Je pense sérieusement à dénoncer un jour les responsables de Sentient Ruin pour cause de manque d’empathie flagrant. Les traduire devant un tribunal civil ou militaire pour les juger de hauts faits de trahison musicale eut égard aux souffrances qu’ils nous auront fait subir depuis leur création à Oakland. Et sans aller jusqu’à recenser toutes les abominations qu’ils ont répandues sur un monde déjà à l’agonie, on pourra placer quelques noms dans le réquisitoire de l’accusation, pour apporter les preuves formelles de leur vilénie. Moi qui suis depuis quelques années leurs exactions de production, je peux affirmer qu’ils ont laissé leur porte ouverte aux formations les moins tolérables de l’histoire, avec une morgue le confinant à la défiance la plus absolue. C’est simple, plus vous faites de bruit, plus vous êtes laid, plus vous êtes méchant et agressif, plus vous avez de chances d’intégrer leur écurie de l’horreur, ce que prouve une fois de plus la sortie du premier LP du projet VESSEL OF INIQUITY, qui ne s’inscrira certainement pas dans la marge de leurs distributions les plus accessibles. Mais qu’attendre d’autre de la part d’un label américain ayant par le passé osé lâcher sur le marché des abominations de la trempe de VERMIN WOMB, SHOW OF BEDLAM, NECROT, PETRIFICATION, ATRAMENT et autres VOID ROT ? Pas grand-chose, sinon une solide dose de misanthropie, augmentée d’une quantité non négligeable de souffrance pour l’auditeur éventuel. Et cette nouvelle offrande ne contredira certainement pas leurs dogmes les plus fondamentaux, puisque de l’Oxfordshire, sud-est de l’Angleterre surgit une nouvelle créature innommable, dont les seules obsessions sont de repousser les limites d’un Black Metal qui n’admet déjà que très peu de contraintes.  

Fondé en 2015, le one-man project VESSEL OF INIQUITY fut déjà responsable d’une entame en version courte en 2016, via un éponyme qui posait les jalons d’une exploration des recoins les plus sombres de l’âme humaine. Aujourd’hui, animé des mêmes mauvaises intentions, ce musicien solitaire pousse l’effort de quelques minutes pour accentuer les points les plus nuisibles de sa musique, et nous proposer via Void Of Infinite Horror un voyage aux confins du non-sens harmonique, réfutant tout principe de musicalité pour s’enfermer dans un donjon de torture dont seuls les plus aguerris tenteront de franchir les lourdes portes. Pour les néophytes et les esprits purs ne connaissant pas encore la bête, ce concept est né du cerveau dérangé de S.P White, poly-instrumentiste émergeant des abysses de l’enfer, et s’impliquant aussi dans diverses formations toutes moins complaisantes les unes que les autres, comme AN AUDIENCE OF NONE, ANATTA, DYNAMICAL SYSTEM COLLECTIVE, EDGE OF DARKNESS, ou THE NULL COLLECTIVE. Dans chaque cas de figure, notre ami anglais est seul à la barre, et je le vois mal partager les responsabilités à l’écoute de ce pamphlet entièrement tourné vers une distorsion du bruit à l’extrême, pour se rapprocher des entités les plus néfastes du circuit. D’ailleurs, son label dérangé n’hésite pas à l’acoquiner avec des excroissances aussi infâmes que GNAW THEIR TONGUES, TETRAGRAMMICIDE, SUTEKH HEXEN, ou TEITANBLOOD, allant même jusqu’à coucher sur papier le nom imprononçable d’ABRUPTUM, ce qui en dit long sur le contenu de ce second LP trop bref pour être désigné comme tel.

Cinq morceaux, pour moins de vingt-cinq minutes de chaos, c’est largement suffisant pour jauger du potentiel d’un concept qui défie la gravité pour nous catapulter vers une étoile noire. Cinq chapitres qui prônent tous plus ou moins les mêmes valeurs, celle d’un BM trempé dans la lave dérangeante de l’expérimental bruitiste, cette même fontaine en geyser près de laquelle Mories va souvent étancher sa soif d’ignominie pour continuer de produire des œuvres à la dimension cauchemardesque. Et c’est d’ailleurs le parallèle le plus intéressant à dresser en partant du constat Void Of Infinite Horror, qui s’échine à mériter son titre à chaque seconde, en exceptant une outro en forme d’Ambient plus posé. Mais il est tout à fait rationnel de craindre pour la santé mentale d’un musicien qui débute son second chapitre par une déclaration de folie de la trempe de « Invocation of the Heart Girt With a Serpent », qui de ses blasts incessants, de ses arrangements de crypte hantée et de son chant indiscernable et sous-mixé évoque les crises les moins pardonnables de GNAW THEIR TONGUES, tout autant que la catharsis d’un instrumentiste décidément peu à l’aise avec les convenances harmoniques. Aussi bruyant qu’un cataclysme sismique peut l’être, ce premier morceau place la barre très haute (ou basse selon les points de vue), et développe des arguments vénéneux de guitares gravissimes, dont l’emphase est encore plus exagérée sur la suite « Babalon ». On se retrouve plongé dans un magma de lourdeur excessive, de guitares qui ne tolèrent que les inflexions les plus profondes, et de soudaines accélérations qui brisent les cervicales, pour un ballet d’horreur incroyablement dense, mais paradoxalement aussi réfléchi que viscéral. Car aussi excessive soit l’approche de S.P White, il ne nous prend pas pour de vulgaire adorateurs du veau d’or en agençant sa musique pour la rendre compréhensible, et en maniant le chaos avec une dextérité incroyable.

Et appuyé par une production absolument énorme, le musicien s’en donne à cœur noir de joie, et convoque une horde de démons aux agapes de l’apocalypse. Et plus on avance dans le marigot de ses tendances noires comme la mort, plus on s’empêtre dans un marais poisseux de haine, de ressenti et de misanthropie, la « musique » prenant des atours de moins en moins recommandables, et s’enfermant dans une lourdeur véritablement oppressante. Ainsi, le title-track développe des arguments assourdissants, adaptant l’ignominie d’un ABRUPTUM pour la traduire dans un langage cryptique capté au fond d’une caverne par un matériel pointu et moderne, et réconcilie l’Horror-Ambient des IN SLAUGHTER NATIVES et de LUSTMORD avec le Noisy BM le moins supportable. Et aussi difficile d’accès soit cette approche artistique, elle fonctionne à un niveau hypnotique assez troublant, puisqu’elle refuse les convenances du BM le plus lo-fi et déviant, pour au contraire creuser les bases. Les morceaux sont structurés et ne sont pas de simples défouloirs, le compositeur a des capacités, et les exploite, et finalement, on se retrouve captivé par cette odyssée aux frontières de l’horreur, qui nous renvoie une image de nous-même en tant que voyeurs très peu flatteuse, mais terriblement réaliste. Une traduction littérale du marasme dans lequel l’humanité est plongée, et plus concrètement, l’un des albums de BM noisy les plus pertinents, à cent lieues des caprices instantanés de formations toutes plus nulles et anecdotiquement risibles les unes que les autres.            


Titres de l'album :

                         1. Invocation of the Heart Girt With a Serpent

                         2. Babalon

                         3. Void of Infinite Sorrow

                         4. Mother of Abomination

                         5. Once More Into the Abyss

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par mortne2001 le 01/03/2019 à 16:34
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Excellents extraits, comme vous les gars. Voilà un type qui se bonifie avec le temps, sans perdre son agressivité. Un sent une progression à travers ses albums, il est à parier que celui-ci ne fera pas tâche (le riffing de "Luciferian Sovranty" fait mal aux dents).


Pis cela sera très certainement mon cadeau de St Valentin (sic).