Si vous suivez un peu mes chroniques, vous vous souvenez sans doute que je vous ai parlé hier de mon affection pour les groupes qui tentent de sortir des lieux communs, au risque de se planter. Mais il est évident qu’en réfléchissant un peu, vous aurez compris de vous-même qu’il n’y a rien que j’aime plus qu’un groupe qui évite les clichés et la facilité, et qui y parvient avec panache. Des noms étayant cette thèse seraient faciles à nommer, mais je préfère me concentrer sur l’un d’entre eux. Pas le plus connu, pas le plus régulier dans son actualité, mais l’un des plus étranges, des plus séduisants, et osons le dire, des plus créatifs. En 2012, j’avais déjà croisé sa route sinueuse à l’occasion de la parution de son premier long, ce Joint Ventures qui m’avait permis de comprendre que le Death Metal n’avait pas encore dit son dernier mot, malgré sa compression de plus en plus oppressante et sa tendance à l’autosatisfaction dans son désir de ramener à la surface des souvenirs du passé. Mais certains musiciens ne se contentent heureusement pas de pousser la brutalité dans ses derniers retranchements synthétiques, ni de loucher vers le rétro pour se baigner dans les eaux floridiennes avant de se rafraîchir dans les glaces scandinaves, et avancent, coûte que coûte, au risque de se voir marquer au fer rouge de la honte dite du « Progressif ». Death progressif, on connaît bien depuis l’orée des années 90, et les CYNIC, PESTILENCE, ATHEIST, mais aussi par le versant plus romantique et flou des OPETH et autres GOJIRA, mais la surprise semble être toujours de mise, même si beaucoup s’étonnaient de ne plus être surpris par qui que ce soit. Et avec sept ans de silence et une discrétion fort peu à propos, les THE ODIOUS ne semblaient pas être à même d’incarner les superhéros susceptibles de nous sauver du marasme créatif, jusqu’à ce que ce Vesica Piscis batte le pavé de la reconquête.          

Pour être franc, disons simplement qu’on y croyait plus, ou plus simplement, qu’on n’y pensait plus. Sept ans en termes de production et de Metal extrême, c’est une carrière entière, et de quoi occulter la soif des fans en se disant implicitement que la régularité n’est pas une donnée essentielle. Sauf que cette attitude, aussi peu viable soit-elle, a besoin d’un élément clé pour fonctionner. Le talent, et parfois même, le génie. Deux qualités que les originaires de Portland possèdent, et qu’ils mettent en avant sur cette troisième réalisation les replaçant sous les feux ardents d’une actualité pourtant fertile. Et en parlant de fertilité, autant dire que le champ de leurs possibilités n’est pas resté en jachère depuis 2012, puisque le quatuor (Spencer Linn - guitares/chant

Patrick Jobe - chant/claviers, Garrett Haag - batterie et Austin Haag - basse) a une fois encore mis les petits plats dans les grands en se lançant dans une percée incroyable de technique et d’inspiration, fondant les genres les plus génériques dans un creuset plus spécifique, et atteindre ainsi les sommets de ce que l’on appelle avec encore un peu de condescendance le « Death progressif ». Alors, progressif comment ? De longues digressions le confinant au bavardage le moins tolérable ou en accumulant les idées jusqu’à frôler l’overdose de plans qui vous assomment plutôt qu’ils ne vous galvanisent ? Aucun des deux, chère audience, puisque les THE ODIOUS, fidèles à leur recette ont encore trouvé le juste milieu entre rêverie agressive et prolixité mesurée, et les dix morceaux de ce nouveau concept prouvent que le Death, le Jazz, le Rock, le Metal et plus généralement, la musique moderne cohabitent assez bien dans un contexte de brutalité mesurée. Des partitions, chargées, des expressions, modulées, mais surtout, l’envie de proposer autre chose qu’une simple surcharge pondérale de plans plus ventripotents que performants, et un utilisation très intelligente de la mélodie, des effets électroniques, et de synthés qui ne bouffent pas l’herbe verte du pré voisin.

Dans les faits, et avec un manque de recul flagrant, Vesica Piscis pourrait d’ores et déjà s’apparenter à un chef d’œuvre d’un genre qui n’existe que si l’on y croit. Entre les performances individuelles, les signatures rythmiques incroyables mais stables, la complémentarité des chants qui évitent enfin la simplicité lénifiante de la dualité growls/clair pour privilégier les volutes et les mécontentements factuels, les harmonies de guitare se transformant en riffs presque Metal Jazz, et des influences de mieux en mieux digérées entraînant nos amis à la lisière d’un Post Death logique, ce nouvel effort des américains ne ménage pas les siens pour nous convaincre de son caractère indispensable. Se plaçant toujours sous l’égide d’influences que chacun reconnaîtra au détour d’un passage plus évident que la moyenne, une chose toutefois rare (INTRONAUT, CEPHALIC CARNAGE, THE RED CHORD, LED ZEPPELIN, OPETH, MESHUGGAH, BETWEEN THE BURIED AND ME, GOJIRA, LOG!, GENGHIS TRON, THE FACELESS, DEVIN TOWNSEND), le quatuor évite avec un flair incroyable tous les pièges et poncifs du Death démonstratif et surchargé, aérant constamment leur musique de breaks harmoniques ou au contraire très condensés, ce qu’on remarque évidemment dès la plongée en apnée de « Repugnant », lâché en éclaireur. Très élaboré, mais n’oubliant pas de se montrer percussif, ce Metal extrême qui doit tout autant à la liberté du Rock Progressif qu’à la rigueur brutale d’un Death évolutif ne se refuse aucune possibilité, n’exclut aucune piste, au point de sonner parfois en convergence de la réunion improbable entre RUSH, OPETH et Devin TOWNSEND (« Mono No Aware »).

Et même les plus réfractaires à la cause progressive de se fédérer autour d’un groupe qui finalement, sonne aussi naturel qu’un combo de Metal lambda aux ambitions moindres (« Arbiter Of Taste »), reconnaissant leur capacité à moudre des grains différents dans un même café revigorant. Sans tergiverser, mais en naviguant entre douceur et puissance (« Glowjaw »), Vesica Piscis rappelle même par instants la vague de Seattle et les ALICE IN CHAINS, avant de retrouver l’impulsion géniale de la scène Néo suédoise de la même décennie, battant les GOJIRA sur leur propre terrain, et défiant même la génération des COMA CLUSTER VOID sur le modèle de l’étrangeté efficiente et ultraviolente (« Hastor the Shepard Gaunt »). Notes jamais superflues, inspiration mélodique divine, production claire et illuminée, l’ensemble à des allures d’arlésienne qui revient à la vie, et de madeleine de Proust multiple nous renvoyant à des souvenirs d’enfance individuels, mais partagés collectivement. On en finit même par se demander ce qu’on a pu vraiment écouter (« Fix », presque seventies dans ses arpèges acoustiques et sa pureté harmonique), nous disant que « Death » n’est qu’un terme parmi tant d’autres pour tenter de cerner une démarche terriblement personnelle. Sortir du rang, la tête haute, tenter, et réussir. Un exploit qui n’est pas donné à tout le monde mais que THE ODIOUS accomplit de façon irrégulière, mais magnifique.    

 

Titres de l’album :

                       1.Scape

                       2.Repugnant

                       3.Arbiter Of Taste

                       4.Glowjaw

                       5.Hastor the Shepard Gaunt

                       6.Vesica Piscis

                       7.Heavy Rhetoric

                       8.物の哀れ

                       9.Misuse And Malignment

                      10.Fix

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par mortne2001 le 07/02/2020 à 18:18
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Et bien... quelle chronique Mr Mortne une fois de plus !
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