Nous allons évacuer la problématique comme on pousse un tas de déchets ménagers dans une pelle avant de les coller à la poubelle. OUI, le sax à droit de cité dans notre univers pourtant entièrement dédié à la déesse guitare, et ce, bien avant l’avènement de SHINING et de son (pas si) culotté (que ça), Blackjazz. Quiconque a tendu l’oreille à un moment donné de sa vie sur les exactions époumonées de John ZORN en solo ou au sein de combos bruitistes comme PAINKILLER ou NAKED CITY, sait pertinemment que cet instrument, poussé à pleine puissance peut faire encore plus de mal qu’une Jackson au gain excessif, nous vrillant les tympans de ses boucles Free-Jazz. Alors, inutile de faire la fine bouche et d’argumenter que la liberté d’expression à ses limites dans l’univers Metal, puisque justement, la liberté d’expression n’admet aucune limite, encore moins celles des querelles de soi-disant « intégrité ». Après, il convient quand même de disposer d’un background solide et amplifié, sous peine de se voir claquer la porte au nez pour cause de non-appartenance au club très fermé des fouteurs de merde Rock et Hard. De là, une autre interrogation pointe le bout de ses anches. Les DRH ont-ils leur place dans un canard virtuel comme le nôtre, considérant que leur musique n’est pas vraiment du genre à mettre en avant des problématiques de violence, même sous-jacente, puisque ces musiciens semblent plus pencher du côté du Jazz où ils vont se lover que du ravin du Metal encore un peu trop abrupt pour eux où ils risquent de ne jamais chuter? A vrai dire, on s’en fout un peu, puisque leur musique, quoi que légèrement apaisée sur les bords, est encore suffisamment intense pour intéresser les plus ouverts d’entre vous. Et qu’en sus, de réguliers instants de colère viennent troubler la quiétude expérimentale ambiante.

Danilo Rodriguez (compositions, arrangements et guitare), Alexandre Phalippon (Basse), Rémi Matrat (compositions, Saxophones), Josselin Hazard (Batterie) sont lyonnais, mais personne n’est parfait. Assertion totalement gratuite puisque ce quatuor avec Thin Ice marche sur la fine couche de glace séparant les musiques actuelles des impulsions anciennes, prônant des valeurs de Jazz traditionnaliste, qu’ils intègrent à un contexte Rock tout à fait crédible. Si les arguments promotionnels un peu vagues font état d’accointances avec Franck Zappa, KING CRIMSON et PERIPHERY, il convient de voir le groupe sous un autre jour, affranchi des contraintes de comparaisons, et nous offrant un voyage sinon inédit, du moins personnel dans les méandres d’un Rock progressif que l’école française des ZOO, TRIANGLE, ALICE et autres PULSAR privilégiaient il y a de ça de nombreuses années. Moins expérimental que ses grands frères d’armes, DRH aime la logique et ne se perd pas dans ses propres délires comme GONG avec son proverbial camembert. Même si les compositions sont longues sur ce Thin Ice, elles ne reposent pas sur des principes abstraits de liberté totale, et répondent à des critères exigeants d’évolution et de progression, utilisant les gammes comme des histoires déroulant leur fil devant des personnages pas vraiment surs de la route à suivre. D’ailleurs, en jetant un coup d’œil à cette pochette cartoon nous présentant une espèce de canard boiteux jouant des percussions à cheval sur un cochon étrange relié à une machine, on se prend à rêver d’une adaptation des canons du FLOYD le plus antisocial dans un univers à la Lewis Carroll exilé chez un Disney défoncé à l’acide, sorte de merry prankster pour adultes en manque d’originalité contrôlée. On visualise très bien un Ken Kesey fait comme un mickey, et déclamant à un auditoire d’étudiants en musicologie Jazz ses poèmes en prose faits de bric et de broc, et surtout, d’hallucinations plus gentilles que réellement menaçantes.

Pas de construction alambiquée donc, malgré les libs des morceaux proposés en live, mais de la bonne musique, combinant le sens de l’aventure du progressif et l’acharnement technique Jazz, pour un mélange absolument pas contre nature et surtout, très mélodique dans les faits. Evidemment très bons musiciens, les quatre lyonnais ne nous assomment toutefois pas de constructions déformées, et refusent d’être les Dali du Free-Jazz, leurs compositions partant exactement dans la direction inverse. Si le nom de PERIPHERY apparaît à un moment donné dans les références possibles, il ne faut y voir qu’un moyen de raccrocher ce wagon à la locomotive Metal, mais autant être honnête, il y a peu de Metal sur ce disque. On y trouve du Rock évidemment, Metalnews n’étant pas l’asile des jazzmen de ce monde un peu fou, mais pas d’imbrications à la limite de la schizophrénie comme sur les disques les plus osés de PAINKILLER ou NAKED CITY. Ici, les évolutions sont mesurées, polies et pondérées, même si certains chorus de guitare nous rappellent les évasions des GONG lorsqu’ils tentaient de tester la quadriphonie en compagnie de Dashiell Hedayat/Jack-Alain Léger sur le séminal et unique acide d’OBSOLETE (« Smoking Bluffer »), où les ad-lib de Zappa première partie de carrière, avant qu’il ne remixe tous ses albums façon requin de studio. De là, et sans vouloir vous influencer, il va être difficile pour vous de vous raccrocher aux branches, spécialement si vous faites votre jugement en écoutant les premières et folles mesures de « Rift », qui joue l’hystérie pour quelques secondes histoire d’appâter le chaland en mal de démence. Car une fois cette intro passée, le climat se détend, et on se retrouve en club, la clope à la bouche, à savourer un Jazz progressif qui ne pique au Rock que sa percussion et quelques riffs placés de ci de là.

Mais - et c’est là tout l’intérêt de la chose et l’avantage de ne pas se cloisonner - Thin Ice peut quand même vous concerner, puisque outre sa musicalité évidente, il joue sur les frontières et les limites, et ose mélanger les vocables pour instaurer son propre langage. Un langage fait de cassures, de breaks en usure, d’harmonies apaisées soudainement imposées, et évidemment d’un solide bagage instrumental. Et non, il n’est pas un album de musiciens pour musiciens, mais bien un album d’hommes pour amoureux d’une musique sans marquage. D’ailleurs, certaines pistes pourraient facilement passer pour des bandes originales de films pour l’esprit, à l’instar du sublime « The Path », qui réinstaure des canons de beauté 80’s, avant de les fracasser d’un élan à la FAITH NO MORE/Patton solo pour une bronca de salon. Basse proéminente (« Thin Ice », louche comme un privé sur écoute téléphonique), guitare et sax qui se répondent en langage codé pour ne pas se faire choper, et au final, une histoire, un peu noire, mais éclairée à la bougie dans les couloirs, pour choisir la bonne ou la mauvaise porte. Celle d’un DRH qui ne vous donnera peut-être pas vos trois jours de préavis, mais qui vous dira que pour espérer rester dans l’entreprise, autant se montrer tolérant sans jouer la surprise. Et qui vous assènera un final, « non, on ne mettra pas ce satané sax dehors, le patron aime trop Scott Hamilton et Angelo Moore ».

Et pour les paniers repas, vous repasserez.     

 

Titres de l'album :

                            1.Rift

                            2.Fooled

                            3.Thin Ice

                            4.The Path

                            5.Black Chewing Gum (Live)

                            6.Smoking Bluffer (Live)

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par mortne2001 le 22/11/2018 à 16:41
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Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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