By Nature So Perverse

Liquid Graveyard

28/06/2016

Sleaszy Rider Records

Supergroupe, en veux-tu en voilà…On ne va pas revenir une énième fois sur la viabilité du concept puisque nous en avons déjà largement parlé dans des chroniques précédentes.

Alors abordons.

Abordons en termes de quantité. Vous prenez donc une bonne pincée de CANCER (John Walker), une bonne moitié de LOCK UP (Shane Embury et Nick Barker), vous ajoutez au micro Raquel Walker, vocaliste féroce et accessoirement femme de John, et vous obtenez un quatuor fameux, pour un troisième album salement attendu au tournant.

Evidemment, ce line-up très neuf n’est pas symptomatique de la démarche entamée en 2006 par le couple extrême John & Raquel, puisque cette section rythmique n’officie que depuis peu à leurs côtés, il n’empêche que cette association de dernière minute a de quoi se faire dresser quelques oreilles, certainement intriguées par ce casting relativement prestigieux.

CANCER, NAPALM DEATH, CRADLE, LOCK UP, j’en passe et des dizaines d’autres, sur un CV virtuel, ça en impose.

Mais dans le rendu, concrètement, ça donne quoi ?

Pas grand-chose de différent de ce que LIQUID GRAVEYARD nous proposait jusqu’alors, même si la joie de retrouver une ossature rythmique aussi fameuse l’emporte sur la déception due au manque de prise de risques.

Troisième album donc pour ce projet un peu à part, cap difficile à passer, même pour une annexe. Après On Evil Days en 2009 et The Fifth Time I Died deux ans plus tard, le couple Walker revient sur le devant de la scène Death, et du coup, subit le contrecoup de son patronyme pour nous rappeler au bon souvenir d’un autre Walker, Jeff, celui des mythiques CARCASS…

Sans tomber dans l’exagération, il n’est pas incongru d’affirmer que By Nature So Perverse partage souvent bien des points communs avec des albums comme Necrotism ou Surgical Steel.

Et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les riffs étalés par John ont de fortes réminiscences des tronçonnages pervers de Bill Steer et Michael Amott, tandis que la voix de Raquel exhale un parfum putride similaire aux émanations toxiques de Jeff, que la chanteuse sait mâtiner d’inflexions rauques perverses dignes des meilleures interventions d’une certaine Angela Gossow d’ARCH ENEMY, combo formé par l’illustre… Michael Amott.

La boucle bouclée en quelques secondes et formules lapidaires ? C’est le cas, et même si la patte CANCER de John est tangible à chaque détour, il est certain que ce By Nature So Perverse se pose en centre névralgique d’un triumvirat CANCER/CARCASS/ARCH ENEMY, soit la crème de la crème du Death de tradition, un peu plus malin et technique que la moyenne… 

Est-ce gênant en soi ?

Pas vraiment, et eut égard au background des musiciens, le résultat est à la hauteur de la légende, mais juste à la hauteur, et c’est bien là que le bât blesse…

Si les performances ne sont pas à remettre en question, puisque l’association Barker/Embury tourne comme d’habitude à plein régime, que la guitare de John est toujours aussi puissante et inventive (« All Bile All Vile ») et que le chant de Raquel est délicieusement grave et suintant de méchanceté, c’est plutôt la régularité et la constance qui sont à souligner.

Alors qu’on était en droit de s’attendre à une épiphanie de violence ludique et graphique, le LIQUID GRAVEYARD format 2016 se contente de jouer un Death écrasant et performant, certes incroyablement efficace, mais sans surprises…

Ça joue rond, ça joue à fond, mais on attend désespérément cette étincelle qui fera exploser la charge, alors même que personne ne semble oser allumer la mèche…

Il faut dire que le timing joue contre l’équipe. Avec presque cinquante minutes de course de fond, la redondance guette et certains morceaux parfaitement dispensables ou trop marqués CANCER (« Clonenations ») auraient pu/dû être sacrifiés au profit d’interventions moins systématiques.

On sent parfois un peu trop le pilotage automatique reposant sur un parcours bien chargé qui ne cherche rien d’autre qu’une optimisation des forces en présence, et non le culot d’un quatuor qui aurait pu se permettre des figures plus acrobatiques et surtout, beaucoup plus intenses.

Mais sans faire la fine bouche, ce troisième LP passe largement au-dessus de la rampe, sans justement trop en faire, ce qui est plus que regrettable.

Doté d’une production évidemment parfaite, claire et profonde, avec des graves qui tonnent et des médiums qui sonnent (même si le chant de Raquel est parfois un peu perdu dans le mix), By Nature So Perverse commet l’erreur de renier son intitulé en se montrant bien trop sage et pas assez pervers.

L’ouverture « Oppengrinder » en est justement l’exemple le plus parfait, avec son Death très carré et modéré, qui justement renie son intitulé en restant sur une piste trop balisée. Alors évidemment, difficile de reprocher quoi que ce soit à un combo qui joue plus puissamment et pertinent que bon nombre de groupes dits « officiels », mais on aurait souhaité des envolées un peu plus torrides, et des saillies moins calquées sur le meilleur CARCASS (« Mechanism »).

« Onkalo » est peut-être ce qui nous fait le plus penser à une issue moins prévisible, en osant enfin changer d’optique et se montrer plus progressif dans la violence, tout comme « The Opportunist » qui dévie un peu du parcours trop bien tracé pour laisser plus de place à la basse de Shane qui peut enfin s’exprimer.

On attend toujours un peu trop des gens qu’on aime et qu’on respecte, ce qui entraîne parfois des reproches que beaucoup jugeront injustifiés.

Mais pour être honnête, ce troisième LP du projet LIQUID GRAVEYARD reste une solide affaire de Death carré et un poil nostalgique sur les bords, largement plus compétitif que bien des albums du créneau sortis cette année. 

On aurait pu célébrer le meilleur effort du cru, le plus inventif, le plus explosif, le plus exubérant, mais nous devons nous contenter d’un disque solide, et un poil trop timoré.

 Dommage.


Titres de l'album:

  1. Oppengrinder
  2. Motherhate
  3. Influence Corrupt
  4. Mechanism
  5. The Opportunist
  6. By Nature So Perverse
  7. All Bile All Vile
  8. Clonenations
  9. Sour Conspiracy
  10. Red Eyed Angel
  11. Onkalo
  12. Outrophy

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par mortne2001 le 11/01/2017 à 17:50
70 %    470

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