Obscura + Persefone + Disillusion

Obscura, Persefone, Disillusion

Le Rex, Toulouse (France)

du 19/09/2022 au 19/09/2022

Les tournées annulées en 2021 arrivent finalement en se bousculant quelque peu. Ce soir à Toulouse il y avait aussi Cult of Luna/Caspian/Birds in Row au Metronum, et Watain/Abbath/Tribulation se pointaient en ville le lendemain. Vous vous doutez donc que vous me verrez régulièrement dans la capitale régionale au cours de l'automne, à ce rythme. Ce soir et là où nous allions le plateau alliait remarquablement cohérence et diversité à haut niveau constant. C'était l'occasion aussi de découvrir enfin le Rex, la dernière salle classique de Toulouse qui me manquait encore du fait d'annulations répétées de belles affiches qui auraient dû précéder cette première tardive. Elle est située en face de la place Arnaud Bernard, pratiquement sur les boulevards qui ont remplacé depuis quelques siècles les remparts de la vieille ville. À l'intérieur, on peut découvrir au bout d'un couloir le type idéal de la salle moyenne, propre, fonctionnelle et sans charme particulier à part la dalle de verre au sol des WC qui permet de voir un vieux puits bien profond sous vos pieds pendant qu'on se lave les mains.

Dans le couloir, les trois groupes avaient un merchandising fourni et recommandable. Pour Obscura on y est habitué, mais c'était un bon indice de popularité pour les autres. Dans la salle, pas de bière pression pour cause de panne ! Il fallait se rabattre sur les bouteilles proposées à prix cassé en compensation. L'affluence était correcte pour cette salle, peut-être légèrement inférieure quand même à la dernière fois il y a trois ans où la tête d'affiche était partagée et avec un combo de plus. Et puis comme je disais, l'agenda Toulousain est bien chargé. Ce soir il y avait clairement des fans des trois groupes, y compris quelques Andorrans descendus spécialement des montagnes et reconnaissables à leur façon typique de parler le catalan avec un accent plutôt du Midi occidental Français au lieu de celui plus rocailleux de la Catalogne espagnole. Le tout dans du vieux Megadeth en fond sonore pour faire attendre.


DISILLUSION prit place sans cérémonie sous quelques chaudes acclamations pour attaquer le premier set. Le premier groupe Allemand de la soirée n'était pas un inconnu pour moi. Leur premier véritable album paru il y a dix-huit ans (alors qu'Obscura était encore loin d'avoir percé) réalisait l'impensable rêve collectif de balader Opeth (alors encore ancré dans le Metal) dans la Terre du Milieu, par un Death Prog' mélodique et lyrique de remarquable inspiration. L'évolution vers un style beaucoup plus sobre et moderne pour l'album suivant, suivi d'une séparation rapide et très longue, m'avait assez vite éloigné ensuite. Mais ils se sont reformés au bout de dix ans de hiatus et en 2022 Disillusion va sortir sous très peu un quatrième opus.

Les divers morceaux choisis montraient un quartet fidèle à l'image que j'en gardais : de beaux titres épiques de Metal bien Proggy' et à base plutôt Death mélodique, axés sur les guitares. Le second guitariste prenait régulièrement la guitare sèche fixée sur pied devant lui. Lui et le bassiste un peu caché dans l'ombre sur le côté faisaient aussi parfois les chœurs. Andy Schmidt, fondateur qui se réserve le chant principal et la guitare plutôt rythmique était un poil en retrait, recréant ainsi le mixage des albums. Ses prises de parole révélaient, malgré un anglais global fluide, un esprit trop embrouillé pour savoir exprimer en termes simples et directs les choses qu'un chanteur doit dire dans ces moments-là. L'émotion d'être en tournée après des lustres de hiatus et d'incertitudes, jusque dans des villes nouvelles comme ici, était sans doute trop forte. Et puis si tant de compositeurs se sont lancés dans la musique, c'est bien parce qu'ils sont plus à l'aise pour s'exprimer ainsi qu'avec de pauvres mots. La sauce prenait pas mal, surtout pour les quelques vrais fans fidèles qui connaissaient la musique du groupe sur le bout des phalanges. Mais l'arrivée d'"And the Mirror Cracked", brillant titre d'ouverture du premier album fit sensiblement monter la tension. Le batteur, installé sur l'autre côté quasiment en première ligne du fait que la batterie d'Obscura était en place, déroulait impeccablement des parties assez simples. L'émotion sur la scène toucha un sommet lorsqu'ils donnèrent un titre encore jamais joué en live paraît-il, on aurait dit un vrai défi pour eux alors que rien ne le distinguait spécialement du reste à l'oreille. Le fait est que l'heure de jeu passa sans aucun mal avec cette musique évocatrice d'images, artistiquement inspirée par le cinéma de genre. On pogota même un peu. Au terme, j'étais content comme quand on recroise longtemps après une ex qu'on avait largué un peu honteusement jadis, et qui finalement se révèle tellement épanouie dans sa vie actuelle qu'elle n'a nulle rancune au moment des retrouvailles.


Le régional de l'étape était évidemment le quintet Andorran nommé PERSEFONE. L'histoire est ici bien différente. La ténacité et la régularité du groupe au long d'une carrière continue et plutôt stable lui a permis de bâtir une discographie solide et de placer ainsi sur la carte du Metal professionnel l'un des plus petits pays du monde. L'on faisait aussi un pas clair vers l'extrême. Le growl crié et le son très propre, bien équilibré mais compact, rappelaient plutôt le Death mélodique traditionnel, alors que les compos sont pourtant foncièrement Progressives plutôt, longues et denses, utilisant volontiers des effets enregistrés classiques tels synthé et chant féminin. Pour les parties en chant clair, Marc Martins allait s'aider d'un pied de micro au centre mais en retrait de la scène, en se mettant de profil avant de revenir devant ensuite.

La parenté avec mes compatriotes de Kalisia est aussi incontestable que la complexité du répertoire déroulé devant un public étonnamment réceptif. Le fait est que si je suis resté toujours de marbre (des Pyrénées) envers les versions studios, l'expérience d'un concert permettait de mieux rentrer dans cet univers jusqu'ici trop touffu pour moi, dans le sillage d'un chanteur assez extraverti et d'une restitution impeccable mais vivante. Ainsi tout parait plus efficace, des riffs aux effets, les titres devenaient plus limpides et le temps ne se faisait pas sentir. Il y avait même des gens qui connaissaient parfaitement les paroles ! Les circle-pits commandés par le chanteur furent en effet exécutés par la fosse… ils étaient bien faiblards par rapport à ce qu'on voit dans le Thrash, mais ils eurent lieu et je n'aurais pas cru cela possible avec Persefone !

Par contre, l'étrange incapacité des Andorrans à parler français s'est vérifiée cruellement, Marc Martins préférant par routine employer un anglais enthousiaste mais massacré par notre accent méridional si peu fait pour cette langue, assez incongru quand c'était pour dire combien cela était important pour eux de jouer à Toulouse – le fait est que c'est le spot de tournée internationale le plus proche de la maison, avant même Barcelone. Le jeu de lumière assez travaillé utilisait beaucoup le contre-jour et il était difficile de voir les musiciens œuvrer, au-delà de l'interprétation impeccable de morceaux exigeants à tous les postes. Le dernier titre, apparemment un classique emblématique avec un refrain fédérateur, emmena au septième ciel leurs vrais fans finalement assez nombreux. Avec deux bonnes surprises cumulées, cette soirée était déjà bonne malgré la pénurie de bière. Cela valait bien une photo avec les fans.


La tête d'affiche accorda ses guitares depuis les coulisses en utilisant comme toujours un riff de Death. Alors que les changements de plateau étaient rapides nous étions quand même légèrement en retard sur l'horaire placardé.

Jeroen Paul Thesseling entra seul sur scène et entama à la basse sa partie sur l'intro de "Forsaken", avant d'être rejoint par ses compères pour un enchaînement des deux premiers morceaux du dernier album d'OBSCURA. Et il apparaît clairement que le retour d'anciens membres et le virage étonnant et séduisant vers un style plus mélodique à la Suédoise leur a apporté un coup de jeune, une pêche que je ne leur avais plus vue depuis la première fois que je les avais vus à quelques rues d'ici il y a dix ans et demi… Ça montait allègrement sur les retours, ça se bougeait avec une aisance écœurante vue la difficulté des compositions, sans oublier l'éternel large sourire de Steffen Kummerer, le patron. L'ambiance fut joyeusement plombée avec "Ocean Gateways" dès le troisième titre, avec son riff pilonnant à faire pâlir d'envie Morbid Angel et Gojira réunis. Ce morceau est aujourd'hui un incontournable aimé des fans. Le reste du programme oscilla entre la promotion de l'excellent "A Valediction" avec son option Soilworkiesque plus efficace que les constructions techniques périlleuses, et la remise à l'honneur du sublime et déjà ancien album "Cosmogenesis", ce qui me comblait allègrement. Les deux étaient astucieusement mêlés avec "Orbital Elements II", issu du dernier mais morceau réécrit du deuxième. Un second exercice de concassement des nuques à la Trey Azagtoth était néanmoins administré avec "Devoured Usurper", que je n'attendais plus du moment que l'autre titre de même acabit était déjà passé. Faut-il attendre une nouvelle évolution à court terme ? En attendant cela élargit clairement l'identité d'Obscura qui, entre ce dernier disque et ce choix de setlist, ne veut pas s'enfermer dans le Death technique de tradition. Il ne s'en tenait pas non plus complètement aux deux albums réalisés avec ce line-up : le très bon "Diluvium" avait été évoqué assez rapidement et "Akroásis" vers la fin par son titre éponyme.

En dépit de l'exigence de ses compositions, Obscura évitait les temps morts comme à l'époque et le show y gagnait une intensité précieuse. Kummerer prit le temps de dire quand combien il appréciait d'être bien reçu à Toulouse à chaque passage (je crois que je les ai tous faits et ce n'est pas faux). Une fosse s'était formée par moments même si la majorité des gens préféraient apprécier pleinement les morceaux les yeux et les oreilles grands ouverts. On passe déjà par une kyrielle d'émotions, de plans et de prouesses instrumentales qui méritent l'attention, malgré le fait que le répertoire du groupe Bavarois soit bien plus propice au défoulement collectif que la majorité des formations actuelles de son créneau – ce qui n'est pas pour rien dans l'intérêt qu'on lui porte. Il est donc superflu de s'appesantir sur la performance brillante de chacun des trois employés du moment.

Même si les meilleures choses ont une fin, personne n'était dupe à la première disparition du groupe en coulisses. Ils revinrent vite et l'introduction de "Septuagint" monta. Soudain à la moitié du morceau le batteur s'arrêta et se mit fiévreusement à tapoter sur un petit appareil où les samples étaient stockés (on aurait dit de loin un bête smartphone). Subitement, le quartet plus qu'impeccable reprenait un caractère humain un peu comique. Le patron Kummerer tâcha de gérer les choses avec bonne humeur et, après que l'intro' du morceau repartit puis planta à son tour dans l'hilarité générale, il annonça à la place un extrait supplémentaire de "Cosmogenesis" (prévu en fait dans la setlist officielle, mais on ne va pas gnagnater). Cet ultime titre avait l'avantage, lui, de ne pas être tributaire d'une bande. Les adieux furent chaleureux mais brefs, le léger dépassement d'horaire ayant aussi expliqué pourquoi le titre tronqué avait été finalement abandonné.

Forsaken/ Solaris/ Ocean Gateways/ Emergent Evolution/ A Valediction/ Devoured Usurper/ The Anticosmic Overload/ Orbital Elements II/ Universe Momentum/ Akroasis/ When Stars Collide

La moitié de Septuagint/ Incarnated


Et il est vrai que ça s'est dispersé assez rapidement. Dans le couloir de sortie je me suis fait attraper par un membre de Persefone qui appréciait, le groupe dont je portais le t-shirt – ce qui n'était pas très surprenant.  Même si la date en début de semaine n'était pas pratique pour les extérieurs, elle valait le voyage et démontrait, si besoin était, que tout ce courant de Death Technique et Progressif se porte toujours très bien après le Covid.


par RBD le 26/09/2022 à 11:45
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Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


RBD
membre enregistré
28/09/2022, 20:30:59

Pour être parfait, on apprend en lisant un autre report rédigé par un vrai fan de Persefone que deux membres, dont le chanteur, n'étaient pas les titulaires habituels. Le chant n'était donc pas assuré par Marc Martins comme indiqué par erreur, mais par un remplaçant - qui s'est donc pas mal débrouillé.


Humungus
membre enregistré
29/09/2022, 07:06:33

J'aime beaucoup tes reports RBD.

En particulier tes références constantes aux t-shirts hé hé hé...

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