Tetrabestiarchy

Idolatria

04/09/2020

Signal Rex

D’Italie nous proviennent les bruits sourds d’un Black Metal mystique aux obsessions sataniques, mais qui s’intéresse suffisamment à l’histoire pour ne pas se contenter de glaviots crachés à la face du Nazaréen. La genèse d’IDOLATRIA remonte à 2013, lorsque le groupe s’est formé à Pordenone, et il ne lui aura fallu que deux années pour proposer son premier longue-durée, Breviarium Daemonicus Idolatrorum qui l’a placé sur la carte du BM européen créatif et véhément. Cinq ans ont donc été nécessaires au groupe pour proposer une suite, qui se veut ambitieuse dans le concept, mais cohésive dans la durée. Pas plus de trente-trois minutes pour ce Tetrabestiarchy, distribué sous tous les formats par le label lusophone Signal Rex, mais une approche conceptuelle intéressante qui renforce l’impact d’une musique aussi créative qu’impitoyable. L’album propose en effet un voyage à travers les mythes animaliers qui étaient et sont encore parfois les fondements de certaines cultures. Tetrabestiarchy puise donc son inspiration dans une sculpture datant du quatrième siècle, baptisée The Portrait of the Four Tetrarchs, et dépeignant les quatre maîtres de l’Empire, tels que décrits par Diocletian. On retrouve cette sculpture sur la façade de la basilique Saint-Marc à Venise depuis le Moyen-âge, après qu’elle ait été délocalisée du Philadelphion de Constantinople en 1024. Base intéressante donc pour ce second long des italiens, qui permet à la musique d’emprunter des chemins convergents, mais suffisamment différents pour capter l’attention et ne pas se contenter d’une charge frontale faite de blasts et de cris sourds et rauques.

Créative, la musique du quatuor (M.F. Maeficus - basse/chant, P.T. Perversus - guitare, M.T. Iracundus - guitare et B.S. Hircus - batterie) l’est, et offre des constructions fascinantes mélangeant la férocité d’un BM de tradition norvégienne et une approche plus contemporaine, autorisant des breaks atmosphériques à la MAYHEM. Construit en quatre chapitres précédés d’une intro et succédés d’une outro, Tetrabestiarchy développe donc l’histoire de cette sculpture et des légendes s’y rapportant, en utilisant tout le spectre sonore à sa disposition. Nous retrouvons donc sur ce LP des ambiances qui ont fait la réputation du BM sans concessions, mais aussi des atmosphères travaillées au clavier, des parties de guitare en son clair, des silences apaisants, des insistances inquiétantes, et tout ce qui peut enrichir un style qui depuis longtemps ne se contente plus de ruer dans les brancards en hurlant son dégout pour la chrétienté. D’ailleurs, une fois passée l’excellente intro « Glorious Praise To The Tetrarchs », « Serpent: The Father of Darkness » installe les ténèbres avec son entame sombre et pesante, qui évite la déferlante de violence trop classique dans l’univers BM. On se souvient à ce moment-là du virage Heavy ténébreux de groupes comme MARDUK et 1349 sur des œuvres comme Rom 5-12 et Demonoir, et on comprend immédiatement que Tetrabestiarchy proposera plus qu’un simple jet de bile acide noyé dans un torrent de blasphème prévisible.

Pour autant, les italiens prennent le diable par les cornes, et acceptent la violence inhérente à leur optique. La charge est juste intelligemment dosée, et la musique riche et pleine. Les cassures sont nombreuses, les passages compressés aussi, mais les respirations mélodiques s’accordent très bien d’une rythmique plurielle qui jongle entre les blasts, les fills diaboliques et les écrasements en double grosse caisse impitoyables. La voix de M.F. Maeficus, sourde et grave à souhait accentue l’impression de voyage dans le passé de la mythologie, et ces plans de guitare presque Post-Rock offrent une aération poétique qui n’atténue en rien la puissance ambiante. Mélange de BM traditionnel et de Heavy travaillé à l’ancienne, sans sonner nostalgique, Tetrabestiarchy se veut malicieux et créatif, et propose de très longues pistes passionnantes, qui évitent la redite avec beaucoup de panache, et le décompte des riffs devient vite hallucinant, tout comme celui des breaks qui confèrent à l’ensemble une patine presque progressive. Efficacité et nuance, telles sont donc les deux matrices du projet qui évite le recyclage, et ose la bestialité crue mais effective (« Noctule: The Emperor of Scourge »), et qui illustre avec beaucoup d‘acuité les thèmes choisis. Un peu War Metal quand le ton monte, beaucoup d’amertume dans les arpèges en son clair (« Goat: The Servant of Underworld »), pour bien marquer la différence entre les quatre figures de l’histoire païenne, et une dévotion au malin totale.

Jamais à court d’une idée formidable, le quatuor propose donc un concept album de premier plan, qui continue de définir le BM comme style le plus fertile de la scène extrême, sans en trahir les dogmes. Si tous les morceaux sont d’importance, j’avoue une certaine fascination pour le lancinant « Vulture: The God of Last Rites », qui de son tempo traînant insiste sur ce sentiment d’exhumation d’un passé lointain dont les enseignements pourraient pourtant nous servir encore aujourd’hui. Une leçon d’ouverture, de pluralité, mais plus prosaïquement, un disque qui assume le talent de ses auteurs, et qui avance toujours à vue, avec pro action, pour éviter de sombrer dans la redondance ou la prévisibilité trop facile d’accès. Un second LP qui demande de multiples écoutes pour se révéler dans son intégrale majesté, mais qui mérite une large exposition pour un travail accompli avec beaucoup d’amour et de passion. Des valeurs qui ne sont évidemment pas incompatibles avec la pratique d’un style aussi extrême et pointu.                                   

                             

Titres de l’album:

01. Intro: Glorious Praise To The Tetrarchs

02. Serpent: The Father of Darkness

03. Noctule: The Emperor of Scourge

04. Goat: The Servant of Underworld

05. Vulture: The God of Last Rites

06. Outro: Vibrant Flare of Their Coming


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par mortne2001 le 12/09/2020 à 17:30
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