Depuis 2004 et leur grand comeback, les EUROPE n’ont eu de cesse de se rapprocher de leurs racines, celles qui avaient permis à leurs premiers albums d’étendre leurs branches DEEP PURPLE dans le ciel du Hard Rock européen des années 80. Beaucoup n’y voyaient là qu’une tentative de revenir par la petite porte en occultant les exagérations en gimmicks pour adolescents de The Final Countdown ou Prisoners In Paradise, mais après quelques albums et années entérinant cette reconquête de leur public, même les détracteurs les plus farouches durent se rendre à l’évidence. Les suédois étaient enfin redevenu ce groupe superbe et magnifique, obsédé par Ian Gillan & co, et capable de signer des hits sans avoir à racler les fonds de poubelle cheap des charts US. Exit le fantôme gluant du Top 50, le quintette, dans sa configuration originale (re)commençait à attirer des foules Rock à ses concerts, ce qui n’était que justice, tant les suédois n’ont jamais déçu sur scène. Et sur album non plus, les enchaînant avec une maîtrise et une inspiration incroyable, se permettant même pour ce second lever de rideau de proposer leurs numéros les plus élaborés, comme ce Secret Society aux graves tangibles, ou ce petit dernier, sorti il y a tout juste deux ans, War Of Kings…Aujourd’hui, EUROPE fête son onzième album studio en grandes pompes avec Walk The Earth, qui devait au départ se vouloir concept, avant que le beau Joey ne réalise qu’après tout, son groupe n’était qu’un simple rock act, sans perdre de vue le message qu’il souhaitait faire passer par ses mots…

Existe-t-il une raison tangible pour ces cinq musiciens de continuer à s’appeler EUROPE, alors même que cette appellation, censée illustrer la notion d’unité, tombe en lambeaux sous les coups des isolationnistes, des protectionnistes, nationalistes, indépendantistes, et détracteurs de tout poil qui aimeraient bien morceler la terre et s’affranchir du joug de Bruxelles et de Berlin ? La question est légitime, et ça n’est sans doute pas par hasard que Tempest s’est concentré sur deux ou trois thématiques précises, dont la naissance des démocraties anglaises et française, via Napoléon terrassant les aristocrates et le Magna Carta, dessinant les règles populaires anglaises actuelles. Le cas Trump n’est évidemment pas occulté non plus, ni le Brexit et Theresa May, et c’est donc un groupe aux implications presque politiques que nous retrouvons aujourd’hui pour célébrer une fête un peu spéciale, et disons-le, « subjective », puisque partant de mon propre ressenti, qui ne fera sans doute pas l’unanimité. Mais sans garder le suspens trop longtemps en l’air pour rien, je me permettrai donc d’affirmer qu’avec Walk The Earth, EUROPE signe son meilleur album, « un petit miracle » selon Joey, en jouant pourtant sa musique la plus datée et sombre depuis ses origines…

Produit par Dave Cobb (RIVAL SONS) aux Abbey Road studios, ce onzième effort bénéficie de l’expérience du technicien, qui toujours selon le fringuant chanteur les a « tirés vers le haut », ou plutôt vers le passé, puisque ce LP se plonge en plein marasme nostalgique des 70’s, en unissant dans un même élan créatif les impulsions serpentines de LED ZEP, et la profondeur organique des DEEP PURPLE, sans jamais paraître opportuniste ou passéiste, ce qui n’est pas le moindre des exploits. Walk The Earth, sous sa splendide pochette signée du californien Mike Sportes (et digne des travaux les plus graphiques des studios HIPGNOSIS) n’arpente pas la terre, il traverse le temps, pour nous offrir sur un plateau d’argent la substantifique moelle d’une décennie durant laquelle les orgues de Jon Lord affrontaient la guitare de Jimmy Page, et celle de Ritchie Blackmore défiait le chant de Robert Plant, pour le plus grand plaisir des fans qui assistaient à ce duel épique par procuration, encourageant les deux groupes mythiques à aller de plus en plus loin…

Je vais jouer franc jeu, moi qui suit le groupe depuis Wings Of Tomorrow, et qui s’est laissé fasciner par leur retour post Stark from The Dark. Ce onzième album est une pure merveille qui adapte des standards d’une décennie qui ne sera jamais oubliée à un contexte contemporain, sans trahir l’inspiration originelle, ni déformer le prisme de vue des suédois. Leur optique n’a pas changé, mais il semblerait que cet album qui naquit de façon fortuite leur a permis de redevenir ce gigantesque groupe au son si unique, qui aujourd’hui encore se transforme, pour s’adapter à une courbe temporelle les ramenant au point de départ de leurs influences. Si celles du ZEP et du PURPLE sont tangibles et incontestables, c’est plutôt le son global qui impressionne de sa maturité, et qui retrouve les accents mystiques d’il y a quarante ans, lorsque chaque disque important étant attendu comme le messie, ou comme un guide spirituel. Ce son presque religieux, qui donnait de l’ampleur à l’orgue pour qu’il sonne grandiloquent, qui n’émoussait pas la guitare pour qu’elle puisse mordre de toutes ses cordes comme de caresser de toute la longueur de son manche, et qui offrait à la rythmique une rondeur et une profondeur en écho, tout en laissant le chant en avant, sans qu’il n’empiète trop sur l’espace vital. On retrouve toutes ces composantes ici, qui trouvent un équilibre surnaturel sur l’épilogue magnifique « Turn To Dust » aux chœurs désincarnés, aux ébènes et ivoires possédés, au riff de guitare envouté, pour une longue coda démarquant intelligemment les préceptes du FLOYD d’Animals et des BEATLES de « I Want You » (ce shunt impromptu complètement calqué et qui s’évanouit sur un vieil air de Jazz, c’est du génie pur…).

Les cinq musiciens n’ont jamais paru si concernés et impliqués, et Mic se permet des approches beaucoup plus poussées que d’ordinaire, tandis que John lâche les chiens de guerre, et sort le grand jeu, pour prouver une bonne fois pour toutes qu’il n’a rien à envier à Jimmy, Ritchie ou Yngwie, en faisant évoluer en parallèle la dextérité pleine de vélocité et le feeling transpirant d’émotion.

Mais la meilleure preuve à donner est immédiate, et se cache dans le morceau d’ouverture « Walk The Earth », qui restera ce que EUROPE a proposé de plus puissant et explosif depuis ses débuts qui n’étaient pourtant pas hésitants. Volutes synthétiques trompeuses amenant sournoisement le propos, avant qu’un des riffs les plus amples de Norum ne prenne le relai, transcendé par un chant souverain de Joey, dont la voix n’a jamais sonné aussi adulte et poignante à la fois. Tempo martial plombé par Ian et John Leven, pour une union céleste entre la sensualité lourde du ZEP et la grandiloquence baroque du PURPLE, et finalement, une incarnation digne du trop fameux « Innuendo » de QUEEN, soit les trois références les moins contournables des seventies. Mais les suédois n’en ont pas pour autant oublié leur Rock épileptique au placard, et le démontrent avec fougue sur le up tempo de « GTO », qui ridiculise en une poignée de minutes tous les efforts consentis par les KINGDOM COME, BADLANDS et autres chantres d’une admiration plantienne un peu trop prononcée du passé…Joey se lance dans des incartades lyriques soufflantes de passion, alors même que son lieutenant de toujours digresse sur ses cordes avec une pertinence flamboyante. Du travail d’orfèvres, ayant su garder une approche viscérale du Hard, sans oublier les mélodies au placard… « The Siege » entérine cet état de fait, et se rapproche beaucoup de War Of Kings, sans pour autant en replacer des idées déjà énoncées. De petites choses surprenantes de çà et là, à l’instar de ce « Kingdom United », très heurté et syncopé, de ce « Haze »,  Heavy Metal en diable, ainsi qu’un autre burner à la « Scream of Anger », « Whenever You’re Ready », qui achève de démontrer que le EUROPE 2017 est bien largement au-dessus du meilleur de son propre passé…Véritable démonstration de force qui pourtant n’en est pas une, ce onzième LP de la carrière des suédois est un tour de magie, qui remplace les proverbiaux chapeau et lapin par une inspiration et une créativité surnaturelle, laissant le public pantois de ne pas comprendre comment le quintette est parvenu à faire disparaître les doutes sous des certitudes incontestables…

N’en déplaise aux esprits chagrins, EUROPE a toujours été l’un des plus grands groupes de Hard Rock de la planète, au même titre qu’un DEEP PURPLE ou qu’un JUDAS PRIEST. Et Walk The Earth de démontrer qu’il n’est nullement besoin de piller pour honorer, et qu’il suffit de se fier à sa passion et à son instinct pour sonner plus sincère et honnête que tous ces combos pensant qu’en plaçant avec application des plans plagiés, ils méritent l’appellation « nostalgique » plus que quiconque. Le talent ne se copie pas, pas plus qu’il ne s’achète. Et si vous souhaitez vous souvenir d’une époque révolue où l’Europe avait réuni les peuples autour d’une même cause commune, cet album en sera le seul témoignage encore probant. Un petit miracle pour un grand chef d’œuvre.


Titres de l'album:

  1. Walk The Earth
  2. The Siege
  3. Kingdom United
  4. Pictures
  5. Election Day
  6. Wolves
  7. GTO
  8. Haze
  9. Whenever You're Ready
  10. Turn To Dust

Site officiel


par mortne2001 le 11/11/2017 à 14:13
97 %    369

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


JérémBVL
membre enregistré
13/11/2017 à 18:04:33
Tout est dit. Magnifique texte, une fois de plus.

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