Je l'avoue, il y avait très longtemps que je n'avais pas mis les pieds à Cognac...Alors lorsqu'un ami m'avertit très finement de la présence d'un groupe britannique en terre Charentaise, je me mis en quête d'une trace sonore pour juger de la pertinence d'un éventuel retour sur place. Grand bien m'en a pris, et ce, pour plusieurs raisons, pas forcément musicales.

D'abord parce que depuis 2013, "Les Abattoirs" ont fait peau neuve pour se parer d'habits de gala, avec un espace décomposé en deux parties, dont un bar/accueil de toute beauté, et la salle de concert proprement dite. Un joli boulot de lifting pour une des scènes les plus actives du coin, et un endroit propice à la dégustation d'émanations sonores plurielles, puisqu'il faut admettre que la programmation triple de ce soir avait de quoi séduire un peu tout le monde...Au menu? Deux groupes, plus un bonus, et de quoi resserrer les liens entre la France et l'Angleterre, fraîchement auto-évacuée du giron Européen, mais qui nous aime encore assez pour nous envoyer un de ses représentants les plus dignes...

Mais avant de passer aux choses sérieuses, un avant-goût nous est donné avec la présence sur scène de la jolie SEIL LIEN (qui s'occupe aussi du merchandising du headliner, comme quoi la passion des t-shirts rapproche vraiment les gens), qui vient nous divertir seule avec sa guitare, pour quelques morceaux bien plus intéressants qu’une simple mise en bouche en attendant le hors d’œuvre. Dotée d’une voix puissante et claire, la musicienne parvient sans peine à capter l’attention du public qui a daigné arriver à l’heure, avec quelques accords et des envolées vocales convaincantes, sans en rajouter, en toute sobriété. On regrette même que la courte aventure n’ait pas duré plus longtemps, surtout après ce final assez intriguant, consistant en une superbe reprise de la scie disco-radiophonique de Stanley/Child/Poncia « I Was Made For Loving You », qui dans les filets de la jolie brune prend des contours plus intimistes et moins racoleurs…Espérons retrouver cette musicienne bientôt, dans un contexte plus accordé dans le temps à son talent.




Mais à peine le temps de ne pas boire un soda que la première partie de soirée s’élance sur scène, qui pour l’occasion s’est vue décorée de tapis, colifichets, amplis orange et volutes d’encens histoire de bien planter l’ambiance…Car nous accueillons à ce moment-là un trio de héros girondins, venus de leur Mérignac chéri nous conter fleurette sur fond de gros Hard Blues psychédélique qui sent bon les 70’s et les pattes d’éléphant. Les DATCHA MANDALA ont beau être jeunes, frais et dispos, ne les prenez pas pour des bleusailles, puisqu’ils affichent plus de 400 concerts au compteur, en première partie de groupes divers (SHAKA PONK, BLUES PILLS), et dès la sauce envoyée, on comprend bien qu’ils ont de la bouteille, et pas seulement celle de LSD planquée en backstage. On connaît le style évidemment, puisque le SAB’, BLUE CHEER et tant d’autres l’ont inventé et popularisé, et qu’il a été rajeuni par toute la clique des ELECTRIC WIZARD, BARONESS, j’en passe et des plus évaporés, mais il faut reconnaître au trio une énergie incroyable…

Certes, l’inspiration est classique et le son parfois un peu capricieux (un chant qui subit le feedback, et une basse un peu trop maousse qui drone les boomers), mais l’incarnation scénique est idoine, et admettons quand même que Nicolas Sauvey dans son rôle de maître de cérémonie donne de sa personne. Folie maitrisée, musiciens pointus, références goûtues, le cocktail est fatal, et le trio se permet même de faire la promotion de son dernier simple paru sur une structure bordelaise, « Misery », qui ne se contente pas de plaquer un gros riff boueux et bluesy sur une rythmique gluante, mais qui aménage des espaces d’arpèges pour alterner les ambiances. En solo, Jérémy Saigne fait preuve d’un feeling délicieux, tandis que Nicolas déverse de sa voix tonitruante et légèrement emprunte d’un feeling Tim Buckley (pour la versatilité et les envolées lyriques)/Dashiell Hedayat (pour le côté théâtral et la gouaille lysergique) des lyrics en forme d’aveu d’indépendance (la télé, c’est mal les enfants)…Beat plombé, démence instrumentale, mais solidité frontale, c’est une entame certes très éloignée de la délicatesse de la tête d’affiche à venir, mais qui nous plonge dans une fournaise de Heavy bien gras mais subtil, salement relevée d’une odeur d’encens quand même un peu trop persistante…


Bon, je dois l’avouer, avant ce soir, je ne connaissais pas les Anglais de THE TEMPERANCE MOVEMENT. Mais sous les conseils d’un ami avisé (quoique légèrement consensuel et portant admirablement bien la casquette), j’ai tendu une oreille à leur dernier album qui finalement a réveillé le fan de Rock Anglais à tendance worldwide qui sommeille toujours en moi. Et lorsqu’en sus, j’ai constaté que le quintette faisait partie de l’écurie Dig d’Earache, le doute n’était plus permis. Il me fallait vérifier leurs qualités sur scène pour être persuadé que quelque part, ils incarnaient ce fameux « renouveau du Rock » que les british nous resservent depuis…les BEATLES. Justement, Phil Campbell (rien à voir, non) et sa bande étant en promo pour tenter de diffuser la bonne parole de White Bear, leur dernier né, l’occasion a fait les larrons, puisque la foule s’était largement amassée dans les murs des Abattoirs. Et sans vouloir parler à la place du public, gageons que personne n’a regretté sa venue au vu des sourires sur les faciès et des cheveux volant dans toute la pièce.




Le son étant réglé, mis à part ce petit problème de feedback à gauche de la scène, nous avons pu apprécier ce soir un joli panaché des deux albums de THE TEMPERANCE, avec évidemment une part belle à l’édition 2016. Un concert construit, comme tout groupe pro qui se respecte, avec toutefois une dérive dès le cinquième morceau vers une ambiance intimiste, avec une adaptation assez feutrée de certains titres qui ont fait retomber l’ambiance électrique du début du gig comme un soufflé refroidi un peu trop vite. Mais comptez sur une paire de guitaristes qui s’échangent des politesses en solo, de manière très peu flegmatique, une rythmique solide (avec un bassiste qui m’a sévèrement fait penser à une version US de Geezer Butler), et surtout, un Phil qui se donne comme en beau diable en modulant sa voix pour évoquer tout autant le Rock des FACES que la scène Post Grunge des années 2000 (CREED), et vous obtenez un cocktail haut en Rock n’Hard, parois bluesy en diable, parfois furieux mais malléable. Certes, le tout est assez formel, l’engagement est total, mais le concert égrène les déjà classiques pour les fans avec une fluidité étonnante et passe comme dans une salle londonienne enfumée ou un stade à Boston rempli d’une foule déchaînée. Un groupe qui connaît ses classiques (on passe de sonorités à la CCR à des accès de furie dignes du meilleur Rod Stewart des années 70, sans négliger la scène Indie UK estampillée 00’s et le Rock couillu à la Bruce S.), et qui se permet d’adapter quarante ans de Rock international sans frime mais avec beaucoup de tripes, pour une heure et demie de feeling qui sait se montrer suffisamment abordable tout en restant roots.

Mission remplie donc pour les deux groupes à l’affiche, qui dans deux styles bien distincts ont confirmé tout le bien que l’on pensait d’eux. Alors après, Metal, Rock, ou autre chose, le débat n’est pas là, tant que la musique est bonne comme dirait notre cher Jean-Jacques…  







par mortne2001 le 31/01/2017 à 11:20
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