Selon la croyance populaire, en football, il n’y a qu’une seule règle. A la fin, c’est toujours l’Allemagne qui gagne (mais la croyance populaire a tendance à revoir ses jugements en ce moment…). En Metal, ce fut aussi plus ou moins le cas dans les années 80, à égalité de qualité avec les américains, et les anglais. Sauf que depuis pas mal de temps déjà, les choses ont changé. Parce qu’aujourd’hui, dans neuf cas sur dix, c’est toujours la Suède qui gagne. Il n’y a rien à faire, et malgré les efforts d’autres pays comme la France, les Etats-Unis, ou l’Angleterre, ces satanés scandinaves remportent toujours la mise, quel que soit le style pratiqué. Gothique, Progressif, Vintage, Old-School, Black, Avant-gardiste, AOR, Hard mélodique, ils sont partout, et dominent des cordes et des peaux le marché mondial, sans que leur suprématie ne puisse être remise en cause. Et la sortie du quatrième album du plus-si-side-project-que-ça THE NIGHT FLIGHT ORCHESTRA risque d’aggraver les choses…Il est maintenant de notoriété publique que cet ex-fantasme des SOILWORK est devenu l’un des meilleurs concepts mondiaux, et la signature sur Nuclear Blast n’a fait qu’entériner la fidélité et l’amour que leur public leur porte. Public de plus en plus nombreux d’ailleurs, qui a cru déceler en Amber Galactic les prémices d’une expansion intersidérale convenant parfaitement aux ambitions de grandeur des suédois. Car leur recette, en les faits est imparable. Un Soft Rock typiquement eighties traduit dans un langage de production contemporain, des mélodies qui auraient parfaitement eu leur place dans les charts des années 80, une utilisation du synthétisme parfaitement bluffante, et surtout, une passion dans le détail qui le confine au génie, et transforme ce petit délire de tournée américaine en gigantesque machine à tubes. Et inutile d’essayer de résister, de tomber dans l’excès d’élitisme et de crier à la supercherie, puisque de toutes façons, la musique est bonne. Et quand la musique est bonne, quand la musique sonne, elle guide nos pas. Et nos pas cette fois-ci, vont s’enfoncer dans l’espace, à la recherche d’un terrain de jeu à échelle extra-terrestre, puisque la terre ne suffit plus.

On pouvait craindre de Sometimes The World Ain't Enough qu’il ne verse dans la surenchère, et qu’il tente de dépasser Amber Galactic en cramant le kérosène de façon un peu trop voyante et putassière. C’est effectivement ce qu’il tente de faire, mais en appuyant de plus en plus sur les éléments les plus fédérateurs de ses morceaux. Si le Hard-Rock, stricto-sensu en est presque complètement absent, pour laisser la place à un AOR de stade et d’ondes radio, les chansons ont au moins le mérite de ne pas se reposer sur un ou deux gimmicks vite balancés pour combler les masses. A vrai dire, ce quatrième LP des suédois est un peu à l’image du récent Ready Player One de Steven Spielberg, retravaillé musicalement par le petit wiz-kid des platines CARPENTER BRUT. Truffé de références, travaillé dans la forme mais beaucoup moins dans le fond, et plaisir fondant dans les oreilles, pour peu que votre inconscient en accepte les règles légères mais fondamentales. Nul n’est ici pour révolutionner la musique, mais juste pour offrir un trip intégral à son public, désireux d’expérimenter les sensations du voyage dans le temps sans DeLorean. Et dans le genre fusée à rebours qui nous ramène à la glorieuse époque de IV de TOTO et de Midnight Madness des NIGHT RANGER, la chose se pose là, et bien là. En piochant bien, on y retrouve des éléments de décor déjà utilisés sur les trois albums précédents (à l’exception d’Internal Affairs, encore trop retenu et trop pointu), des allusions plus ou moins forcées à la Pop Culture d’il y a trois ou quatre décennies, mais surtout, des harmonies à tomber, des arrangements faussement naturels mais réellement sophistiqués, et puis des chansons, beaucoup de chansons puisque le temps passant, les suédois jouent de moins en moins la montre pour approcher aujourd’hui l’heure de jeu. Douze morceaux sur la version regular, treize sur le digipack et le vinyle, et quatorze évidemment pour l’édition/cadeau nippone, la quantité cherche à dépasser la qualité, et espérons que les NIGHT FLIGHT ne finissent pas par en faire trop, alors même que leur liberté leur permet tous les excès. Et sur Sometimes The World Ain't Enough le timing est pile-poil, voire un peu ample, et nous laisse parfois avec quelques redites, encore anecdotiques, mais qui finiront par se remarquer un jour…

Alors, ces références, quelles sont-elles ? Toujours les mêmes, les sempiternels ELECTRIC LIGHT ORCHESTRA, TOTO, mais aussi le FM canadien et américain des BALANCE, des JOURNEY, et les plus pointus RAH BAND que j’avais évoqués lors des comparaisons auxquelles Amber Galatic avait eu droit de s’y frotter. Mais à vrai dire, ce nouvel album est tellement universel dans ses thèmes et ses harmonies qu’on croit y voir un peu ce qu’on veut, à tel point qu’on y croise parfois les silhouettes unies de BON JOVI et Bonnie Tyler sur l’imparable « Can’t Be That Bad », ou des traces de REO SPEEDWAGON sur le bien nommé… « Speedwagon ». Les FLIGHT ont au moins le mérite d’éviter les emprunts trop directs et trop populistes, laissant les STARSHIP dans leur coin pour s’intéresser de plus près à Miami Vice et Kenny Loggins via un orgasmique « Turn To Miami », qui pourrait à lui seul justifier l’achat immédiat de l’œuvre. Une fois encore, le line-up en sextet (Björn Strid - chant, David Andersson - guitare, Sharlee D‘Angelo - basse, Richard Larsson - claviers, Sebastian Forslund - guitares/percussions et Jonas Källsbäck - batterie) joue sur du velours et peaufine sa partition, répétant sous les néons pour réveiller les voisins d’un Jump-Rock trépidant et galvanisant (« This Time », un truc mélangeant VAN HALEN et Corey Hart, il n’y a qu’eux pour y penser, et surtout, pour le matérialiser), ou tricotant ses cocottes de guitare pour réunir sous le même soir Nile Rodgers et le GREG KIHN BAND (« Paralized »). Alors oui, en restant honnête et franc, on pourra reprocher quelques longueurs à l’ensemble, mais franchement, un groupe qui peut en cinq minutes insérer de force des claviers à la ABBA dans une structure purement « Sister Christian » de NIGHT RANGER (« Moments Of Thunder », aussi JOURNEY de Raised On Radio que SURVIVOR couché un peu tôt), ou nous faisant visiter l’Espagne en louchant du côté de la Californie (« Barcelona ») peut se permettre quelques erreurs, et jouer un peu les seigneurs en refusant de trancher et de couper la bobine pour accélérer le générique.

Alors, on se la joue légèrement disco urbain sur les bords, on fait danser au Studio 54 tout en répétant à Hell’s Kitchen (« Winged And Serpentine »), et on termine le boulot en abattant sa carte maîtresse, en forme de décollage vers des planètes inconnues où le Hard Rock, le Soft-Rock et la Pop cohabite entre potes, jusqu’au bout d’une nuit sous une lune de lait et de nouveaux romantiques en mal de reconnaissance critique (« The Last Of The Independent Romantics », on caresse les dix minutes de Space-Pop-Rock progressif, mais sans détail qui rebute). Et au final, que se passe-t-il ? Je crois que le fin mot de l’histoire revient aux artistes eux-mêmes…

« N’oubliez pas, THE NIGHT FLIGHT ORCHESTRA est là pour trinquer avec vous lors d’une fête où vous n’êtes pas censé être, il est là pour prendre soin de votre gueule de bois, ou vous réconforter lorsque vous pensez être trop vieux pour ces conneries. Mais vous ne l’êtes pas, et nous non plus ! »

N’oubliez surtout pas que ce groupe unique n’en était pas un au départ, et que seul le fun compte, et que le plus grand délire peut être considéré avec le plus grand des sérieux. Mais il n’y a pas de mal à se réfugier dans le passé du présent pour échapper à un avenir qui finalement, peut attendre. Et puis, à la fin, quels que soient les moyens, c’est toujours la Suède qui gagne non ?              

       

Titres de l'album:

                        01. This Time

                        02. Turn To Miami

                        03. Paralyzed

                        04. Sometimes The World Ain’t Enough

                        05. Moments Of Thunder

                        06. Speedwagon

                        07. Lovers In The Rain

                        08. Can’t Be That Bad

                        09. Pretty Thing Closing In

                       10. Barcelona

                       11. Winged And Serpentine

                       12. The Last Of The Independent Romantics

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par mortne2001 le 09/07/2018 à 18:49
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