Stuffing the Graveyard

Tales Of Blood

31/07/2019

Pathologically Explicit Recordings

« Tu veux écouter quoi ? » « Du Death Metal ». « Oui, ok, mais quel genre ? » « Du Death Metal ». « Fais un effort bordel, technique, progressif, slamming, brutal, Core ? ». « Du Death Metal. »

Avec les bourrins, le dialogue n’est pas facile, mais à la limite de l’énervement le plus total, j’ai fini par le comprendre. Ce qu’il voulait, c’était du Death Metal. Du vrai, du pas édulcoré, du pas technique plus que ça, pas plus bordélique que la moyenne, mais surtout, du Death Metal. Alors, pour lui faire plaisir, je lui ai calé entre les feuilles le premier album des franciliens de TALES OF BLOOD. Et là, j’ai vu son minois s’éclairer. Je l’ai imaginé en train d’imaginer des scènes horribles, à base de démembrement, d’enterrement dans un vieux cimetière glauque, de jeune fille essayant maladroitement d’échapper à ses bouchers, de membres séparés du corps, d’histoires que Clive Barker ou Jeff Koons auraient pu écrire avec un détachement total, des abominations, des ignominies, mais il faut dire qu’avec une bande-son pareille, il y a beaucoup de place à l’imagination…Et en parlant de Death Metal et rien d’autre, les TALES OF BLOOD en connaissent un rayon, eux qui justement dans leur bio conchient les fioritures, les grandes envolées lyriques et les soli peaufinés. Non, ce qu’ils aiment, ce sont les gros riffs qui font headbanguer, les rythmiques qui appuient sur les plaies ou qui lacèrent les chairs, en gros, la mort musicale telle qu’elle fut conçue il y a quelques décennies aux Etats-Unis et en Suède, avec un son chaud mais froid, avec des guitares en coupe-gorge. Et ils savent de quoi ils parlent, puisque malgré le label « premier album » de ce Stuffing the Graveyard, le combo existe depuis l’orée des années 90, 1993 plus exactement, lorsqu’il répondait encore au doux nom de BLOODBATH. Pourtant, des problèmes de stabilité et de line-up ont presque tué le projet dans l’œuf, puisqu’il nous fallut patienter près de dix ans et un nouveau baptême pour juger de la pertinence de leur démarche, et la sortie de la première démo Range of Gore.

Dix années, c’est long, surtout s’il faut en rajouter quatre pour savourer un premier EP, Horrors of the Flesh, paru en 2006. Mais à l’époque, eux et nous, et les autres, se disaient sans doute que la machine à broyer était lancée, et qu’elle n’allait pas épargner grand monde. Sauf qu’une fois encore, mauvais karma oblige, elle s’enraya pendant treize ans, ceux dont ils ont eu besoin pour accoucher de ce premier longue-durée, intervenant vingt-six ans après leur naissance. Mais aujourd’hui, le quintet (Sam - chant, Nyv - guitare, Jerôme - batterie, Remi - basse et Jean-Michel - guitare) est prêt à en découdre, supporté par un label espagnol (Pathologically Explicit Recordings), et armé de dix compositions plus une outro assez rigolote, de quoi asseoir une réputation qu’on espère voir exploser depuis longtemps…Ce qu’on espérait aussi, c’est que les TALES OF BLOOD n’aient rien changé à leur recette. Qu’ils pratiquent toujours ce Death Metal franc du collier, inspiré des premières années du genre, massif, lourd, suffocant, rapide et malmenant, et c’est exactement ce que Stuffing the Graveyard propose, de sa pochette au trait gauche à ses morceaux tous plus barbares les uns que les autres. Et s’il est certain que les franciliens ne sont pas allé loucher vers les ténors les plus avant-gardistes, ils n’ont pas non plus sombré dans la mode actuelle qui consiste à singer les plus grands achèvements histoire de s’inscrire dans une mouvance nostalgique. Après tout, ils ont suivi le mouvement en même temps que tout le monde, et il n’est alors guère surprenant de constater que leur attaque à de faux airs de boucherie à l’allemande dopée de précision barbare à la suédoise, le tout emballé dans un paquet saignant bien de chez nous. Classique, formel, presque prévisible, mais efficace en diable, et jouissif dans le rendu.

Car le plus important en matière de Death, lorsqu’on s’inscrit dans une démarche classique, ce sont l’ambiance, et les riffs. Il faut du glauque, du sale, mais du sale qui groove, du crado qui fait tourner les serviettes une fois les restes fini, et à ce niveau-là, Stuffing the Graveyard marque un maximum de points. Car les guitares s’en donnent à cœur joie, et laminent des motifs qu’on garde en mémoire même après la lobotomie d’usage, riffent tous azimuts, lâchent des trucs qui empestent la tombe défraichie (« Mortuary Breath », une sorte de parangon du style avec monolithisme de surface et atmosphère délétère), et surtout, nous font le coup du coup de poing direct dans l’estomac avec le monumental « Dissect and Murder » en ouverture. Alors non, pas d’ornements, pas de petits angelots et de lettrines de six pouces de long, mais de la puissance, de l’aisance, et surtout, une vraie culture du style qui transpire de chaque break, prévisible, mais agréable. Une cadence de jeu raisonnable, mais une section rythmique qui offre quelques fantaisies (l’intro de « You Die Next »), un grogneur qui rauque et qui glauque de ses cordes vocales abimées par la méchanceté, et puis vogue la galère, pendant presque quarante minutes, pour nous projeter presque trente ans en arrière. Avec une production nette et grasse qui sait laisser l’instrumentation occuper l’espace, des constructions sobres mais riches, et un réel investissement qui sent clairement la revanche à prendre sur le destin et le temps perdu, des clins d’œil à GRAVE, AUTOPSY, OBITUARY, TALES OF BLOOD ne joue pas les trublions et se satisfait très bien de sa place dans les rangs. Juste assez linéaire pour mériter la caution, juste assez téméraire pour nous irriter l’oignon, et puis de vraies chansons, et pas seulement des alignements de riffs et de tirs de barrage rythmiques (« Stuffing the Graveyard », tout y est ne cherchez pas), des textes qui respectent les codes mais qui prônent des valeurs humanistes (« Pregnant and Cut to Pieces »), quelques samples intelligemment disséminés, et une outro cocasse (« Aux Chiottes », la pauvre Maïté en prend pour son grade), et au final…du Death Metal.

Mais rien que du Death Metal.

   

Titres de l’album :

                             1. Dissect and Murder

                             2. You Die Next

                             3. Vacant Slaughter Job

                             4. Stuffing the Graveyard

                             5. Post Mortem Barbarity

                             6. Sadistic Force Feeding

                             7. Severe Bent to Kill

                             8. Getting Dead

                             9. Pregnant and Cut to Pieces

                             10. Mortuary Breath

                             11. Aux Chiottes

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par mortne2001 le 13/06/2020 à 14:01
78 %    511

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Leo
@190.97.78.131
18/06/2020, 13:42:30
Sam!!!! felicitaciones como siempre hmno.
Un abrazo a todos.

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