chez vous en Suède / Norvège / Finlande" ?


Thanks ! Ca permet de voyager en ces temps compliqués ;-)


Bon, ben moi quand on me dit qu'un groupe est hautement inspiré par la bande à Tom G. Warrior, bah je fonce tête la première.
Et bien pas déçu pour deux sous bon dieu de dieu !!!
Pure merveille que voilà !!!
Merci mortne2001.


Je suis également Trepalium depuis longtemps, le premier album. Il ne faut pas oublier l'EP sorti en 2015 et renommé "Damballa's Voodoo Doll", ultime enregistrement avec Kéké qui replongeait puissamment dans l'instrumentation Jazzy. J'ai la franche impression que depuis huit ans le groupe est d(...)