Truth

Mur

26/03/2021

Les Acteurs De L'ombre Productions

Roger Waters construisait des murs pour se protéger du monde extérieur. Nous-mêmes, en ce moment, voyons des murs s’ériger pour nous protéger d’un virus. Tout est fait dans ce monde pour nous isoler les uns des autres, et les murs sont souvent invisibles, insidieux, et se dressent virtuellement en laissant croire à un faux espace de liberté pour nous rassurer quant au totalitarisme de pensée ambiant. Paul Auster, visionnaire, parlait dans son roman The Music of Chance d’un mur que devaient construire deux joueurs de poker en manque de chance pour regagner leur liberté. Mais faut-il à tout prix construire des murs pour les détruire ensuite et retrouver un semblant de fraternité, à l’image de ce rempart séparant les deux Berlin après la seconde guerre mondiale ? Peut-être que finalement, nous ne supportons pas la véritable liberté, et que nous avons besoin d’un espace clos pour ensuite comprendre à quel point les briques nous bouffent les neurones et nous rendent fou, incapables d’apprécier un lever de soleil ou tout autre détail de vie plus important qu’un concept global.

MUR, de Paris, a très bien compris le truc. Depuis le début, le combo d’Île de France s’ingénie à empiler les briques pour mieux les faire s’écrouler d’un gigantesque jeu de chamboul’tout, construisant des structures rigides pour mieux s’exprimer ensuite via le marteau de la diversité. J’ai immédiatement été conquis par cette démarche et depuis ses débuts, MUR n’a pas cessé de m’enthousiasmer de sa manipulation des extrêmes avec lesquels il joue avec une malice incroyable.

Le premier EP avait creusé les fondations de l’édifice, et j’en prenais acte avec délice. Entre Post-Hardcore et Post-Black, le sextet (Julien Granger – batterie, Alex Michaan – claviers, Jay Moulin – chant, Benjamin Leclère – guitare, Benjamin Gicquaud – guitare et Thomas Zanghellini – basse) faisait reculer les barrières pour explorer le monde de la violence qui régit le monde d’une humanité qui n’en est plus une depuis longtemps. Brutalism, lâché par les Acteurs de l’Ombre, avançait encore plus sur le chemin de l’expérimentation, mais ne baissait pas en intensité, au point que j’y avais vu un certain avenir pour le préfixe Post qui servait déjà d’excuse facile depuis trop longtemps. Et deux ans après ce premier jet impeccable, les six musiciens reviennent avec un nouvel EP dans les poches, qui une fois encore progresse et propose des choses différentes, toujours aussi viscéralement brutales, mais aérées par des arrangements qui ne servent pas que de décor ou de gimmick. 

En pleine pandémie et psychose de la COVID imposée par un gouvernement affolé ou au contraire trop dilettante, MUR continue dans la construction, et empile, cimente, voyant son œuvre tutoyer les cimes. Il ne serait donc pas étonnant qu’ils le fassent éclater dans un futur proche, mais avant, il leur fallait rétablir une vérité. Cette vérité, c’est celle qui affirme qu’on ne peut apprécier l’unification qu’après avoir subi l’isolation, et les cinq nouvelles chansons proposées par Truth en sont autant de témoignages. Mais le groupe continue de regarder dans les interstices pour savoir ce qui se passe derrière, cet arrière qu’ils devront affronter quand les briques se casseront en mille morceaux. Truth n’est pas une surprise en soi, juste une confirmation, solide, utilisant des éléments de Synthwave pour apporter à la musique eu peu d’air frais. « Frais », façon de parler, puisque lorsque l’attaque immédiate « Epiphany » nous étrangle de sa rage purement Post-BM, on se demande encore si l’on va pouvoir respirer dans cet enclos de rage. Les guitares, toujours acides et arides tissent un canevas inextricable qu’on vous pose sur la bouche pour vous empêcher de crier, alors que la rythmique donne les à-coups brutaux qui vous font vaciller sur vos jambes. Jusqu’à ce que le chant de Jay et le clavier d’Alex nous offrent une pause vicieuse, menant à un combat entre les blasts et les cris. Heureux de voir que les parisiens n’ont pas changé d’optique, je note quand même des efforts de mélodisation, qui contrebalancent avec efficacité avec la bestialité crue ambiante, toujours bon reflet d’une époque de béton et de relations virtuelles foireuses.                  

Si UNSANE dévoilait nos vices avec une crudité qui n’était pas toujours facile à encaisser, les MUR reflètent leur époque sans voyeurisme, mais avec une lucidité cruelle. Leur musique est toujours aussi éprouvante, leurs arrangements savants mais douloureux, leurs silences encore plus chargés en vilénie que leurs crises de colère, et leur approche de plus en plus en convergence, entre Metal, Hardcore, Black Metal, pour mieux illustrer les travers d’une époque qui ne cède qu’à la mode de la délation et du chacun pour soi.

« Suicide Summer », à la frontière du DSBM orchestral, donne des envies de mort au soleil. Au soleil d’un mur qui reflète la chaleur pour la transformer en fournaise. Du coup, la travestie et transsexuelle reprise du classique « Such a Shame » des TALK TALK passe presque pour une rencontre heureuse dans une nuit de vice. Je vous rassure, à moins de la noter dans le tracklisting, et d’en déchiffrer le court refrain hurlé par Jay, il est impossible de la reconnaître, et cette appropriation révèle le talent d’un groupe qui transfigure tout ce qu’il touche. Mais c’est évidemment le long pamphlet « Truth » qui attire l’attention de ses dix longues minutes. 

Ces dix minutes purement Ambient, purement EBM, parfois un peu Disco-Wave vont surprendre les amateurs, et sans doute les rebuter : alors que nous étions en droit d’attendre un long crescendo de douleur final, nous nous voyons opposer cette fin de non-recevoir en forme d’hymne au synthétisme. On peut y voir une solution de facilité, mais on a aussi le droit d’imaginer une suite plus lumineuse, et la fin d’un MUR que l’on aimerait voir s’écrouler pour savoir si les six musiciens sont capables de nous offrir un avenir plus optimiste. Seul le prochain album nous livrera les clés, mais je crains que la suite des évènements ne soit pas forcément plus gaie que son présent.

Bien au contraire.     

     

                                                                                                                                                                                                   

Titres de l’album:

01. Epiphany

02. Suicide Summer

03. Inner Hole

04. Such A Shame (TALK TALK cover)

05. Truth


Site officiel

Facebook officiel

Bandcamp officiel



par mortne2001 le 16/04/2021 à 18:54
85 %    107

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Blood Sugar Sex Magik

mortne2001 25/09/2021

From the past

Benighted + Shaârghot + Svart Crown

RBD 22/09/2021

Live Report

Use Your Illusion I & II

mortne2001 18/09/2021

From the past

Witchfuck : le contre-pouvoir en Pologne

Simony 14/09/2021

Interview

Voyage au centre de la scène : CATACOMB

Jus de cadavre 29/08/2021

Vidéos

LA CAVE #6 : une sélection d'albums Metal Extreme

Jus de cadavre 20/08/2021

La cave

Suffocation 2014

RBD 09/08/2021

Live Report

SWAMP TERROR : La bête des marais !

Simony 16/07/2021

Interview
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
metalrunner

Très  bon album une bonne claque vivement du live .

26/09/2021, 09:12

RBD

Cette prolongation de "Surgical Steel" va certes ramener dans le camp des déçus ceux qui espéraient que ce précédent n'était qu'un tour de chauffe avant un "Heartwork II" ou un "Symphony of Putrefac(...)

25/09/2021, 22:24

Sakura

transophobe black metal

25/09/2021, 14:15

Je te sodom à l\'agent orange

@Drift : tu préfères quoi haineux? haïsseurs? Je vois en quoi en utiliser un anglicisme comme haters rend nul le reste de son propos. En tout cas, pour toi, j'ai une expression bien française : sac à merde.

25/09/2021, 14:13

drift

Encore un gogo qui parle "haters"

25/09/2021, 12:34

araf

Il est grand temps qu'ils arretent les frais

25/09/2021, 12:32

Gargan

Très futé comme commentaire. Je ne crois pas qu’il faille forcer les choses à ce niveau, sinon c’est l’effet repoussoir assuré. Faire écouter les classiques du rock / hard / heavy en crescendo, c’est déjà pas mal. Quand ta p(...)

25/09/2021, 10:30

Pine de pute

@KerryKing : espèce de gros blaireau, n'oublie pas la bière dans le biberon. Si ce sont des gros nazes comme toi qui sont les porte-flambeaux de "notre héritage", pas étonnant qu'on ne soit que rareent pris au sérieux. Et franchement, va te f(...)

25/09/2021, 07:26

Ander

Pas trop mal ce titre. J'aime bien le son de basse qui se démène derrière.

24/09/2021, 08:37

Kerry King

Vieille bonne époque, rien a voir avec le collège d'aujourd'hui, on a tous commencé avec le hard rock et differentes vagues, mais pour sauver notre héritage va falloir commencer par plus fort !Mon fils sera bercé des sa naissance part du Death e(...)

24/09/2021, 01:05

Humungus

Moshimosher + 1.

23/09/2021, 17:28

Moshimosher

Necromantia avec une seule basse, c'est plus vraiment Nécromantia... dommage...

23/09/2021, 16:08

Orphan

Et je trouve le titre de grande classe

23/09/2021, 15:28

Orphan

Excellente news !20 ans plus tard, il y a toujours un moment dans l'année où je me réécoute ANCIENT PRIDE

23/09/2021, 15:21

metalrunner

Super version James a la pêche bravo pour ces petits concerts  a prix casse .

23/09/2021, 11:41

Humungus

Alors !J'ai enfin pris le temps d'écouter tout cela cher Jus de cadavre (car j'ai moi aussi de mon côté des trucs en attente à ouïr...). Et autant le dire tout de suite, je ne connaissais aucuns groupes de ta sélection.Alors c&ap(...)

23/09/2021, 11:37

Kerry King

En 2021 plus aucun intérêt de taper sur Metallica, on leur a taper dessus suffisamment comme ils l'ont mérité sur les 20 dernières années.Voyons maintenant ce groupe comme le pondeur de 5 albums majeur de l'histoire, d'une certaine no(...)

23/09/2021, 10:30

Humungus

OUHLALALALA !!! !!! !!!J'l'avais pas vu arrivé celle-là !Le titre est lambda. Malheureusement pas de retour au "vrai son NECROMANTIA".Hâte tout de même d'entendre l'album complet...

23/09/2021, 09:44

Humungus

On peut taper allégrement sur ces mecs (moi le premier), mais ce genre d'initiative "retour aux sources et aux fans", y'a quasi qu'eux qui le font...

23/09/2021, 09:38

Bones

Je me rends compte que j'ai visionné ça comme si j'avais retrouvé un vieil objet familier dans ma cave, analysant si l'humidité avait eu prise dessus, cherchant (et trouvant) les points de rouille... Ca fait bizarre de voir ces mecs prendre autant de rid(...)

23/09/2021, 07:50