« Anointing déplace la frontière arbitraire entre le Death et le Black, avec passion et une créativité hors du commun, expérimentant avec des lignes de basse époustouflantes, des riffs serpentins, et une performance vocale alternant les growls et les hurlements schizophréniques. Une danse d’extase religieuse et de douleur infernale ».

On sait les arguments promotionnels souvent exagérés, parfois complètement hors contexte, mais toujours ou presque dithyrambiques. Après tout, tel est le rôle d’un label de défendre ses poulains, et de les placer en avant sur l’échiquier musical mondial, alors ne leur reprochons pas de faire leur boulot. Encore moins lorsque leur laïus publicitaire est si proche de la vérité qu’il n’en devient qu’une somme d’arguments viables. Et faites confiance à I, Voidhanger pour toujours trouver les bons mots pour définir leurs champions. Ce qui est une fois de plus le cas dans celui de la sortie du deuxième album des cosmopolites LO-RUHAMAH, qui naviguent aujourd’hui entre les Etats-Unis et l’Estonie.

Mondialisation ou pas, ouverture ou recentrage, peu importe la technique, seul le contenu importe. Et celui d’ Anointing est d’importance, puisqu’en effet, il semble réformer les vieilles habitudes consistant à scinder clairement les appartenances de style, en brouillant comme affirmé les limites entre un Black légèrement avant-gardiste et un Death très sourd et diffus, rappelant même par instants les divagations ésotériques morbides d’un dISEMBOWELMENT, le côté « renfermé » en moins.

Mais à vrai dire, ce second longue durée est à l’image d’un groupe qui s’est peu exprimé durant toutes ces années, et qui ne parle et hurle que lorsqu’il a quelque chose à prouver. Ou du moins, à offrir.

LO-RUHAMAH, trio de l’étrange (Harry Pearson – batterie, Matthew Mustain – guitare et J. Griffin – basse/chant), a connu une trajectoire assez peu linéaire. Fondé en 2002 du côté de Kansas City, il aura attendu trois années pour proposer ses conceptions via un premier EP éponyme, avant d’oser enfin la prolongation sur un premier LP célébré par l’underground, toujours friand de nouveautés abrasives et étranges. The Glory Of God définissait les contours d’une musique aussi mystique que violente, comme un mantra démoniaque admettant les principes contradictoires de la vie, mais aussi réfutant les théories de genre internes à l’extrême.

Après ce coup d’éclat, le groupe se concentra sur une refonte globale, histoire de perfectionner son approche et de s’offrir enfin une formation stable, avant de revenir presque miraculeusement dix ans plus tard pour écrire et composer un second chapitre à son histoire unique. Et dire qu’Anointing se veut la continuité de son prédécesseur est légèrement réducteur, tant il fait avancer le concept vers des contrées encore plus reculées, au point même de donner naissance à un nouveau style si libre qu’il n’en est pas un.

Violence, alternance, psychédélisme outrancier, lourdeur oppressante, vélocité ambiante, menace sourde, telles sont les composantes de ce deuxième LP aussi hermétique qu’il n’est ouvert, mais qui reste d’une gravité exceptionnelle, tout en se montrant terriblement accrocheur, et osons le terme, hypnotique dans son refus des concessions.

Abordant des thématiques aussi variées que complémentaires, telles que la dissolution de la raison et de l’âme humaine, l’illumination, le désespoir, l’autodestruction, la volonté, les expériences personnelles et les limites entre l’humain et le divin, Anointing brosse un tableau d’une civilisation dérivant vers sa propre perte, incapable de se transcender pour oublier le monde matériel au profit d’une élévation spirituelle. En rapport peut-être avec les dogmes de la religion Hindi, si prisée dans les 60’s, mais surtout, en prise avec une certaine réalité musicale qui pousse les groupes à refuser le conformisme de composition pour brouiller encore plus les frontières entre les styles.

Résolument Black sans l’être vraiment, préférant conférer une ambiance Death que de l’imposer techniquement, LO-RUHAMAH est un Ovni qui peut tout autant rappeler DISSECTION que DEATHSPELL OMEGA, tout en évoquant une version très sombre d’OPETH, ou nous ramenant aux débuts d’ALCEST, avant qu’ils ne perdent leurs marques BM dans le Post Metal éthéré.

Et rien n’est éthéré dans la musique étalée sur les neuf pistes d’Anointing, qui s’il permet parfois aux mélodies apaisées de se faire une petite place à la lumière (les rares arpèges médians de « The Corridor »), privilégie une optique fermée, se concentrant sur des motifs compacts et étouffants.

Caché sous une splendide pochette signée Elijah Gwhedhú Tamu, enregistré en collaboration avec Jonathan Scott Lucas, mixé et masterisé par Damian Herring aux Subterranean Watchtower Studios, Anointing célèbre la liberté de ton admettant une cohérence globale, accentuée par l’intelligence du groupe d’avoir refusé toute digression trop prononcée et/ou roborative.

Les morceaux sont suffisamment longs pour que les idées s’imposent d’elles-mêmes, mais assez courts et concis pour qu’elles ne se diluent pas en route dans la répétition.

Les guitares rappellent d’ailleurs, dans un cadre différent, les adaptations de Piggy au sein de VOÏVOD, refusant de se poser sur des motifs trop évidents pour se laisser porter par la philosophie du concept, ce que la rythmique admet aussi comme seul imposition.

Le chant de J. Griffin, caverneux et sentencieux, mixé en arrière-plan, agit comme un guide d’outre-tombe qui répand ses invocations en raclant sa gorge de façon à suggérer un BM de circonstance, et la cohésion d’ensemble ne cache en rien l’indépendance de composition qui ne sacrifie aucun instrument sur l’autel d’un mixage aplanissant.

       

En résulte un disque extraordinaire, qui se veut parfois aussi violent qu’un album de BM traditionnel (les accélérations impromptues de « Lidless Eye », aussitôt contrebalancées par des intermèdes harmoniques délicats), mais surtout, étonnamment accrocheur malgré une optique extrême assumée (l’ouverture cathartique de « Mouth » qui semble prévenir l’auditeur que les choses ne seront ni communes ni faciles, et qui redéfinit le Sludge d’une moiteur Death suffocante).

Les morceaux les plus brefs ne sont pas les moins fournis en pistes différentes (« Charisma », qui après une intro séduisante sombre dans le Post Death écrasant de douleur et à la double grosse caisse pesante soutenant une basse en free-lance), mais la ligne directrice globale du concept reste la liberté de ton absolu, comme le démontre le final toujours aussi ouvert de « Aeon », à la théâtralité excessive mais convaincante, durant lequel le chant se lâche complètement pour évoquer une chanson de geste ténébreuse et prophétique.

Mélodies, oppression, ouverture sur un monde multiple aux tenants et aboutissants complexes, Anointing prouve que les dix années passées à peaufiner leur retour ont profité aux LO-RUHAMAH, qui restent décidément toujours aussi uniques et inclassables. Et pour les plus terre-à-terre, voyez ça comme une sorte de Post Black-Death légèrement psychédélique sur les bords.

Ça vous rassurera surement et me simplifiera la tâche.


Titres de l'album:

  1. Mouth
  2. Sibilant Chorus
  3. Rending
  4. Charisma
  5. Vision And Delirium
  6. The Corridor
  7. Lidless Eye
  8. Coronation
  9. Aeon

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 25/05/2017 à 16:30
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