(Conversation chez un disquaire de province, circa 1987/1988. Deux amis en goguette traquant la bonne affaire).

« T’as maté le rayon des nouveautés ? »

« Que dalle, pas plus qu’hier ».

(Soudain, le préposé aux commandes s’approche dudit rayon, et y dépose une nouvelle galette).

« Attends, il a mis quoi l’autre ? »

« Mate la pochette bordel ? Ça tue ça non ? »

« C’est quoi ? COVENTRATE ? Connaît pas ce machin, mais ça à l’air d’envoyer le pâté. Mexique, t-shirt OVERKILL, bonnes dégaines, vas-y on écoute ».

(Silence religieux. Le préposé aux commandes s’amuse soudain de leur air interloqué et de leurs cheveux qui commencent à s’envoler)

(Voix qui évidemment couvrent les décibels produits par la musique qui assourdissent le préposé aux commandes, et qui effraient les clients venus se procurer le dernier 45t de Mylène Farmer ou l’album de Michel Sardou)

« Bordel, c’est mieux que TESTAMENT !!! C’est monstrueux, presque autant que SLAYER ta mère sa race !!! »

« Vas-y ça ressemble quand même méchamment à The Legacy non ? »

« Bah justement, c’est plutôt bon signe non ? Tu me files un figolu ? »

Cette conversation n’a évidemment jamais eu lieu, mais elle aurait pu. Elle n’a pu exister puisque les COVENTRATE ne se sont formés qu’en 2014, après avoir sévi deux ans sous pavillon CANNON FODDER, et que nos deux amis imaginaires du jour n’auraient donc pas pu écouter leur second album il y a trente ans. Mais si d’aventure, ce LP avait vu le jour quelques décennies auparavant, j’aurais pu avoir cet échange avec un ami thrasheur de l’époque, certainement aussi séduit que moi par cette énergie dantesque et cette créativité dans la nostalgie. Autant jouer la franchise, après plus de dix ans passés à soutenir la cause old-school, j’ai besoin de temps en temps de savoir pourquoi je continue ce combat, et des œuvres de la trempe de Roots of all Evil sont justement le carburant de l’âme et des oreilles qu’il me faut. Ces cinq originaires de Monterrey, Mexique, après un prometteur Cannon Fodder en 2015 confirment donc tout le bien que l’underground commençait à penser d’eux, et se hissent au niveau des plus grands héros de la vague vintage, en moins de quarante minutes, neuf morceaux, mais une intensité à faire pâlir les cadors des années 80. Et ma comparaison avec le TESTAMENT de The Legacy était tout sauf fortuite, puisqu’on retrouve au menu de ce second chapitre les mêmes éléments bénéfiques/maléfiques, ces rythmiques au cordeau, ces soli au biseau, ces riffs au marteau et cette voix volubile, virile comme celle de Chuck dans les graves, et joliment hystérique et lyrique dans les aigus comme David Wayne. Mais avec un hymne en introduction de l’envergure de « Thrashing of the People », nous étions prévenus, et de la meilleure des façons. Ce quintette (Milton "Messiah" Helaman - batterie, Pedro "Peter" King - lead, Leo "Yujiro" Uvalle - basse, Ramon "Waste" Fraustro - rythmique et Michael X "La Metralladora Estilson" - chant) n’est pas revenu pour jouer les seconds rôles ou amuser la galerie, mais bien pour nous faire remuer de la perruque jusqu’au bout de la nuit.

Mais diantre, mais fichtre, plus nourrissant que douze douzaines d’huîtres, plus décoiffant qu’une tempête au levant, plus épais qu’un glaviot en été, Roots of all Evil est une véritable déclaration d’intention mise en musique, et certainement l’un des plus beaux hommages à la vague Speed/Thrash US des glorieuses eighties. En citant quelques influences possibles et variées (RIOT DISASTER, SLAYER, SARGENT, GRINDHOLE, MUNICIPAL WASTE DESTRUCTION, JUDAS PRIEST, MISFITS, DANZIG, URIAH HEEP, VENOM, DARKTHRONE), les mexicains ne balisent pas trop le terrain, eux justement qui peuvent tout autant se réclamer de la mouvance Speed allemande que de l’offrande purement Thrash américaine et gourmande, et qui sont capables d’alterner le meilleur et le meilleur, singeant les DESTRUCTION en leur damant le pion (« Speed Metal Command », au même niveau que « Mad Butcher » ou « Eternal Ban », avec la folie des LIVING DEATH en plus, ça en dit long…), ou imitant les METAL CHURCH en boostant leur puissance d’une aisance à la DEATH ANGEL. Les meilleures références vous viendront à l’esprit en vous cramant les tympans sur cette déflagration de printemps, et même si trente-huit minutes restent un timing tout à fait raisonnable, aucune faute de goût à déplorer sur cette démonstration de style. Deux guitaristes qui ne s’en laissent pas riffer, une section rythmique ajustée et excitée, et un chanteur capable de s’adapter à tous les registres, tapant dans le Heavy pour mieux s’envoler en opératique, mixant le Rob, le Chuck, le James, le Tom, le Paul et le David pour nous bloquer le marteau et l’enclume dans un inextricable nœud de vocalises damnées, tel est le constat des forces en présence, et ce second LP n’en manque pas, bien au contraire. Il pourrait d’ailleurs en refiler à deux ou trois confrères moins inspirés qui pensent encore qu’un bon break mosh suffit à satisfaire les plus affamés.

Et après avoir goulument avalé ces neuf morceaux d’un trait, pour mieux les re-déguster, j’ai franchement du mal à faire mon choix dans ce panier plus que garni, au moment de désigner les plus frais. « The Dictator » mélange le mid et l’up tempo, balance des chœurs à gogo, « Maskarade » se la joue plus contemporain mais abuse des sifflantes comme la loco d’un train, « Brainless Consumer » ne fait pas de quartier en associant la rythmique speed et le chant presque Death, alors que le final homérique « Roots of all Evil » reprend à son compte le meilleur des années 80 pour mieux supporter le nouveau siècle. Le genre d’album sur lequel tous les thrasheurs de 1987/1988 se seraient jetés sans le regretter, et qui aurait sans doute déclenché des conversations passionnées au lycée pendant la récré. COVENTRATE vient donc de sortir un gros pavé, qui nous renvoie au plaisir de l’adolescence, repensant à ces heures passées chez le disquaire du quartier, à attendre que le préposé aux commandes se décide à nous rassasier.

   

Titres de l’album :

                           1.Thrashing of the People

                           2.Apocriphal Dream

                           3.M.O.A.B (Mother of all Bombs)

                           4.The Dictator

                           5.Maskarade

                           6.Brainless Consumer

                           7.Speed Metal Command

                           8.Distopic Paradise

                           9.Roots of all Evil

Facebook officiel


par mortne2001 le 19/06/2019 à 16:59
90 %    142

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


Buck Dancer
@79.87.138.218
20/06/2019 à 21:36:13
Avec une pochette comme ça, ça ne pouvait venir que de ce coin là du globe ! La musique sympa mais pas pour moi ce trip old-school, par contre je veux bien un figolu aussi.

Simony
membre enregistré
20/06/2019 à 22:02:44
"Tu me files un figolu", j'imagine le groupe qui met ça dans Google Traduction pour savoir qu'est-ce que peut bien raconter mortne2001 sur leur album...

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Très belle pochette.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


Excellente nouvelle


Arrêtez, merde, je me prends un sale coup de vieux à cause de vous ! ^^


Il était meilleur dans VIO-LENCE, c'est clair...


Achat obligatoire !! Même si je l'ai en vinyle d'époque, hé, hé...


AH AH AH !!!
Superbe vanne de quarantenaires effectivement...


Buck Dancer + 1.


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