Strike Master

Strike Master

12/10/2017

Autoproduction

Il y a tellement longtemps que je me focalisais sur les « grosses sorties » que j’en avais oublié mon Thrash au placard, moi, le grand dénicheur de talents underground du cru devant l’éternel SLAYER. Faute avouée étant à moitié pardonnée par les chevelus énervés, je m’empresse donc de corriger mon impair en revenant dans le giron de la violence instrumentale délétère, via le cinquième album studio d’une horde de furieux venus de Mexico. City bien sûr, des habitués de la scène, qui aujourd’hui prouvent encore leur suprématie en laissant l’un de leurs plus habiles représentants truster le haut du pavé. Inutile de perdre du temps, rentrons dans le vif du sujet en abordant le cas de cet éponyme Strike Master, du groupe du même nom, qui traîne ses basques depuis suffisamment longtemps dans le biz’ pour savoir de quoi il riffe. Il riffe d’ailleurs dru, et nous les hache menues de rythmiques ténues et de breaks entretenus, tout au long des dix compositions de ce LP magique, qui nous replonge une fois de plus dans les tics saccadés d’une génération jamais rassasiée. STRIKE MASTER, c’est une appellation contrôlée, celle d’un Thrash centre-américain qui n’a de cesse de nous bousculer de son entrain, et qui tout en collant aux principes de base insuffle sa folie folklorique à des thématiques typiques, qui piquent, et qui à la fin de l’envoi touchent le centre de la cible, notre pauvre petit cœur de thrasheur soumis à dure épreuve.

Celle du temps évidemment, puisque depuis 1983 le pauvre organe majeur n’a jamais cessé de pomper, et ça n’est pas cette nouvelle épreuve haute en décibels qui va lui permettre de se reposer.

Petite présentation sans prétention, ce trio (Col. Francisco Kmu – guitare/chant, seul membre résistant depuis les premiers temps, Corp. Ricardo Huerta – batterie, depuis 2010 et le petit nouveau, Pach – basse) officie donc depuis 2005, et fête donc avec ce cinquième album ses douze ans d’existence, lui qui fut le premier groupe latin à jouer au fameux festival Keep It True. Distinction somme toute très honorifique, mais caractéristique des capacités d’instrumentistes habiles doublés de compositeurs faciles, qui nous ont pondu le truc idéal pour une défonce radicale, respectant même les us et coutumes de durée imposés il y a une trentaine d’années. Dix chansons pour une demi-heure de musique, le canon édicté par Reign In Blood est respecté, et avouons que l’affaire y gagne en intensité. Pas le temps de respirer, même si nous sommes très loin d’un Thrash trop radical et bourrin, et beaucoup plus proches d’ailleurs des pérégrinations des DISASTER chiliens ou du DEMOLITION HAMMER américain, tout en nous rapprochant aussi lors des instants de violence d’un DARK ANGEL plus en témoin qu’en acteur plein. Le Thrash des mexicains est intelligent, précis et mouvant, et se satisfait très bien d’une variété de tempi et d’ambiances qui assurent une écoute non linéaire qui convient très bien. Mais ne croyez-pas pour autant avoir affaire à des maniaques du Techno-Thrash à la CORONER/WATCHTOWER, puisque ces trois lascars savent aussi vous faire passer un sale quart d’heure, en maltraitant des riffs plein d’exubérance humant bon le bonheur de sombrer dans la violence.

Mais celle-ci est précise, efficace, et intelligente. Et c’est sans doute ce qui démarque notre gang du jour de la masse grondante des suiveurs aveugles, puisque dans leur royaume, ce sont les visionnaires qui sont rois, ceux qui savent distinguer l’attaque qui claque de l’arnaque qui raque. On penserait même à des allusions à la  seconde vague du Thrash US, celle des FORBIDDEN, des DEATH ANGEL, ou au courant germain en porte à faux des HOLY MOSES de The New Machine et des DEATHROW de Deception Ignored, en version plus centrée sur le fauteuil de la brutalité nuancée, et moins bancal du côté démonstratif où les musiciens ont failli tomber. A l’évocation sonore de morceaux comme « Chant Of Falcons », au groove impeccable, il n’est pas non plus incongru de citer la nouvelle vague des TOXIC HOLOCAUST et MERCILESS DEATH mâtinés d’un feeling Stoner un peu déplacé, mais particulièrement percutant dans son approche à la PANTERA en version latine. De la diversité donc dans la franchise, pour des compositions qui cherchent à caser un maximum d’idées sans perdre le fil d’Ariane, et qui y parviennent non vaille que vaille, mais avec une belle assurance de chef de bataille. Celle du Thrash fin teinté de Heavy malin est gagnée d’ailleurs haut la main, tant les minutes s’écoulent sans jamais se compter sur les doigts des deux mains. On headbangue, on essaie de s’accrocher aux branches lorsque les partitions sont plus denses, et on apprécie particulièrement les petits arrangements rythmiques qui nous font bondir d’un pattern purement mosh à une accélération de poche.

Et dès la courte mais réussie intro « Follow Me » évanouie, l’envie de suivre les aventures de ces matraqueurs nous saisit, et « No Future » de se contredire immédiatement en garantissant à ces pourfendeurs de tiédeur instrumentale de belles heures de lueur. Guitare précise en accords et concise en solo, couple basse/batterie à l’honneur, aussi à l’aise dans la modération Heavy que dans l’écrasement Speed, chant rageur qui transcende des riffs pas si simples qu’ils n’en ont l’air, l’osmose est palpable et offre un lien valable entre l’arrière-garde qui ne se rendra jamais et les nouvelles recrues qui montent au front même lorsque l’air est frais. Ici il est plutôt torride, même si les BPM restent sous contrôle, et la production, matte et sans aspérités met admirablement bien en relief les pistes exploitées, qui de temps à autres frisent les doigts dans la prise de croches qui s’entremêlent dans un ballet surprise. De fait, la tuerie « Boy In The Hole » nous passe en revue toutes les figures imposées trapues, du lick de basse en solitaire jusqu'à l’assemblage de gammes délétères, le tout en moins de trois minutes chrono, ce qui nous permet de conclure assez tôt. Conclure quoi ? Que les STRIKE MASTER connaissent leur boulot par cœur, mais qu’ils en restituent les préceptes avec suffisamment de culot pour s’approprier des enseignements qu’ils renforcent de leur (bonne) foi sans équivalent. Difficile de faire le tri des gouttes dans le déluge qui s’abat sur nous, même si parfois, l’humeur se veut volontiers Punk sur les bords, nous basculant vers un Crossover de moiteur (« Urban Phantasms »).

Pas entièrement technique pour ne pas faire fuir les plus sadiques à l’esprit pratique, pas trop frontal pour ne pas choquer l’exigent cérébral, Strike Master n’est pas du genre à faire la grève, mais plutôt à frapper chirurgical pour être sûr de ne pas manquer le principal. Atteindre la cible du public Thrash qui depuis des décennies aime la repique, qui consiste à insérer dans un schéma classique des innovations ludiques. Ici, le principe est élevé à un haut rang de qualité, et « Born Horrible » de terminer et confirmer la pertinence de cette opération en nous abandonnant sur un tir de saison, qui résume à merveille toutes les options.

Et je dois reconnaître que l’écoute de ce pamphlet hautement convaincant m’a réconcilié avec mon Thrash, alors que je frisais l’overdose qui fâche. Entre old-school trituré et new-school nostalgisé, ce cinquième témoignage des résidents de Mexico City est juste assez rentre-dedans pour faire tomber quelques dents, mais largement assez épique pour rester épidermique. Un équilibre stable pour un combo plus que valable.


Titres de l'album:

  1. Follow Me
  2. No Future
  3. Boy In The Hole
  4. As I March
  5. Urban Phantasms
  6. The Mortarist
  7. Anti Aereal Witchunt Battery
  8. Chant of Falcons
  9. Machines of Mercy
  10. Born Horrible

Site officiel


par mortne2001 le 27/11/2017 à 14:12
80 %    447

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Simony
membre enregistré
28/11/2017, 11:47:19
Il y a une grosse touche Heavy dans ce Thrash... dommage que la production ne soit plus soignée (voix qui sature !)

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