Sein

Welk

08/06/2017

Bharal Tapes

Qu’en est-il de l’état des lieux des forces Post Black/Screamo/Blackgaze en Allemagne ? Une liste de noms bien évidemment, les industries nationales tournant à plein régime sur tous les fronts extrêmes, mais si nous pouvons résolument en citer quelques-uns, dont FORLATT, CIRCSENA, ARKUUM, WUNSCH ou TRAUTONIST, il semblerait que la nouvelle génération ne s’en laisse pas compter, et exprime ses points de vue avec force et pertinence.

Inutile pour cela de se livrer à une enquête trop poussée en terrain germain, puisque le sort a voulu que je tombe sur un exemple fort probant de jeune combo aux dents longues, qui cultive l’art du mystère et de l’esthétisme avec un parti pris assez admirable.

WELK est donc un groupe nous venant de Leipzig, qui se plait à mettre la musique en avant par rapport à ses individualités, ce qui est toujours une attitude noble, et qui suggère une volonté artistique assez intéressante. Les musiciens tiennent d’ailleurs à garder un certain hermétisme par rapport à leur image, que ce soit sur leur site officiel ou leur page Facebook, assez avares en renseignements.

A en juger par les quelques photos promo, il semblerait que la formation en quintette soit l’option la plus fiable, mais si l’on se concentre sur leur seule musique récente (absente d’ailleurs de leur Bandcamp, étrangement), il est évident que leur second EP, Sein, fera bientôt partie du peloton de tête de la vague de Néo Post Black allemand, flirtant d’ailleurs sévèrement avec le Blackgaze et le Post Screamo.

Mais peu importent les étiquettes, seules les sensations comptent. D’ailleurs, les WELK se gardent bien de citer des influences, et se contentent de parler de leur approche de façon poétique, en se préservant de toute précision trop ciblée.

On apprend donc avant même d’avoir posé les oreilles sur la moindre des pistes du successeur à My Heart Has No Home (publié en 2013) qu’ils proposent une musique rapide, lente, sombre et adorable, dans un jeu de contradictions mettant en exergue leurs multiples facettes, aussi antinomiques que complémentaires.

On connaît la règle du jeu en usage dans le Post Black et le Post Metal, cette alternance de violence abrupte et de mélancolie débordant de spleen, mais autant avouer que les allemands poussent cette dualité à son paroxysme via Sein. En six morceaux et un peu moins d’une demi-heure, les musiciens utilisent toute la palette monochrome pour nous suggérer des humeurs, sans toutefois tomber dans les pièges tenaces des figures imposées. Certes, le propos n’est pas foncièrement novateur, les accès de puissance assez fulgurants sont toutefois gardés sous maîtrise, et les mélodies ne se montrent pas toujours audacieuses, mais le bel équilibre entre les courants reste séduisant, d’autant plus qu’ils n’ont pas trop fragmenté ou compartimenté leur vision.     

Ne vous attendez donc pas à des séquences différentes au gré du tracklisting, les éléments ont été amalgamés avant d’être redistribués en chansons, ce qui aboutit à une homogénéité globale appréciable, assez éloignée de certains canons du style.  

Pas vraiment de morceau délibérément Ambient, jouant la rixe avec des titres ouvertement BM, mais plutôt une moyenne d’attaque qui consiste à tempérer les ardeurs tout en les laissant s’exprimer au travers de breaks soudains ou plutôt bien amenés.

Bien sûr, l’ouverture cruelle de « Urne » se porte presque en faux de cette théorie, et attaque les sens sans attente, d’un flot de blasts affolants, soutenant un riff norvégien ténu et un chant écorché fourbu.

La vitesse ne s’impose que sur quelques secondes, avant que le groupe ne sacrifie l’affolement à l’intensité, et la mélodie principale se taille un chemin au premier plan, pour finir par provoquer le silence d’arpèges délicats égrenés avec résignation.

Pas de variation entre hurlements et chant clair, et quelques dissonances s’invitent même à la non fête via « Sonne », qui loin d’apporter le confort du soleil, nous brûle de son Post Hardcore propre à donner des rougeurs à UNSANE.

Mais les WELK se montrent surtout à l’aise avec les constructions mouvantes et évolutives, comme le démontre le surprenant « Statue », qui fait le chemin à l’envers et commence dans la douceur pour progresser vers le malheur.

Entame en crescendo qui explose d’une rage BM irradiante, avant une belle transition en Chaotic Core suintant de perversion harmonique et rythmique, nous menant directement à un final d’ambiance qui finit lui aussi par déborder sur le Black abrasif et puriste.

Seule exception à cette règle, l’interlude « Asche », qui ose la décalque d’un NEUROSIS d’intro, mais qui offre une accalmie bienvenue dans ce déluge de haine et de rancœur.

« Ruhe », dans son genre casse aussi le moule et évite la lancinance d’un cheminement trop évident, et évite toute affiliation BM trop marquée pour oser un Post Metal à la ALCEST/DEAFHEAVEN en version moins typée, avant que le long final « Schlaf » ne faille à sa mission pour nous réveiller au lieu de nous endormir.

On tombe à ce moment-là dans un état cataleptique digne d’un Sludge/Doom aux proportions dantesques, qui se permet même de toiser les meilleures références du genre, à peine perturbé par quelques clignements des yeux durant des breaks tentant une rythmique moins pesante.

Le chant n’a pas dévié d’un iota de sa trajectoire crépusculaire, les guitares se sont livrées à une véritable récitation de toutes les philosophies Post possibles, tandis que le duo basse/batterie s’est réjoui de cette bipolarité générale.

Une belle démonstration en format court, qui nous laisse espérer de tristes mais heureux lendemains pour la scène Post BM/Post Hardcore/Post Metal allemande, qui nous envoie donc un de ses meilleurs représentants défendre la cause.

A noter que l’EP est disponible dans une superbe version CDr, avec pochette en sérigraphie reproduisant une sublime photo parfaitement en adéquation avec son contenu. Version physique disponible via Bharal Tapes, sur Facebook ou leur site officiel.


Titres de l'album:

  1. Urne
  2. Sonne
  3. Statue
  4. Asche
  5. Ruhe
  6. Schalf

Site officiel


par mortne2001 le 06/07/2017 à 14:05
75 %    545

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Mood Swings

mortne2001 02/06/2020

Wintersun

JérémBVL 01/06/2020

Songs For Insects

mortne2001 30/05/2020

Solstice

mortne2001 28/05/2020

The Triumph Of Steel

JérémBVL 27/05/2020

The Gathering 2006

RBD 26/05/2020

End Of Society's Sanity

mortne2001 25/05/2020

Dusk...And Her Embrace

JérémBVL 25/05/2020

Indecent & Obscene

Baxter 23/05/2020

Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
JérémBVL

Excellente chronique pour un excellent album !

03/06/2020, 18:17

Simony

Par contre l'entrée sur scène toutes lumières allumées, un petit jam et une reprise c'est assez original. Malgré tout, ça reste un groupe qui a souvent tenté des choses pour proposer un truc en plus à son public.
Après perso, j'adore Load, peut-être aussi parce que c'est le 1° METAL(...)

03/06/2020, 14:48

Jus de cadavre

D'autant plus que c'est pas mal du tout je trouve ! Et je plussoi totalement pour Global Metal, c'est un très bon docu. Bien mieux que son premier et plus connu Voyage au coeur de la bête pour moi.

03/06/2020, 14:21

Wildben

Excellent!
Super découverte, d'autant que le reste de la discographie a l'air au niveau. Le traitement des voix me rappelle parfois également Anacrusis.

03/06/2020, 14:03

Hair-dressing Curiosity

La triste époque des nuques rases, avec cette impression de reniement complet de leur ADN dans le look et le son. Je trouve ça pénible à regarder, comme de vieilles photos qu'on ressort de la boite pour mieux vouloir les replanquer sous la pile.

C'est très curieux que James ait ens(...)

03/06/2020, 13:30

Grinding Velocity

Ca me fait toujours délirer ce genre de groupe totalement exotique venu du trou du cul du monde. :-)
Et là je repense au très bon docu de Sam Dunn, "Global Metal".
Cette musique s'est VRAIMENT mondialisée.

03/06/2020, 12:34

Wildben

Les extraits témoignent effectivement d'uns (grosse) influence Death Angel (période Act III) mais ce n'est pa pour me déplaire.
A suivre...

02/06/2020, 11:11

LeMoustre

Vus en première partie de jesaisplusqui, sans doute la tournée de cet album, c'était plutôt bon, la qualité des morceaux aidant bien sûr. Pas dégueulasse du tout, en tous cas. Ce qui est sûr, c'est que la doublette Vempire/Dusk est assez inattaquable.

02/06/2020, 07:16

Pomah

Mouais vraiment pas super emballé, c'est quand même un peu mou du genou. Je passe mon tour.

02/06/2020, 03:41

Pomah

Tres bonne chronique, vraiment, cela donne plus qu'envie de s'y plongé.

02/06/2020, 03:30

Moshimosher

Excellent !!! \m/

01/06/2020, 17:16

Moshimosher

Mais c'est pas mal du tout ! :)

01/06/2020, 16:46

Humungus

Pour ma part, je rejoignais surtout asqer sur le fait que je n'aimais pas le bazar...
Après, j'aurai très bien pu moi aussi utiliser ce genre de phrase fourre tout (c'est d'ailleurs tout à fait mon style) car et d'une j'ai une fâcheuse tendance à amalgamer très facilement Power et Sympho(...)

01/06/2020, 05:58

JTDP

Très content de voir que BOISSON DIVINE a les honneurs de ta plume, mortne2001, tant j'estime ce groupe. Pour moi, ils n'ont pas d'équivalent dans la scène Folk Metal française actuelle (bon faut dire qu'elle est bien sinistrée aussi). "Volentat" était déjà un bijou, celui-ci enfonce le clou(...)

01/06/2020, 01:20

Gargan

Qu'est ce que c'est que ce groupe ? Merci pour la découverte.

30/05/2020, 22:36

aras

plutôt moyen voire mauvais, Entre 2 eaux à l'image du groupe

30/05/2020, 20:42

KaneIsBack

Je vais la faire courte, et je vais paraphraser le public d'une autre discipline dont je suis fan : BOOOOOOOORIIIIIIIIIIIIING !!!

Nan, mais sans déconner, je me suis un peu - beaucoup - emmerdé en écoutant ce disque. J'avoue m'être mis à Nightwish uniquement à cause de Floor, mais(...)

30/05/2020, 18:20

NecroKosmos

Ah, ce titre me plaît bien ! Je surveille.

30/05/2020, 17:37

grinder92

Le guitariste sur "The Crimson Idol", l'un des albums qui a changé ma vie... une page se tourne...

30/05/2020, 13:26

Saddam Mustaine

RIP

Guitariste de Alice Cooper et WASP surtout je me souviens.

30/05/2020, 12:58