Le What the Fest n'en est qu'à sa troisième édition mais montait en puissance cette année avec un meilleur plateau pour le volet musical. L'événement se tenait dans un parc d'un village de la banlieue, un coin de campagne au bout d'un chemin longeant la rivière, avec les chevaux dans les champs clos derrière les camionnettes à burgers. Heureusement, les orages prévus encore ce soir avaient préféré déserter le ciel.

Quand j'arrivai, les quatre Belges de THOT finissaient de s'installer. Les dégaines hippies des filles aux synthés et les colliers du guitariste chanteur n'étaient pas très engageantes au départ, mais la musique rassura assez vite. Leur Rock ternaire et lent mélangeait plusieurs inspirations assez éloignées en théorie. Les sonorités de la New Wave servaient à bâtir des paysages sonores de désolation à la Neurosis en plus lumineux. Comme si Nine Inch Nails, Depeche Mode période "Ultra" ou "Playing the Angel" et Stabbing Westward revenaient illuminer le monde après l'apocalypse. Peu à peu, une autre facette plus Rock Progressif moderne se révélait dans ces compositions, à la Mars Volta. La brise gêna l'envoi de fumée apparemment tenté sur le côté de la scène. Malgré l'espace pris par un fan alcoolisé, le public se rapprocha volontiers sur demande. Le son concocté par Mathieu Croux, de Verdun, était parfait malgré les conditions de plein air.


Après un long intermède, les Lorrains de WHEELFALL venaient apporter la dose de pur Metal de la soirée, avec leurs tenues noires et leurs bannières rouges dont le logo est très similaire aux Dead Kennedys… Le quintet maîtrise un répertoire cohérent, de vrais morceaux peignaient encore des paysages, cependant bien plus sombres que les précédents. Nantis d'un son hyper propre, ils mêlaient des guitares froides de Black nouvelle vague à la Celeste ou Deafheaven avec des arrangements Indus constants et des accords tirant vers le Sludge. Rien ne dépassait de l'interprétation, à part les mouvements du chanteur qui empêchait que ça ne semble trop austère. Wheelfall est représentatif de la dernière génération de la scène Metal, travaillant sérieusement pour offrir de la qualité, certes au détriment d'une certaine dangerosité.


Un mot sur GÉRARD JUGNO 106, l'un des projets de Lucien Dall'Aglio, déguisé en survêtement années 80 et casquette de camping. Pour distraire l'assistance pendant les changements de plateau, il déroula de l'Electro dansante et rigolote avec de vieux synthés de collection. Pour ma part je préfère Stolearm, son projet Synth-Rock sérieux.


Les deux Franc-Comtois de HORSKH, par contre, étaient beaucoup mieux dans mes goûts. Sur un contre-jour rouge et une assez longue intro, un batteur s'installait à gauche et un programmeur-chanteur-polyvalent prenait la droite. Leur Electro Indus à gros beats, sobre et sèche, lancée à plein volume, a fessé l'assistance. Malgré ses multiples occupations, le chanteur dégage une énergie à la mesure de l'agressivité du mélange explosif de Nitzer Ebb et Skinny Puppy. Comment ne pas penser à Youth Code ? Peut-être que les compos de la première moitié du set étaient un peu moins dingues et ralentissant plus souvent que celles des Californiens, sans oublier bien sûr un timbre plus mâle. Parfois on pouvait penser à l'Electro-Dark dans une version plus sobre et pas seulement sur le rimmel, ou à Prodigy. Souvent la guitare fut employée pour muscler encore plus un propos déjà très physique, parfois le tambour aussi vers la fin de set. Vous savez que j'apprécie ce genre bionique peu pratiqué par chez nous et il n'a pas fallu me pousser pour me joindre aux danseurs dans la nuit enfin tombée et perdre un kilo sur une perf assez longue, une musique conçue pour faire mouvoir les corps sur des rythmes durs et des effets secs comme des claques. C'était excellent.


J'étais néanmoins venu surtout pour revoir les YOUNG GODS, que je suis depuis longtemps et que je réécoute beaucoup ces dernières années. C'est certainement le meilleur groupe de Rock Industriel de l'Histoire, dont l'éclectisme a permis d'intégrer beaucoup d'univers dans un répertoire pour autant remarquablement cohérent. Le Metal n'en est pas absent, et il n'est pas bien difficile pour le chevelu un peu ouvert de se laisser séduire. Le groupe évolue actuellement en trio, Treichler et Trontin ayant récupéré depuis quelques années Cesare Pizzi, ancien membre du temps des deux premiers albums dans les 80's. Mais il me semble que ce soir ce n'était pas lui qui était aux programmations.

Dans la fraîcheur étoilée, le set commença par deux inédits, certainement en avant-goût du prochain album en préparation, qui étaient dans le style assez atmo' des plus récents ou d'"Only Heaven". Ensuite cela se focalisa franchement sur l'album éponyme et l'"Eau rouge" dont furent issus la plupart des titres interprétés. Et je n'aurai jamais cru entendre en live certains d'entre eux ! Avec un son idéal, c'était le retour aux racines des jeunes dieux : une musique industrielle pure mais accessible par une démarche Rock, des textes à la poésie unique en français et parfois en anglais portés par la tessiture tout aussi unique du chant de Franz Treichler, reflet du bilinguisme de son canton d'origine. Il a un petit peu perdu à la marge avec l'âge, mais rien de grave (et il compense actuellement en cheveux longs !). Tout de même, un tube un peu moins ancien comme "Skinflowers" était incontournable et tira encore plus haut la communion avec les nombreux vieux fans. Comme à l'accoutumée, Franz brandit une paire de fois son pied de micro pour nous arroser avec le spot fixé à son pied. Les guitares, bien présentes sur album, étaient samplées comme tout le reste à part la batterie. Trontin, dans un registre un peu plus physique qu'avec les titres plus récents, commit une prestation quasi parfaite. Avant le rappel, le dernier titre était encore un inédit apparemment, dont l'introduction enfin jouée à la guitare par Franz rappelait furieusement l'un des plus fameux titres de Joy Division, pour l'emmener vers un terrain bien plus atmosphérique. Le vieux classique "Did You Miss Me ?" termina la rencontre, laissant sur d'excellentes émotions en attendant un nouveau disque.


LES TÉTINES NOIRES, autre vieux classique, venait couronner le parcours après une longue installation meublée par un long mantra aum… Le visuel est important pour ce groupe. On avait remarqué les grands os et insectes découpés en carton peint suspendus sur la scène. Mais vint surtout son célèbre pied de micro humain, un figurant nu qui se laisse manipuler comme un mannequin, avec une barre fixée sur la tête vers le bas, pour mettre l'outil à la hauteur de la bouche d'Emmanuel Hubaut toujours un peu androgyne. Je reconnaissais son bassiste, passé jadis par Treponem Pal. Malgré une introduction en douceur avec de petits concertinas, je n'ai jamais accroché à leur Rock gothique tendance "Death Rock", fortement inspiré de Christian Death pour la musique malgré des paroles en français délayées d'une voix maladive. L'esprit reprend à notre époque celui du surréalisme dada, le plus absurde. J'ai préféré aller discuter avec une ancienne connaissance, puis me retirer définitivement.

C'était une excellente soirée, qui aurait mérité une meilleure affluence encore. J'espère que l'orga rentrera dans ses frais.


par RBD le 12/06/2018 à 08:37
   700

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


THOT
@94.225.31.19
27/06/2018 à 18:21:50
Merci pour la review. Correction néanmoins, notre son a été réalisé par notre ingénieur du son live, Ludovic Sirtaine, et non Mathieu Croux, de Verdun! Merci!

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