Autant l’avouer, dans les années 80, la France était un peu à la ramasse en matière d’extrême. Et l’extrême se résumant à cette époque-là à son excroissance Thrash, autant dire que nous ne fumes pas gâtés pendant quelques années. Alors que les USA et l’Allemagne pouvaient s’enorgueillir d’avoir inventé le genre et produit ses premières démos dès 1982 (EXODUS, METALLICA, SLAYER, KREATOR/TORMENTOR et SODOM), nous dûmes attendre la seconde moitié de la décennie pour voir nos propres musiciens s’intéresser au genre, et remercier par la même occasion les LOUDBLAST, NOMED, AGRESSOR et autres AGGRESSIVE AGRICULTOR d’avoir adapté la violence internationale dans un langage propre à notre beau pays. Depuis, les choses ont bien changé, le Thrash est tombé dans l’oubli avant de regagner une seconde jeunesse au travers des hommages rendus par la nouvelle génération, et la France est devenu l’un des pays les plus novateurs et compétitifs de la scène internationale, se voulant même leader dans certains créneaux dont le Black Metal et l’Avant-garde. Pas étonnant dès lors que des combos bien de chez nous se concentrent aussi sur une révérence à postériori, comme pour rattraper le temps perdu, en se consacrant à des rythmiques syncopées et des riffs hachés, comme si le temps n’était pas passé et que nous étions encore coincés entre nos baskets puantes et nos idées de mosh envahissantes. Et dans ce créneau de nostalgie salvatrice, les franciliens de THRASHBACK font figure de joyeux trublions, eux qui depuis 2012 se consacrent corps et short à un revival fantastique d’exubérance magnifique, au travers d’une œuvre qui force le respect de sa conséquence et de son sérieux. Pour les étourdis, les THRASHBACK se sont formés sur les cendres encore fumantes d’EVIL ONE il y a six ans, et ont depuis publié coup sur coup trois LP hautement recommandables, dont ce Sinister Force qui ne sera pas de sinistre mémoire, mais qui reviendra effleurer notre conscience de sa folie contaminante et de son énergie diabolisante.  

Avec un line-up renouvelé entre Night of the Sacrifice et ce nouveau pamphlet, le quartet s’est donc resserré autour de deux nouvelles figures, celle bien connue de Nicklaus Bergen (guitare, ADX, ALTERED BEAST, et des tonnes d’anciennes collaborations plus ou moins fameuses) et Kriss (guitare, ex-EVIL ONE), pour proposer une formation soudée bien décidée à aller de l’avant et à continuer les assauts répétés de ses deux premiers pamphlets. On savait le groupe totalement dévoué à la cause, et Sinister Force  achève de le prouver de ses coups de rein chauffés à blanc et de ses riffs francs, adaptant le langage traditionnel d’un Thrash rebelle à des impératifs de production actuels, et ces onze nouveaux morceaux, brefs et percutants de nous ramener à l’époque de la seconde vague de Thrash US et allemande, lorsque les ASSASSIN, TESTAMENT, GAMMACIDE et autres outsiders de l’extrême tentaient de prolonger le headbanging malgré les agressions répétées d’un Death bien décidé à s’imposer. Abordant le Thrash par son versant le plus fluide et fun, les THRASHBACK ne sont pas sans évoquer une forme très enthousiaste de Crossover coriace, ridiculisant au passage les groupes anglais de la (petite) trempe d’ACID REIGN ou SLAMMER,  et évoquant par intermittence la magie des meilleurs albums de NUCLEAR ASSAULT, tâtant même par fulgurances fugaces l’ANTHRAX de State Of Euphoria. Autrement dit, de sérieuses références et des influences classiques, qui se voient transcendées par une osmose collective qui fait plaisir à entendre. Et le tout étant enrobé d’une pochette au trait parfaitement délicieux, vous aurez compris de vous-même que ce troisième album transforme tous les essais et s’impose comme un outsider sérieux.

En associant des riffs purement Thrash à un chant délicieusement Hardcore, les frenchies invitent la vague New-Yorkaise aux agapes de la folie d’outre-Rhin, et développent une musique simple, à la basse claquante et aux guitares tournoyantes, cédant parfois le pas aux accroches classiques pour mieux relancer une machine qui tourne à plein régime. En abordant toutes les variantes d’un genre qui n’en manquait pas, et en acceptant les racines Punk sans les imposer de force (« Exterminate », sorte de MOTORHEAD passé à la moulinette MACABRE), Sinister Force  joue la carte de la sobriété et de l’efficacité. Ce qui n’empêche nullement les deux guitaristes de nous gratifier d’interventions tout à fait capables, et de tricoter quelques soli moins écorchés que la moyenne…Mais dès « Weapons Of Mass Destruction », tout est dit, et la folie est reine, sans que le projet ne sombre dans les affres d’un Thrashcore trop radical pour séduire les masses. Une fois accompli l’effort nécessaire pour accepter un chant un peu atypique, la valse fait vriller les têtes et exploser les tympans, et le speed est roi puisque le Thrash fait loi. Mais un Thrash sérieux dans l’euphorie, et précis dans la folie, puisque l’amateurisme n’est pas de mise, spécialement en prenant en compte le background des musiciens impliqués. On sent que les mecs aiment vraiment ce qu’ils font, et ne cèdent pas à un effet de mode, tant l’enthousiasme global est palpable même sur les interventions les plus maussades (« Stand Up And Fight », lourd, mais entraînant, et même mélodique par instants), et carrément éclatant sur les titres les plus déments (« Chemical Death », qui réconcilie VIO-LENCE et EXCEL). Certains parrainages sont parfois un peu évidents, comme celui d’EXODUS sur le trépidant « No Way To Come Back », au riff estampillé Gary Holt et au chant singeant les tics de Steve Souza, mais lorsque le quatuor abandonne toute mesure pour se répandre en six minutes de message compact, l’ambiance se tend un peu et manque de dynamisme, même si une fois encore les soli viennent nous extirper d’une routine un peu appuyée.

Il est évident que ces quelques reproches n’en sont pas vraiment, enregistrer un album de Thrash totalement parfait relevant d’une gageure difficile à relever. Et comme les THRASHBACK n’hésitent jamais à affoler les compteurs (« Attack Of The Undead »), ni à jouer les oiseaux californiens de malheur (« Sinister Force »), ils parviennent en fin de compte à se hisser à la hauteur d’une version décomplexée des miraculeux WHIPLASH, sans renier leur passé. Classique mais suffisamment culotté pour se faire remarquer, Sinister Force est un troisième chapitre rondement mené, qui synthétise un peu toutes les digressions d’un genre qui n’en finit plus de ressusciter. Qui plus est enrichi d’une production claire et claquante, il représente un cap que les franciliens devaient franchir haut la main, et surtout, la confirmation de leur importance sur la scène européenne. On ne peut donc que les féliciter pour ce moment de délire organisé, et attendre avec impatience de les voir défendre ce LP sur scène.   


Titres de l'album :

                        01. The Beginning Of The End

                        02. Weapons Of Mass Destruction

                        03. Stand Up And Fight

                        04. Chemical Death

                        05. No Way To Come Back

                        06. Exterminate

                        07. Sinister Force

                        08. Resurrected To Devour

                        09. Attack Of The Undead

                       10. The Final Hour

                       11. Nothingness

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par mortne2001 le 13/12/2018 à 16:31
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