Decadence Deluxe

Crystal Tears

18/05/2018

Pride And Joy Music

Nous avions la coupe du Monde et la coupe d’Europe de football, les jeux olympiques d’hiver et d’été, les années bissextiles, nous avons maintenant un autre évènement qui se rappelle à notre bon souvenir tous les quatre ans. En effet, 2018 sera l’occasion de retrouver les grecs de CRYSTAL TEARS, qui depuis 2006 font preuve d’une régularité exemplaire pour sortir leurs albums. Choirs of Immortal il y a douze ans, Generation X en 2010, Hellmade en 2014, et Decadence Deluxe cette année, bravo à eux pour cette précision et cette ponctualité, mais gageons que leurs fans doivent trouver cette exactitude un tantinet moins enthousiasmante…Autant être franc, je ne fais pas partie de cette caste, me contentant d’observer d’un œil et d’une oreille goguenards les aventures hellènes, ce qui ne m’empêche nullement de reconnaître les qualités intrinsèques d’un groupe honnête et sincère, qui depuis ses débuts n’a jamais montré le moindre signe d’essoufflement ni de trahison à la cause. Laquelle ? Celle d’un Heavy Metal torride tirant sur le Power limpide, de celui qui fait se lever le public comme un seul metalhead et qui fait se fondre les bracelets cloutés dans un même bain fraternel de Rock rebelle. Rebelles les originaires de Thessaloniki ? A une époque où le classicisme Metal est regardé d’un œil suspicieux, et où les copies-carbone old-school sont devenues des standards au même titre que les exactions extrêmes les plus dénaturées, on pourrait presque le penser, eux qui jouent pourtant sagement la même partition depuis leurs débuts. Mais autant dire que cette partition ne s’en trouve que plus perfectionnée, et que sa lecture est appliquée par des musiciens au talent exponentiel, qui s’affinent avec le temps sans renoncer à leur glorieux passe-temps. 

CRYSTAL TEARS en 2018, c’est un paradoxe, un délicieux anachronisme parfaitement de son temps. Mais c’est surtout cinq instrumentistes (Søren Adamsen – chant, Kostas Sotos & Máté Nagy – guitares, Alex Chamalides – basse et Chrisafis Tantanozis – batterie) qui prennent intelligemment leurs distances avec leur propre influence pour nous offrir en chaque occasion un album qui reste dans le ton tout en modifiant légèrement le fond. Si Hellmade privilégiait les sonorités les plus dures, en calquant les enseignements de la scène allemande des PRIMAL FEAR et autres HELLOWEEN, Decadence Deluxe prône une plus grande diversité, atténue sans pour autant diluer la violence dans un parfum de romance. Pas encore atteint du syndrome Turbo, les grecs appuient toutefois plus souvent sur la pédale de frein pour ne pas lasser de leurs refrains et nous aménagent quelques air(e)s de repos ou la modération sait s’imposer. Ne vous attendez pourtant pas à une déferlante de ballades mielleuses ou à une dégoulinade de claviers sirupeux, ce quatrième LP est toujours dévoué à la cause Heavy appuyée, mais on peut quand même noter quelques efforts d’ouverture pour attirer dans les filets quelques amateurs de Hard-Rock plus velouté. Avec un tracklisting de onze morceaux originaux pour à peine moins de quarante minutes de musique, CRYSTAL TEARS a joué la parcimonie, puisque les deux derniers titres bonus en live ne peuvent être pris en compte, malgré le petit plus qu’ils apportent à cette réalisation qui sait cogner aux portes. A celle des MYSTIC PROPHECY, des JUDAS PRIEST aussi, mais surtout à celle de la propre chapelle du groupe, qui lève le voile sur ses ors dès l’entame tonitruante de « Evil Vs Evil », que l’on retrouve illustré d’un clip appuyant d’images les sonorités les plus Power échevelées. Démonstration immédiate d’un savoir-faire tout sauf spartiate, ce titre d’entame est une véritable déclaration d’amour à la vitesse, la rudesse et l’adresse, et nous plonge derechef dans les affres d’un Metal pur et dur, par l’entremise d’un riff élevé à la dure et d’un tempo que les AT THE GATES n’auraient certainement pas renié. D’ailleurs, les guitares ont de faux airs à la suédoise sur cette entrée en matière, ce qui ravira certainement les amateurs de virilité nuancée d’un chorus chamarré.

En démarrant sur les chapeaux de roues, les grecs nous font le coup du STRATOVARIUS en pleine crise de Thrash aigue, mais rétablissent très vite la barre pour rejoindre les rives d’un True Heavy en plénitude. Mais de ce côté-là aussi, le ton s’est raidi, ou point de friser la véhémence d’un Néo-Thrash en absence, puisque « Blindead », expurgé de son intermède en arpèges subtils a de qui faire se friser les poils de fans de brutalité mélodique prononcée. Et cette alternance orbi s’exprime aussi urbi, puisque si chaque titre s’aménage de transitions inter-styles, le bilan global lui aussi se plaît à revêtir des costumes différents, sans que la cohésion n’en pâtisse. Doté d’une production à décoiffer Rob Halford lui-même (quoique…) peaufinée par le maestro R.D. Liapakis (MYSTIC PROPHECY, DEVIL'S TRAIN, SUICIDAL ANGELS), Decadence Deluxe n’est sans doute pas annonciateur d’une décadence programmée, mais se veut luxuriant et luxueux, et poli aux entournures, puisque des soli explosifs à la rythmique impulsive, tous les secteurs ont été soignés aux petits oignons. Une grande place a d’ailleurs été laissée à l’organe enflammé de Søren Adamsen, qui incarne avec brio LE chanteur de Heavy Metal par excellence, capable de passer d’un Hard-Rock sévèrement burné mais radiophonisé (« Heart of A Lion », que les W.E.T. et les BONFIRE pourraient jalouser) à un Power Metal nitroglicériné (« Death Haunts Forever », sifflantes, lyrisme, accélération soudaine en pente, pour un road trip qui frise le Death en plus d’une occurrence…une nouvelle carte à jouer ?).

Et grâce à ces variations, ce quatrième album des lions hellènes atteint une intensité tout à fait honorable, et se pose en successeur plus que crédible au solide Hellmade. Il le surpasse même en termes de qualité, puisque les multiples pistes qu’il explore sont beaucoup plus variées, tâtant même le terrain explosif du Power Metal à la nippone, sans trahir ses origines européennes. Suffisamment long pour attirer l’attention, un peu trop court pour suggérer une totale adhésion, il se termine sur deux extraits en concert, qui nous offrent une facette moins personnelle. Le quintette, sans doute fort aise, se fend à l’occasion de deux reprises, en mode acoustique, pour une relecture de deux classiques du COOP’ et de QUEEN, qui si elles n’apportent pas grand-chose aux originaux, permettent de voir le groupe sous un jour nouveau. Il est évident que la voix éraillée de Søren ne s’accorde que très mal des registres originaux (il a vraiment beaucoup de mal avec « Tie Your Mother Down » qui ressemble à une crise d’aphonie réglée à grand renfort de cris), mais en tant que petit cadeau, ces deux intermèdes finaux font souffler un vent de fraicheur sur un album qui semble chercher un ailleurs. Mais cette nouvelle balise Argos des grecs nous permettra d’attendre quatre nouvelles années au sec, en souhaitant que ce désir d’aménagement soit révélateur d’un avenir clément.  

                                      

Titres de l’album:

               1. Evil Vs. Evil

               2. Blindead

               3. Heart of a Lion

               4. Where Angels Die

               5. Death Haunts Forever

               6. My Own Hell

               7. Bleeding Me

               8. Chaos Thy Name

               9. Sick of It All

              10. Dear Insanity

              11. Tears for the Dead

              12. I’m 18 (Alice Cooper cover)

              13. Tie Your Mother Down (Queen cover)

Facebook officiel


par mortne2001 le 10/06/2018 à 18:21
80 %    966

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Hatebreed + Crowbar

RBD 18/06/2024

Live Report

Nostromo + Nwar

RBD 03/06/2024

Live Report

Dvne + My Diligence

RBD 29/05/2024

Live Report

Anthems Of Steel VI

Simony 24/05/2024

Live Report

Pessimist + Demiurgon

RBD 14/05/2024

Live Report

Voyage au centre de la scène : ARGILE

Jus de cadavre 12/05/2024

Vidéos

Mercyless + Nervous Decay + Sekator

RBD 08/05/2024

Live Report

Birds in Row + Verdun

RBD 02/05/2024

Live Report

Hexagon Doom Tour

Simony 29/04/2024

Live Report
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Orphan

Plus vraiment fan du Hellfest depuis longtemps, mais avoir Julie CHRISTMAS à l'affiche c'est royal. D'autant qu'en face c'est Metallica, donc tout les boubourses seront absent.Elle est quand meme à l'origine avec Josh Graham d'une(...)

21/06/2024, 08:55

Humungus

Je pense que DL100 causait du clip...Et là, on peut pas lui donner tort hein... ... ...

19/06/2024, 06:55

Gargan

Plutôt injuste comme commentaire, je m’attendais à qqch de super cheap alors qu’il n’en est rienet musicalement ça se tient (parfois même l’impression d’entendre du Alastis !).

18/06/2024, 22:28

Gargan

La pochette évoque un retour au sources, mais ça ne me fera pas oublier phantoms, qui reste indétrônable.

18/06/2024, 22:20

Kiss the Goat

Un renouveau dans ce qui se fait en français 

18/06/2024, 21:43

DL100

Ah ouais, quand-même... C'est hautement ridicule et pathétique là...

18/06/2024, 12:07

Gargan

Hmmm j'ai tendance à préférer cette version, c'est mal. J'ai le sentiment que c'est plus lisible et pêchu et - heureusement - le son des toms est préservé, le genre de détail qui devait persister. Vont-ils nous refaire le coup po(...)

17/06/2024, 09:04

RBD

C'est une bonne surprise. Kerry n'a eu évidemment aucun mal à bien s'entourer mais ses partenaires ont apporté une pêche supérieure aux derniers Slayer. Ce Thrash à fond est mieux inspiré que celui de "Repentless" sans(...)

16/06/2024, 18:58

Humungus

De ces deux extraits proposés, il ne ressort effectivement pas grand chose...En tous cas, beaucoup moins que sur la réédition de "Morbid visions" qui m'avait bizarrement beaucoup plu l'année dernière.En même temps, et je s(...)

16/06/2024, 08:52

Moshimosher

Franchement, très bonne surprise ! Et vraiment content pour eux qu'ils puissent continuer ! Malgré la vie, la mort continue et c'est bon !!! \m/

15/06/2024, 20:44

Arioch91

L'édition originelle est intouchable, avec un son qui lui est propre et qui l'identifie dès les premières secondes. Sans oublier ce son particulier des toms d'Igor, comme sur le Pleasure to Kill de Kreator.Avec ce réenregistrement, on est loin de (...)

15/06/2024, 19:42

Humungus

Ouais... ... ...Bah à l'écoute de ce titre, cela ressemble comme deux gouttes de foutre à NIFELHEIM hein.Et à du très bon NIFELHEIM qui plus est !De fait, étant über fan de ce groupe, j'attends cette galette avec impati(...)

15/06/2024, 09:11

Moshimosher

Bon, par contre, l'extrait me laisse dubitatif...

15/06/2024, 06:37

Moshimosher

En tant que grand fan, je suis partagé... mais bon, pourquoi pas ! Surtout que j'ai tous les albums d'Edge of Sanity (Until Eternity Ends compris) et une bonne moitié des Nightingale... donc, qui sait... s'ils sont aussi en digital, je pourrais me laisser tenter par c(...)

15/06/2024, 06:33

RBD

Les concerts ne sont qu'une partie de ce petit festival. La dernière fois il y avait des conférences, des "masterclass", un marché aux puces, etc. Ce n'est pas évoqué ici mais je m'attends à retrouver tout cela. La progra(...)

14/06/2024, 11:18

Gargan

Pas un groupe de métal « trad » pour des « états généraux », ça donne vraiment beaucoup d’envie et de crédibilité…

14/06/2024, 07:43

metalrunner

Merci pour la redécouverte Ravage in peace c est trop bon

13/06/2024, 20:13

LeMoustre

Oh la torgnole thrash !Ah oui on sent bien l'influence du Dark Fuckin' Angel période Don Doty a plein nez. Le tempo effréné, les vocalises dans l'esprit. Parfait Achat direct cash de chez cash.J'adore, tout a fait pile poil ma cam(...)

11/06/2024, 20:30

Arioch91

Écouté ce matin en mode découverte tout en bossant, pas l'idéal mais pas le choix.Au premier ressenti, j'ai pensé à un croisement endiablé entre le Darkness Descends de Dark Angel et le Pleasure to Kill de Kreator. On a connu pire (...)

11/06/2024, 12:28

Humungus

"System Shock est un sérieux prétendant au titre d’album Thrash de l’année"Itou mec !!! !!! !!!Pour ma part, je vois plus dans ce superbe album la patte des "Trois Grands Teutons" (KREATOR, DESTRUCTION &(...)

11/06/2024, 11:01