Universe

D.b.c.

1989, année faste pour le Metal, avec un nombre incalculable de grosses sorties trustant les bacs des disquaires, alors encore plus habitués au vinyle qu’au CD. Pensez donc, entre les têtes d’affiche (AEROSMITH et son Pump, Alice COOPER et Trash, Sonic Temple de THE CULT, KISS et Hot in the Shades, le premier MR BIG, Dr Feelgood du CRÜE), l’émergence des outsiders sérieux et compétitifs (FAITH NO MORE, SKID ROW, ENUFF Z’NUFF, DANGEROUS TOYS, le second TESLA, TORA TORA), et quelques autres moments forts comme le Headless Children de WASP ou le retour d’ACCEPT via l’américanisé Eat the Heat, la concurrence était rude. Mais cette concurrence ne fut jamais plus rude que dans le petit monde plus si fermé du Thrash, qui connut cette année-là une déferlante hors du commun d’albums majeurs, de confirmations attendues, de surprises, sans parler du Death Metal commençant à asseoir sa réputation sur l’extrême. La liste des LPs cruciaux prit en 1989 des allures de who’s who des œuvres les plus indispensables des années 80, et il faudrait presque l’intégralité des signes de cette chronique pour recenser les cas les plus importants. Mais en se bornant à l’essentiel, on peut déjà coucher sur le papier des noms comme ANNIHILATOR (Alice in Hell), KREATOR (Extreme Agression), EXODUS (Fabulous Disaster), ATHEIST (Piece of Time), D.R.I (Thrash Zone), TESTAMENT (Practice What you Preach), SABBAT (Dreamweaver), GAMMACIDE (Victims of Science), DARK ANGEL (Leave Scars), PARADOX (Heresy), MORBID ANGEL (Altars of Madness), AUTOPSY (Severed Survival), MEKONG DELTA (The Principle of Doubt), TOXIK (Think This) et évidemment le chef d’œuvre des chefs d’œuvre, Nothingface de VOÏVOD. Autant dire que pour se faire une place enviable sur la scène, il fallait batailler dur, bénéficier du soutien d’un label aux moyens conséquents et à la foi sans faille, et sans doute aussi bénéficier d’une fanbase solide et fidèle. Et principalement, avoir un nom connu, de ceux qui alertent les consciences à chaque comeback.

Autant d’arguments que les canadiens de D.B.C ne pouvaient évidemment mettre en avant, et leur tort fut sans doute d’avoir voulu faire du VOÏVOD la même année où VOÏVOD a sorti son achèvement absolu. Au même titre que les géniaux SIEGES EVEN furent sacrifiées sur l’autel de WATCHTOWER en proposant la même musique à quelques mois d’intervalle, les originaires de Montréal nu purent lutter contre l’opposition de VOÏVOD qui depuis Dimension Hatross avait pénétré une autre dimension justement, portant le Thrash dans les limbes de la créativité psychédélique la plus absconse. Autant le dire évidemment, sans tourner autour du pot, aussi impressionnant fut Universe, il ne pouvait tenir la comparaison avec la production ’89 de Snake, Piggy, Blacky et Away. Il n’en avait pas la pureté, ni le culot, ni la simplicité dans l’abstraction, même s’il partageait les points de vue cosmiques et autres expérimentations de terreur. Alors simplement auréolé d’un premier LP éponyme qui avait éveillé la curiosité des thrasheurs les moins conventionnels, les D.B.C n’étaient pas encore assez costauds pour se faire les dents sur les géants, et durent comme tant d’autres bénéficier d’une reconnaissance à postériori. Formé en 1986, et évoluant à ses débuts dans un contexte un peu bâtard de crossover entre Speed et Thrash, les DEAD BRAIN CELLS furent d’abord baptisés VOMIT AND THE ZITS pour le fun par Dave Javex, avant qu’ils n’optent pour un baptême un tant soit plus sérieux. En 1987, le groupe alors composé de

Jeff St. Louis à la batterie, de Phil Dakin à la basse et au chant, d’Eddie Shahini et Gerry Ouellette aux guitares, sort son premier LP, assez remarqué par les fans d’une musique originale et excentrée, bien qu’encore un peu conventionnelle au regard des canons de l’époque. Mais il faudra attendre deux ans pour que le groupe arrive à maturation et nous offre l’un des postulats les plus définitifs de sa génération, le bien nommé Universe. Nous retrouvions exactement le même line-up aux commandes du navire, qui avait cette fois-ci décidait d’explorer les confins de notre univers pour en revenir avec des sons pour le moins inédits, et symptomatiques de la vague Techno-Thrash de l’époque. Et il n’est pas vain de voir en ce second longue-durée un compromis parfait entre le VOÏVOD de Dimension Hatross et Nothingface, le MEKONG DELTA de The Music of Eric Zann, avec un soupçon du METALLICA d’And Justice For All.

Les choses étaient déjà compliquées pour tous les amateurs de Thrash technique, qui se heurtaient à la ferveur d’un public plus avide de sonorités bestiales d’origine, et se tournant volontiers vers VIO-LENCE, RIGOR MORTIS, FORBIDDEN, GAMMACIDE et autres KREATOR. Mais à ce moment-là, la sophistication était de mise, et D.B.C avait mis toutes les chances de son côté pour réussir à se faire une place au soleil de la sophistication. Sans pousser le bouchon trop loin et singer les attitudes trop jazzy de WATCHTOWER ou SIEGES EVEN, les montréalais osaient quand même aller plus loin que la moyenne, tout en respectant un raisonnable que les DEATHROW n’allaient pas tarder à fouler du pied. Avec seulement dix morceaux pour moins de quarante minutes de musique, Universe était sans doute le plus humble des albums de Techno-Thrash, et plutôt que de technique, parlons de richesse et de Thrash envoutant et progressif. A la manière d’un CORONER détournant les codes de la violence pour les intégrer à la préciosité du classique, les D.B.C louvoyaient entre les mailles du filet Metal pour se faufiler dans les hautfonds Hardcore, sans perdre leur identité, mais en conférant à ce disque une patine assez rêche et inhabituelle dans le domaine du Thrash. Enregistré du 2 au 11 décembre 1988 aux Tempo studios de Montréal, mixé aux Amigo studios de Los Angeles, et coproduit par le groupe lui-même, Universe était un exercice de style d’une cohérence rare, qui n’avait que peu d’équivalent dans la production de l’époque. Loin des plaisirs de funambule de leurs homologues découvrant les joies de la complexité sur le tard, les canadiens se permettaient juste d’injecter à leur musique étrange des structures rebondissantes et imprévisibles, se reposant sur des riffs simples dopés par des syncopes d’extra-terrestre, et des progressions acides et dissonantes, dans la plus grande tradition canadienne initié par…VOÏVOD.

Il est toujours aussi difficile aujourd’hui de situer cet album sur une carte, même en le connaissant par cœur. En estimant que tous les arguments ou presque étaient énoncés par « The Genesis Explosion » (saccades omniprésentes, breaks à profusion, basse en avant, chant déshumanisé et robotisé), on restait ébahi de l’audace déconstruite de « Rise Of Man », qui sonnait ni plus ni moins comme un équivalent Metal des méthodes allemandes de KRAFTWERK passé au prisme Jazz. Evidemment, les analogies avec les cousins de VOÏVOD étaient flagrantes, mais là ou Snake et les siens citaient le FLOYD dans le texte, les D.B.C préféraient se situer en convergence de BLACK FLAG et CORONER, pour proposer une violence futuriste rappelant le THX 1138 de Georges Lucas. Et c’est sans doute ce qui a coûté le succès à Universe, cette stérilité de surface, cette neutralité dans l’absence de prise à parti, ce refus de repartir dans les travers les plus habituels du Thrash classique, tout en réfutant les théories trop complexes du Thrash moderne et du Death émergent. En résultait une œuvre unique, hypnotique, aux quelques rares accélérations pour rappeler l’affiliation, avec un batteur au sommet de son art (« Humanity’s Child »), et une paire de guitaristes refusant la facilité des plans made in Bay Area. 

Pas vraiment trop en avance sur son temps, mais trop bizarre pour séduire les fans, et sans doute manquant de promotion, Universe sonnera presque le glas de la formation, qui splittera deux ans plus tard. Dommage, et on ne peut que regretter l’acte manqué d’un troisième LP qui aurait pu paraître en 91 ou 92, et osant aller encore plus loin à l’image des miraculeux ANACRUSIS.  

                            

Titres de l’album:

01. The Genesis Explosion

02. Heliosphere

03. Primordium

04. Exit The Giants

05. Rise Of Man

06. Estuary

07. Humanity’s Child

08. Phobos, Deimos

09. Threshhold

10. Infinite Universe


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par mortne2001 le 29/07/2020 à 15:15
%    319

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


LeMoustre
@93.4.16.166
30/07/2020, 10:05:31
Dead Brain Cells, bravo pour ce papier d'un groupe trop méconnu. Je trouve que la chronique analyse avec justesse le positionnement de ce disque, un peu le cul entre plusieurs chaises sans arriver à définir par lui-même un sous genre ou rendre l'album incontournable, ce qu'il n'est pas. Je le rapproche un peu des groupes comme Hexenhaus, dans l'esprit, pour grossir le trait. Et, finalement, avec beaucoup de recul, j'ai toujours préféré le premier disque, plus direct, et finalement plus marquant.

NecroKosmos
membre enregistré
02/08/2020, 07:56:49
Deux albums absolument fabuleux. J'ai découvert ce groupe dans un magazine à l'époque qui ne savait trop que dire sur le deuxième album des canadiens dans sa chronique à sa sortie. Du coup, ça a attiré ma curiosité. J'ai la version CD avec les deux albums sur le même disque. Et je suis d'accord globalement avec la chronique ici présente. Ces deux disques sont indispensables. Géniaux et osés pour l'époque. Le second est effectivement plus barré. Notons que DBC a sorti une démo par la suite vraiment excellente que l'on trouve rippée sur Youtube. Ensuite, plus rien, si ce n'est une reformation éphémère le temps de quelques concerts. Dommage...

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Pozo (bass)

Thanks for the review!I'll put our spotify link if you wanna follow ushttps://open.spotify.com/artist/0QwY3TM6Lvo6Ba8VGC67YL

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Chemikill

Parler de la musique serait déjà un gros morceau.

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jtdef

Avec Joe Bidon et l'imposteur Harris ils sont mal barrés.

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Gargan

J'étais sur la défensive, le hard français des 80s étant pour moi ce que l'ail est à la mauvaise haleine, mais là, effectivement, c'est nase.

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