Pas toujours facile de savoir ce que cache une pochette, et encore moins un artiste. Mais après tout, c’est ça aussi qui fait la richesse du boulot d’un chroniqueur, qui de temps à autres aime être surpris par ce qu’il découvre, sans avoir besoin de points d’accroche et en ne se fiant qu’à ce qu’il écoute. C’est plus ou moins l’expérience que j’ai fait ce matin en laissant mes oreilles se pencher sur l’EP éponyme du projet TRANZIG, né du cerveau fécond d’un musicien américain décidément peu amène à se brider en se contentant d’un style particulier. On le sait, l’optique instrumentale dans le Rock est souvent sujette à interprétation, et n’est pas l’approche la plus facile pour séduire les foules, qui ont souvent besoin d’un chanteur auquel se raccrocher. On se souvient avec nostalgie de l’écurie Shrapnel de Mike Varney, et des concepts boursouflés qui en ont découlé, de Steve VAÏ et de Joe Satriani, les plus inspirés, mais si l’homme se cachant derrière ce pseudo sait manier sa guitare comme personne, il n’en a pas pour autant cédé aux sirènes démonstratives de la boursouflure guitaristique suppurante. Non, Tranzig, l’album se veut plutôt synthèse de divers courants, mais surtout, pièce musicale à part entière ne laissant pas la six-cordes monopoliser l’attention, malgré une indéniable dextérité et des soli redoutablement bien cramés. Nous parlons ici d’une forme de Metal vraiment éclectique, qui unit dans une même envie le Heavy, le Thrash, le Death, pour former au final une symphonie à la gloire des décibels, qui se montre aussi hétéroclite qu’elle n’est logique, et surtout, diablement accrocheuse et attachante.

A la croisée des chemins, Erich Tran, originaire de Des Moines comme les SLIPKNOT a travaillé pendant deux ans sa partition pour en livrer une portée complète, maculée de sextolets, de doubles et triples croches, et se plaçant sous l’égide d’influences revendiquées. La page Facebook du projet évoque donc des accointances avec les univers de SLAYER, MEGADETH, METALLICA, MORBID ANGEL, ANTHRAX, TESTAMENT, DEATH ANGEL, TYPE O NEGATIVE, DANZIG, ou PANTERA, tout en avouant indirectement une certaine fascination pour Tony MacAlpine, DREAM THEATER, ICED EARTH, et autres Jason Becker. C’est donc à une version très personnelle d’un Metal en fusion à laquelle nous avons droit, qui utilise la franchise et le groove du Mosh pour mieux catapulter des interventions mélodiques dans la stratosphère, sans perdre de vue la puissance nécessaire pour faire carburer des morceaux qui ne demandent qu’à exploser. Difficile de prendre un exemple plutôt qu’un autre pour illustrer cette métaphore, puisque chaque intervention est d’importance, aussi courte soit-elle, et entre les interludes magnifiques et apaisants (« Trapped To The Post », salut à Eddie Van Halen indirect), et les bourrasques Thrash suggérant le meilleur couplage FORBIDDEN/EXUMER (« Hellbastard »), le voyage est plus que plaisant, il est surprenant, ébouriffant, et ne se veut pas simple brouillon/carte de visite pour intéresser le chaland. Le produit est donc fini, et complet, mais perturbe de son refus d’un ancrage précis, ce qui permet de se laisser emporter par l’enthousiasme d’un musicien fort capable qui maîtrise ses gammes comme personne. Démonstratif autant qu’il n’est instinctif, ce premier EP fait montre d’une belle maîtrise dans la créativité, et une fois passée l’emphatique intro « 1975 », on tombe directement dans le piège rythmique « Car Mosh », qui évoque à merveille la stupide mais inévitable séance de headbanging de thrasheurs en route pour un concert de SLAYER.

Sans chercher à prolonger ses compositions au-delà du raisonnable, Erich Tran sait agencer ses idées pour les rendre efficaces et performantes, et se permet parfois des digressions un peu plus longues que la moyenne (« Beginning Of The End »), pour placer quelques interventions bien senties, le plaçant en convergence d’un Heavy vraiment oppressant et d’un Hard mélodisant. Tous les secteurs de jeu ont été soignés, puisque le musicien a endossé tous les rôles, et l’ensemble bénéficie d’une production at home étonnamment claire, laissant la guitare rugir dans le lointain sans suffoquer sous une rythmique un peu trop poussée. Mais c’est l’alternance et l’ouverture qui frappent les esprits, et on se prend à méchamment regretter que le trip n’ait pas été prévu pour durer, même si Erich place en deux occurrences le même morceau (« Swan Song »), dans une version unique, puis dans une autre qui incruste les implications d’instrumentistes fameux, dont David Ellefson & Randy Walker. Et la participation des cadors offre une relecture complètement différente, plus modulée et chaloupée, qui finalement donne l’impression d’écouter deux morceaux différents…Et l’impossibilité de rattacher ce projet à un mouvement précis le rend encore plus précieux, tant on se demande où l’américain aura l’audace de nous embarquer la prochaine fois, le sachant capable du grand écart le moins prévisible. Aussi Thrash qu’il n’est Heavy, aussi mélodique qu’il n’est violent, ce Tranzig est une sacrée entrée en matière qui nous présente le travail d’un musicien étrange, sorte de pendant maléfique et diabolique d’un VITNE, aussi passionné de Thrash qu’il n’est obsédé par le Heavy instrumental. Une curiosité à découvrir, mais surtout une musique assez fascinante, qui prouve que l’éclectisme a encore de beaux jours devant lui, pour peu que des hommes sincères comme Tran lui offrent le droit de cité.


Titres de l'album:

  1. 1975
  2. Car Mosh
  3. Major Classic
  4. Beginning of the End
  5. Trapped to the Post
  6. Hellbastard
  7. Swan Song
  8. Swan Song (Bonus Verison) [feat. David Ellefson & Randy Walker]

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par mortne2001 le 24/04/2018 à 14:26
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Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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