Ziusudra

Sunstare

13/05/2022

Source Atone Records

La Mésopotamie, les sumériens, 4800 ans en arrière pour nous raconter l’histoire d’Uta-Napishtim, ou l’Athrahasis, homme sage, homme aux mille vies, homme à l’arche pillée par d’autres religions. Des Dieux lassés par une humanité bruyante ayant décidé de faire table rase, et de déclencher famines, catastrophes, guerres, pour détruire l’être humain dans un chaos sublime, laissant Uta-Napishtim seul sur son arche, pendant des siècles.

Cette histoire vieille de plusieurs millénaires pourrait bien être celle que nous vivons aujourd’hui, dans ce monde vicié par l’égoïsme, la fuite en avant et la surexploitation des ressources naturelles, ces conflits inutiles, et ce consumérisme de marchands du temple. Il n’est donc guère étonnant que les lillois de SUNSTARE l’aient choisi comme thématique de leur troisième album, la marche la plus haute à gravir pour un jeune groupe, même s’il accuse dix ans d’existence.

Quatre ans après Eroded, sept ans après l’initial Under the Eye of Utu, SUNSTARE revient avec Ziusudra, qui raconte donc cette légende incroyable, de destruction, de solitude, et de Dieux prêts à sacrifier leur engeance mortelle. Pour mettre en forme ce concept, il fallait évidemment au quatuor (Peb - chant, Tom - basse, Vincent - guitare et Antoine - batterie) composer les titres adéquats, reliés entre eux par un fil d’Ariane, lourds, forts, puissants, à la limite d’un chaos organisé, et c’est exactement ce que ces sept longues pistes proposent, entre Doom moribond et Post Hardcore progressif maladif et tendu comme un destin scellé d’avance, et depuis longtemps.

L’ADN de SUNSTARE est évidemment présent dans toutes les terminaisons nerveuses de cet album qui se pose en acmé d’une jeune carrière enviable, qui tient aujourd’hui toutes ses promesses justement. En continuant sur leur trajectoire ascendante nous tirant vers les tréfonds de la lucidité, les lillois proposent à leur public un savant mélange de sonorités, de strates, de textures, posées sur des rythmes lents et lancinants, le tout recouvert d’un nappage de hurlements rauques dans la plus grande tradition d’un NEUROSIS des grands jours.

L’argument promotionnel nous enjoint à considérer l’album comme un monolithe, chaque morceau étant dépendant des autres pour former un tout, et je dois reconnaître que cette assertion est la bonne. En effet, chaque titre est une pierre apportée à un gigantesque édifice, Kubrickien, qui pourrait être ce rocher de vie, impassible dans le temps, inamovible, et contenant toutes les réponses que l’humanité souhaite.   

Avec évidemment en exergue cette gigantesque guitare, trademark d’un style qui a peu évolué depuis ses débuts, SUNSTARE se repose donc sur des évolutions aux détails parfois imperceptibles, mais qui avance pourtant à pas de loup vers une fin inéluctable. Il est donc évident que Ziusudra doit être écouté dans son intégralité pour être jugé et apprécié, mais lorsque le dernier titre répand ses effluves dans le silence, la compréhension du thème et son ancrage dans notre actualité sont évidents.

Inutile donc de s’attacher à décrire tel ou tel chapitre de ce nouveau grand tome de l’histoire de SUNSTARE, à part peut-être pour signaler que « Ganzer » est sans doute le morceau le plus compact que la bande a pu composer depuis ses débuts, avec ce jeu de voix susurrée puis hurlée à pleins poumons. Réussite enrobée d’une production gigantesque, au son massif mais aux détails précis et identifiables, Ziusudra utilise évidemment les percussions avec beaucoup d’efficience, n’a presque jamais recours à des arrangements inutiles et autres gimmicks de studio, et se contente de braquer la lumière sur l’osmose entre ces quatre musiciens jouant dans la même direction, et nous entraînant au bord du précipice de l’existence.

Construit comme un crescendo censé illustrer cette colère des Dieux et la solitude éprouvée par cet homme aux mille vies, Ziusudra respire, se meut dans le temps et l’espace, et restreint les espaces pour nous confiner dans la psyché d’un homme seul face à lui-même. La claustrophobie du vide immense est donc parfaitement illustrée par cette gravité omniprésente, et entre Doom classique et Post ne l’étant pas moins, SUNSTARE brosse un tableau peu engageant d’un avenir au goût de passé très ancien.

Sans aller jusqu’à dresser un autel à leur gloire, je me dois d’admettre que les SUNSTARE m’ont embarqué dans leur voyage sans avoir besoin d’insister. Si les recettes sont formelles, leur utilisation est très intelligente, et en prônant le classicisme, le quatuor dégage d’autres voies plus personnelles, qui trouvent leur épiphanie dans la longue conclusion traumatique « Awîlum ». L’homme libre, affrontant les siècles, pour assister au même phénomène, encore et encore.

La destruction, le chaos, le silence, et la solitude. Notre lot à tous, finalement, perdus dans cette foule qui braille mais n’écoute pas, et qui va bientôt se taire dans un vide assourdissant.              

    

Titres de l’album :

01. Ziusudra

02. Namlulu Di-Kud (The Sentence)

03. Abgal (The Very Wise)

04. Zi-Šag-Ĝal (Sauve-Vie)

05. Uru (Wrath, Flood)         

06. Ganzer (The Abyss)

07. Awîlum (L'homme Libre)


Site officiel

Facebook officiel


par mortne2001 le 20/05/2022 à 16:25
82 %    123

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

HELLFEST 2022 / Part 1 / Du jeudi 16 au dimanche 19 juin

Jus de cadavre 30/06/2022

Live Report

Interview de NESTOR

Chief Rebel Angel 25/06/2022

Interview

The Ocean + PG Lost + Psychonaut

RBD 10/06/2022

Live Report

NECROWRETCH + HEXECUTOR + LORD GALLERY / Rennes (Ubu)

Jus de cadavre 01/06/2022

Live Report

Agressor + Mercyless

RBD 28/05/2022

Live Report

100 Albums à (re)découvrir - Chapitre 2

mortne2001 26/05/2022

La cave
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Jus de cadavre

Hé oui c'est vrai ! Mais bon c'est la force du Hellfest : son affiche de malade qui à chaque fois te fait dire "aller j'y retourne !"

30/06/2022, 22:53

RBD

Hé, JdC, je croyais que tu ne voulais plus retourner au Hellfest, ha ha !! Le covid a changé bien des choses. Nous avons tous très faim.Je ne suis pas étonné, autrement, de l'excellente impression laissée par Agressor, ça m'a fait (...)

30/06/2022, 14:55

Simony

Totalement d'accord avec toi Jus de cadavre, c'est du tout bon avec cet esprit simple et efficace que j'aime beaucoup dans ce groupe.

30/06/2022, 14:43

Jus de cadavre

Simple, basique, efficace. 

30/06/2022, 11:53

Jus de cadavre

Cette prod encore ! Un petit côté Thrash de bâtard ce titre, avec un son de tronçonneuse. Le pied.Super nouvelle en tout cas, ça sent un top de fin d'année cet album... 

30/06/2022, 11:43

Gargan

Le petit clin d'oeil sur la police de caractères

30/06/2022, 11:35

M\'Z

Merci beaucoup pour le repartage, je mets le lien d'écoute sur toutes les plateformes digitales :

30/06/2022, 09:11

Arioch91

J'attends de découvrir tout l'album avant de passer à la caisse.Scourge of the Enthroned n'avait pas duré longtemps dans mes esgourdes.Alors j'espère que celui-ci se montrera plus passionnant.

29/06/2022, 22:12

Buck Dancer

Je préfère quand même les clips qui se passent dans un hangar, bien plus original.Sinon, je m'en lasse pas de ce morceau. Si le reste de l'album est du même niveau, ils vont enterrer la "concurrence". 

28/06/2022, 18:44

Deathcotheque

Mauvaise traduction très certainement.Conseil à tous : utilisez DeepL au lieu de Google traduction quand vous avez besoin d'une traduction correcte.

28/06/2022, 14:49

Orphan

On ne peut que saluer le travail de cette vidéo, qui à la mérite de raconter qqchose. A l'image de ce morceau, au moins il se passe un truc dans ce clip.

28/06/2022, 11:35

fallwarden

musicalement ignoble, hyper formaté et ultra prévisible. 

28/06/2022, 06:35

Steelvore 666

Le groupe commente...Euh non en fait. C'est quoi ce charabia ? Une mauvaise traduction ou un concept complètement con à travers lequel personne ne comprendra rien ?

27/06/2022, 15:15

LeMoustre

Ahah, "Dave Mustaine presents", c'est comme Tom Cruise avec Top Gun, quoi !Les couplets chantés font furieusement penser au vieux Megadeth dans leur phrasé. Parties de guitares très bonnes, rien à dire. A voir le son, sur ordi dur de juger, mais l(...)

27/06/2022, 10:08

Hoover

Une synthèse entre un vieux Megadeth qu'on avait un peu oublié et le Megadeth récent (que personnellement j'aime bien). Super morceau!

26/06/2022, 06:16

Humungus

Ouch !!!Intrigué par vos commentaires, je me suis laissé tenté à une écoute (l'aurai-je fais sans cela ?)...Puis deux...Puis trois...Claquasse !!!Alors effectivement, rien de nouveau sous le soleil, mais un cassoulet r&eac(...)

25/06/2022, 07:22

Jus de cadavre

Ben putain ! Je pensais pas apprécier du Megadeth comme ça un jour ! Même le chant de Dave le canard est pas repoussant ! Incroyable. Et le clip a de la gueule.

25/06/2022, 00:44

Arioch91

D'accord avec Simony. Les vieux groupes de Thrash ne valent plus le pet. Mais Megadeth arrive encore à se hisser au-dessus.J'avais bien aimé Distopia, je me laisserai tenter par ce nouvel album.

24/06/2022, 20:45

Moshimosher

Franchement, il déchire ce clip !

24/06/2022, 19:53

Humungus

Moi je vénère MANOWAR !Hormis "Warriors of the world" et "Gods of war", la discographie est absolument exceptionnelle.

24/06/2022, 18:32