A force d’attendre le nouveau messie, apte à repousser toutes les limites en termes de puissance, de modulation et détournement de sons, on en avait fini par oublier l’essentiel.

En se montrant trop exigeant, nous avions oublié l’essentiel. Les chansons. Oui, aussi lénifiant que cela puisse paraître, un album est avant tout un assemblage de chansons, cohérent ou disparate, mais qui est censé placer la logique de séduction en avant, et surtout, le B.A.BA de l’art. Composer de véritables titres, des trucs qui tiennent debout tout seuls, sans se vouloir trop ancré dans son époque, dépendant d’un concept, ou d’un élitisme patent ou déviant. Alors on avalait des pistes entières de nouveautés toutes plus brillantes et expérimentales les unes que les autres, sans faire attention aux chansons. C’est presque excusable, et de circonstance, dans cette course à la news qui tue et à la nouveauté que personne ne connaît encore, trois nano secondes après l’avoir découverte.

Mais un jour, on finit par y revenir, à cette fameuse chanson, ce fameux format court en trois minutes et trente secondes, qui faisait danser les juke-boxes de nos parents. Ce single qui occupait l’esprit des directeurs artistiques désireux de casser les charts avec le tube imparable. Et en y revenant, j’ai même découvert un groupe global, qui non seulement n’a pas oublié d’en composer, mais se montre en plus dans l’air du temps, c'est-à-dire en dehors, original, avant-gardiste juste ce qu’il faut, mais surtout dansant, exubérant, et débordant d’une vitalité rythmique et mélodique que je n’avais pas entendue depuis longtemps.

Pour le trouver, il a fallu aller fouiller du côté de l’Afrique du Sud, pays longtemps réfractaire à toute forme de Rock/Hard-Rock/Alternatif (biffez les mentions redondantes), qui finalement depuis quelques années se montre de plus en plus bienveillant envers ses enfants du Rock. Cape Town évidemment, et un sextette, DUSTLAND EXPRESS, qui nous propose avec son premier album une sale énigme pas vraiment facile à résoudre. Mais avant d’en arriver à la réflexion, passons en revue le parcours. Un parcours entamé en 2008 et qui ne trouve sa première complétion qu’en 2017, voici qui a de quoi intriguer en des temps où n’importe quel clampin sort un album deux mois après avoir appris l’accord de la mineur. Mais entre des problèmes de line-up, des musiciens qui s’évadent et d’autres qui s’échappent, des soucis de direction musicale, la route a été longue, et la maturation d’autant plus. Un mal pour un bien ? Beaucoup de mal pour beaucoup de bien plutôt, puisque Scott (chant), Brendan (guitare), Kamil (guitare, claviers, chœurs), Gareth (guitare, chœurs), Zack (basse, chœurs) et Mike (batterie) peuvent enfin récolter les fruits de leur dur labeur, et assister aux réactions enthousiaste des fans et de la presse internationale suite à la découverte médusée de leur introductif The Question, Sir, Is Why ?

Oui, pourquoi monsieur ? Pourquoi des influences Pop, Metalcore, Funk, Alternative, Metal, Electronic Rock au sein d’une même inspiration, sans tomber dans l’excès ou le brouet indigeste ? Pourquoi pouvoir qualifier une musique d’expérimentale alors qu’elle s’articule autour de chansons qui en sont vraiment, qui proposent des couplets inventifs et des refrains fédérateurs ? La meilleure réponse sera toujours la même, parce que, et c’est très bien ainsi. Mais il faut le souligner, les sud-africains ont signé là un des disques les plus surprenants de cette seconde moitié d’été, et vont vous faire danser, headbanguer, valser, pogoter, sans bouger de votre siège, ou debout, en concert, pour ceux qui auront la chance de voir les DUSTLAND EXPRESS live. Mais avant d’avoir ce privilège, il reste un album à digérer, chose aussi facile que difficile selon le point de vue. Facile, parce que leurs morceaux rentrent dans le crâne comme des idées évidentes et logiques, et se laissent écouter comme autant de tubes qui s’alignent pour former un long pipeline vers le paradis. Difficile, car tenter d’expliquer tout ça sans faire référence à LINKIN PARK, MADINA LAKE, sans souligner l’énorme talent vocal de Scott (au micro depuis les origines), sans faire remarquer à quel point l’analogique se marie parfaitement avec l’électronique, et sans une fois encore suggérer que le sextette a réussi à marier l’épaisseur du propos à la simplicité est une gageure presque impossible à relever. Mais c’est ainsi, et The Question, Sir, Is Why ? peut évoquer une myriade de références qui seront toutes aussi pertinentes que complètement hors contexte.

Ne vous attendez donc pas à une construction instable et vacillante de maelstrom de sons s’imbriquant sans que l’on comprenne pourquoi, mais attendez-vous quand même à des choses très surprenantes. Prenons pour exemple le parfait « The Solution », qui de ses percussions smooth et élastiques et de ses harmonies vocales pures nous entraîne sur une piste de danse de l’espace, et fait bouger nos pieds sans que nous nous en rendions compte. Un riff d’airain comme introduction, quelques phrasés bien placé, un flow vocal intarissable qui module les intonations avec délicatesse et rudesse, et un refrain qui nous condamne à l’addiction, c’est quasiment un sommet de Pop-Metal ou d’Alternative-Electro qui ne mange pas à tous les râteliers, mais qui nous force à finir notre assiette.

Qu’on trouve fatalement délicieuse…

« The Poetic Injustice Of Rats » est un autre petit miracle, qui plus est illustré d’une vidéo très futée, et qui lui aussi rebondit sur des escaliers de Funk-Electro-Ethnic Metal, un peu comme si les TALKING HEADS, PAPA ROACH, GARBAGE, et PARAMORE tentaient le coup du hit instantané, avant de se faire griller par des nouveaux-venus beaucoup plus lucides qu’eux. Et sincèrement, ce truc est aussi toxique qu’une envolée lyrique de MEAT LOAF remixée par Mike Patton.

« Flight of The Meek » est plus clair dans son abstraction. Toujours ces mélodies de clavier soutenues en contrepoint par des guitares un peu lissées, qui laissent la place au chant et à la basse pour une jolie balade urbaine du côté de Cape Town. Et les surprises s’accumulent, de la ballade lacrymale « Empire Of Dreams - #Heisenberg » qui envoûte, à la fausse ballade « Take The Devil For A Spin » qui se veut finalement opératique dans ses délires, mais hautement harmonique dans ses arrangements vocaux aussi tape à l’œil que sincères. Et tiens, c’est cadeau, encore un refrain qu’on retient.

Et si jamais la routine est votre catharsis, alors sevrez-vous de « Nemesis », qu’on pense avoir été composé dans l’espace par des musiciens classique découvrant le Rock emphatique via QUEEN, et décidant d’en apporter leur version, beaucoup plus « club ». Bong, bong, bong, on rebondit encore et encore, de siège en capsule, pour finir dans je-ne-sais quel univers parallèle. Qui lui aussi finit par exploser d’un « Apocalypse »…Mais au fait monsieur, oui, pourquoi ?

Parce que.


Titres de l'album:

  1. Voyage of Men
  2. The Poetic Injustice of Rats
  3. Flight of the Meek
  4. The Question, Sir, Is Why?
  5. Empire of Dreams _ #Heisenberg
  6. The Solution
  7. Nemesis
  8. Take the Devil for a Spin
  9. Don't Say Goodbye, Scott
  10. Apocalypse

Site officiel


par mortne2001 le 27/08/2017 à 14:41
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